Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)
Chapitre Treize
Rosa était presque sûre que Drake n’avait pas eu l’intention de prononcer ces mots d’une manière sexy… mais son corps ne semblait pas le comprendre.
Elle n’avait juste jamais rencontré un homme comme lui auparavant. Non seulement incroyablement splendide à l’extérieur, mais à l’intérieur aussi. Il était magnifique qu’il soit bien rasé ou couvert de barbe, reposé ou privé de sommeil, même en portant un jean couvert de peinture avec des taches de couleur sur ses mains et ses cheveux.
Mais c’était la manière dont il la défendait continuellement, même de ses propres paroles dures à propos d’elle-même, qui la retournait profondément. Et quand elle était si proche de lui, en particulier après avoir échangé autant de mots passionnés, elle pouvait à peine s’empêcher de prendre son beau visage entre ses mains et de l’embrasser comme il l’avait fait dans la chambre de motel. Avec une passion vorace et désespérée.
Elle voulait lui arracher ses vêtements et apprendre à connaître chaque centimètre de son corps avec ses mains, sa bouche.
Elle voulait s’enrouler autour de lui à nouveau et le supplier de la prendre.
Elle voulait se perdre dans son intensité, dans son désir.
Et, plus que tout, elle voulait croire qu’il avait raison à propos d’elle… et qu’elle n’était pas une ordure.
Seul Oscar lui volant le sandwich de la main d’un geste habile, faisant mentir son apparence de fainéant, l’arrêta.
— Ton chien mange ton sandwich.
Ses mots étaient alourdis par un désir insatiable.
— Je vais t’en préparer un autre.
Le cœur de Rosa battait fort dans sa poitrine tandis qu’elle retournait dans la cuisine et qu’elle essayait de retrouver une partie de son sang-froid.
Au cours des cinq dernières années, elle avait appris tant de tours pour changer l’atmosphère dans une pièce, que ce soit au cours d’une conférence de presse ou d’une fête, mais être avec Drake était totalement différent. Principalement parce qu’il ne la voyait pas comme le reste du monde, comme rien de plus qu’un symbole sexuel vide qui était « tombé » sur une fortune à la télévision. Mais avait-il raison ? Était-elle plus que cela ? Avait-elle toujours été plus que cela ?
Dans ce cas, elle avait terriblement besoin de trouver un moyen de baisser le niveau d’intensité entre eux. Sinon, elle craignait vraiment de ne pas pouvoir s’empêcher de céder au désir qui montait d’un cran chaque fois qu’ils approfondissaient les choses.
Heureusement, les sons secs qu’Oscar émettait en léchant les restes de sandwich de son museau l’aidèrent à se reconcentrer.
— Parle-moi de ta sœur, proposa-t-elle en sortant de la nourriture du réfrigérateur pour préparer un autre sandwich. Tu as dit qu’elle écrivait des programmes informatiques ?
— Suzanne a créé sa propre entreprise quand elle avait vingt ans. Elle peut à peu près tout faire en ce qui concerne la création de logiciels, mais elle est spécialisée en cybersécurité. Son entreprise est basée à Manhattan.
— Elle a l’air brillante.
— Elle l’est. Mais parfois, je m’inquiète pour elle parce qu’elle ne sort pas assez et qu’elle ne voit pas assez le monde réel en dehors de ses pièces remplies d’ordinateurs.
— Est-ce qu’elle a un petit ami ?
— Non. Comme je l’ai dit, elle passe la plupart de son temps avec des ordinateurs.
— Est-ce qu’elle le dirait si elle en avait un ?
— Bien sûr, pourquoi pas ?
— Parce que dès que j’ai prononcé les mots « petit ami », tu as affiché ce regard protecteur de guerrier.
Et son cœur avait fondu un peu plus en voyant à quel point il était évident qu’il tenait à sa sœur.
— Est-ce qu’elle est jolie ?
— Très jolie.
Il fit un signe de tête en direction du couloir.
— Il y a une photo de nous tous dans le couloir.
Rosa posa la bouteille de moutarde et alla y jeter un œil. Il y avait beaucoup de photographies de famille sur ses murs et elle nota mentalement qu’elle devrait retourner les regarder plus tard, mais pour le moment, elle s’approcha de la première, qui représentait la famille proche de Drake.
— Wouah, tu n’es pas le seul à avoir de super gènes, hein ?
D’abord, sa sœur était bien au-delà de « jolie ». Grande et élégante, mais pulpeuse en même temps, elle aurait pu être sur n’importe quel podium du monde si elle l’avait voulu. Rosa adorait qu’elle ait choisi son esprit plutôt que son apparence pour guider sa carrière.
Et les frères de Drake ? Il était impossible qu’une femme ait la moindre chance de ne pas tomber à moitié amoureuse d’un Sullivan rien qu’en posant les yeux sur l’un d’eux.
— Alec est celui avec le sourire prétentieux.
Il l’énonça avec affection et elle devina facilement de quel frère il parlait.
— Il construit des jets, principalement des jets privés, au bord de la ville. Harrison est professeur d’histoire à Columbia. Tout le monde pense qu’il est le plus calme, du moins jusqu’à ce qu’ils apprennent à le connaître.
L’intelligence, l’apparence et le talent dans la famille de Drake lui firent tourner la tête.
— Est-ce que c’est ton père, là, avec vous ?
— C’est lui.
Les quatre frères et sœurs se tenaient tous proches les uns des autres, mais leur père était légèrement sur le côté, presque comme s’il avait l’impression de ne pas vraiment être à sa place sur la photographie de famille.
— Par hasard, nous étions tous dans son chalet dans les monts Adirondacks en même temps, ce qui n’arrive pas si souvent, alors Suz nous a fait installer un appareil photo pour immortaliser le moment.
— C’est là que ton père vit ?
— Il a commencé à construire une maison dans les monts Adirondacks, il y a trente ans.
Après le décès de sa mère, pensa-t-elle avec un vif pincement au milieu de la poitrine.
— Nous allions tous là-bas pendant les vacances scolaires, mais quand nous avons été assez âgés pour rester seuls, il a vendu son logement en ville et il a déménagé là-bas à plein temps.
Rosa n’eut pas de mal à comprendre la situation : non seulement son père avait cessé de peindre quand la mère de Drake était décédée, mais il s’était aussi retiré de la ville.
— Je ne suis jamais allée dans les Adirondacks. Est-ce que c’est beau ?
— Avec de grands lacs bleus et des montagnes vertes qui semblent infinies, la plupart des gens ont tendance à penser que oui. Cela dit, c’est sacrément reculé.
— Plus reculé qu’ici ?
— Nous sommes dans les Hamptons, lui rappela-t-il, son pinceau ne ralentissant jamais tandis qu’ils discutaient.
— Est-ce que tu vois souvent ton père ?
Finalement, son pinceau s’immobilisa en l’air devant la toile.
— Pas récemment. Il ne va pas souvent en ville.
— Et tu ne vas pas dans les Adirondacks pour le voir ?
— Pas aussi souvent que je le devrais.
Drake eut soudain l’air fatigué, comme si sa nuit blanche venait de le rattraper.
— C’est pour ça que Suz est venue, pour voir si je voulais y aller avec elle.
Il marqua une pause comme s’il essayait de décider d’en révéler davantage. Finalement, il ajouta :
— Il dit qu’il a des peintures de notre mère à nous donner si nous en voulons.
La dernière chose que Rosa voulait, c’était faire du mal à Drake. Mais quelque chose lui disait qu’il avait besoin de parler à quelqu’un de ce qu’il se passait dans sa famille sans prendre le risque d’être jugé. Et si quelqu’un connaissait les dynamiques de famille étranges, c’était bien elle. Dieu sait qu’elle n’était certainement pas en position de juger.
C’est pourquoi, au lieu de reculer, elle décida de s’approcher un peu plus du feu qu’elle voyait brûler en lui.
— Est-ce que tu veux les peintures ?
— Mon père est un véritable maître-peintre et les collectionneurs considèrent que ses peintures sont inestimables, mais…
Il posa son pinceau et passa une main tachée de peinture dans ses cheveux, les ébouriffant.
— Quand elle nous a quittés, elle lui a tellement brisé le cœur qu’il nous a quittés aussi. Les peintures m’ont toujours donné l’impression d’être un rappel brutal que ma naissance leur a coûté la vie.
Rosa ne réfléchit pas, elle se contenta de traverser la pièce et d’enrouler ses bras autour de lui.
— Ils ont eu tort. Ils ont tous les deux eu tort de te faire du mal.
Il avait été en colère contre sa mère et à présent, elle était tout aussi furieuse contre ses parents. Elle le serra plus fort et compléta :
— Peu importe la valeur des peintures. Si tu décides de ne pas les prendre, c’est uniquement la faute de ta mère et de ton père, pas de leur enfant innocent qui s’est retrouvé coincé au milieu de tirs croisés.
— Comment peux-tu voir mon innocence aussi clairement, demanda-t-il en s’écartant d’elle pour prendre son visage dans ses mains, mais pas la tienne ?
— Si tu as une connexion Internet ici, je vais te montrer pourquoi. Il me faudra moins de cinq secondes pour trouver des douzaines des photos où je ne porte presque rien. Où j’exhibe délibérément mon corps.
— Tu as tous les droits de montrer tout ce que tu veux. Et tous les droits de retirer tes vêtements devant le monde entier si ça te rend heureuse. Mais tout comme je n’ai pas demandé que ma mère nous abandonne, ma famille et moi, tu n’as certainement pas demandé qu’un taré prenne ces photos de toi.
Il avait été passionné et intense auparavant, or il était maintenant passé à un niveau supérieur. Un niveau qui lui donnait l’impression qu’il irait jusqu’au bout de la Terre si c’était nécessaire pour lui faire croire que ce qu’il disait était vrai.
— Non seulement tu es innocente, Rosa, mais je n’ai pas non plus besoin de voir des photos de toi sur Internet pour savoir que tu n’as pas à avoir honte de quoi que ce soit de ton passé.
De nouveau, Rosa ne réfléchit pas à son geste, elle ne pouvait pas faire quoi que ce soit d’autre que de sentir à quel point son cœur était rempli. Elle se mit juste sur la pointe des pieds et posa sa bouche contre la sienne.
Et elle lui donna enfin le baiser qu’ils avaient tous les deux attendu.
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