Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)

Chapitre Dix

 

 

Drake était plus que captivé. Bien au-delà de la fascination.

Il était complètement consumé.

Peignant tandis que la nuit tombait dehors, il continua de peindre jusqu’à ce que le soleil se lève à nouveau. Il ne s’arrêta pas pour manger. Il n’avait pas besoin de dormir.

Pas quand toute l’inspiration qui lui avait manqué au cours des derniers mois le heurtait d’une vague forte et rapide. Ses mains et ses épaules commencèrent à lui faire mal et Oscar le regardait comme s’il avait perdu la tête, mais Drake ne pouvait pas s’arrêter. Il ne pouvait pas se concentrer sur quoi que ce soit en dehors trouver les différents tons de la peau de Rosa : plus pâle quand elle était effrayée, plus sombre quand elle était en colère, plus rose quand elle riait, et un beau mélange des trois quand elle l’avait observé avec un désir à peine réprimé.

Tant qu’il peignait, Rosa était encore là avec lui. Mais s’il cessait, s’il posait son pinceau ne serait-ce que cinq minutes ?

Il serait dans sa voiture avant de pouvoir s’en empêcher, conduisant jusqu’à son motel, démolissant la porte pour la supplier de revenir. De se rasseoir dans le fauteuil en cuir pour qu’il puisse continuer de mémoriser chaque ligne de son visage, la courbe de son nez et de ses oreilles, le creux de sa gorge.

Et, plus que tout, pour qu’il puisse l’embrasser jusqu’à lui couper le souffle. Et juste continuer de l’embrasser jusqu’à ce qu’ils ne se souviennent plus pourquoi ils ne devraient pas le faire.

Lorsqu’il recommença à pleuvoir, la grêle heurtant le toit et le porche plus fort que jamais, il vit immédiatement Rosa assise sur la falaise, sous la pluie, forte alors même qu’elle enfouissait sa tête dans ses genoux. Changeant brusquement de toile sur le chevalet, il peignit encore plus rapidement, plus consumé que jamais même s’il travaillait depuis presque vingt-quatre heures.

Mais quand la grêle continua de tomber de plus en plus fort, il réalisa enfin que ce n’était pas de la grêle. Quelqu’un était dehors et frappait à sa porte.

Rosa.

Il laissa tomber ses pinceaux et se rua vers la porte, l’ouvrant brusquement. Cependant la femme qui se tenait sous le parapluie ouvert n’était pas celle qui l’obsédait.

— Suzanne.

Les sourcils de sa sœur se haussèrent jusqu’à sa frange.

— Merde. Tu as une sale mine.

Il ne s’était pas regardé dans un miroir, mais ne doutait pas un instant qu’elle avait raison. Il n’avait pas dormi, n’avait pas mangé, ne s’était pas rasé et ne s’était pas changé. Et il avait peint si vite que des éclaboussures de couleurs couvraient ses mains et ses bras, ses vêtements et ses chaussures. Ses cheveux aussi, probablement.

— Je travaillais.

— Ça, c’est une bonne chose.

Sa sœur sourit.

— Je sais que tu espérais que l’inspiration viendrait. On dirait que c’est enfin arrivé.

Elle le contourna et entra pour se protéger de la pluie, repliant son parapluie et le laissant à l’extérieur. Oscar se leva de son oreiller pour la saluer comme à son habitude. Suzanne et Oscar avaient toujours été de bons amis, même si, en les observant, Drake fut frappé par le fait que son chien ne montrait pas vraiment le même niveau d’adoration qu’avec Rosa.

Tandis que Suzanne caressait Oscar sur tout le corps, elle ajouta :

— Il faut vraiment que je prenne un chien un j…

Elle leva les yeux et vit enfin les douzaines de toiles alignées dans tout le salon et dans la cuisine.

— Wouah.

Elle s’approcha de celle qui était encore humide.

— Elles sont incroyables, Drake. Elles sont à couper le souffle. Mais…

Elle se tourna vers lui.

— Tu ne peins jamais des gens.

Il avait promis à Rosa que personne ne verrait jamais ses peintures d’elle, néanmoins il n’avait pas compté sur le fait que sa sœur passerait à l’improviste de New York.

— C’est juste quelque chose qui me stimule un peu. Je n’ai pas l’intention de les montrer à qui que ce soit.

— Tu ne vas pas les montrer ou les vendre ?

— Non. J’ai promis à cette femme que je ne le ferais pas. Tu n’es même pas censée les voir.

— Ne me dis pas que c’est une commande bizarre où tu peins ces toiles pour la collection de cette femme pour qu’elle puisse se regarder toute la journée dans toutes les pièces ?

— Pas du tout.

Les mots sortirent plus fervents qu’il n’en avait eu l’intention. Cependant, étant donné qu’il venait de passer vingt-quatre heures à peindre Rosa dans un accès d’inspiration irréfléchi, il n’avait clairement pas une once de contrôle de lui en ce qui la concernait.

— Elle m’a demandé de les brûler quand j’aurai fini.

— Tu ne peux pas !

Le visage et la voix de Suz semblaient horrifiés.

— Je sais que le monde de l’art peut être très bizarre, mais comment qui que ce soit pourrait te demander de brûler ces peintures incroyables ?

Il passa une main sur ses yeux. Il se rendit enfin compte que ses yeux brûlaient à cause du manque de sommeil et des trop nombreuses heures de profonde concentration.

— Ce n’est pas si simple.

C’étaient les mêmes mots que Rosa avait utilisés pour décrire sa relation avec sa mère et même s’il s’était disputé avec elle, en réalité, il comprenait les choses qui n’étaient vraiment pas si simples.

C’était ce qu’il avait ressenti pour son père tout au long de sa vie.

— Attends une seconde.

Suz se retourna vers les peintures comme si elle venait de comprendre quelque chose.

— Je la connais. C’est la fille de la télé-réalité. Celle des photos de nus.

— Ces photos n’étaient pas sa faute.

Son grognement laissa sa sœur bouche bée et sous le choc. Oscar semblait tout aussi offensé, comme si le chien pouvait la comprendre.

— Tu sais que ce n’est pas ce que je voulais dire.

Suzanne leva les mains en l’air.

— C’est juste qu’on en parle sur tous les médias en ce moment et j’ai parlé sans réfléchir. Ce qui lui est arrivé est horrible. Plus qu’horrible. Si je pouvais trouver un moyen de créer un programme qui pourrait effacer toutes ces photos d’Internet pour elle, je le ferais. En réalité, j’y ai déjà pensé auparavant : créer un groupe de travail de techniciens qui aideraient les femmes à se protéger des harceleurs et des trolls d’Internet.

Elle posa une main sur son bras.

— Mais pourquoi est-ce que tu ne nous as pas dit que tu connaissais Rosalind Bouchard ? Ou que tu la peignais ?

— Je ne l’ai rencontré qu’hier.

Il ne révélerait pas les secrets de Rosa, mais il voulait que sa sœur sache une chose importante.

— Personne ne sait qu’elle est à Montauk, alors tu ne peux même pas le dire à Harry ou à Alec.

— Est-ce qu’elle va bien ?

Rosa était l’une des personnes les plus fortes qu’il ait rencontrées. Mais de toute évidence, elle n’allait pas bien par rapport à ce qu’il se passait dans sa vie en ce moment.

— Elle va arranger les choses.

Il en était sûr. Si seulement il pouvait être aussi certain de tout le reste.

Certes, il était gonflé à bloc à l’idée de peindre Rosa à présent. Mais est-ce que ce feu pourrait créer quelques toiles vraiment présentables à la galerie new-yorkaise dans deux semaines ? Et même si c’était le cas, comment allait-il s’empêcher de poursuivre Rosa à l’avenir alors qu’il ne pouvait tout simplement pas imaginer ne plus la revoir, ne plus sentir son rire résonner à travers son corps, ne plus voir Oscar la vénérer à ses pieds ?

Bon sang, il devait arrêter de penser à elle, au moins assez longtemps pour demander à sa sœur :

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Si tu t’étais donné la peine d’allumer ton portable, répondit Suzanne avec un petit air renfrogné, je n’aurais pas eu à conduire pendant trois heures pour te parler d’une urgence. C’est tellement plus facile de te joindre quand tu es en ville.

— Une urgence ?

À présent, c’était lui qui tendait la main vers sa sœur pour s’assurer qu’elle allait bien.

— Je vais bien. Mais Papa, non.

Bien entendu. Il aurait dû deviner que l’urgence était en lien avec son père. Suz avait toujours pris soin de lui. Harry aussi. Alec était généralement trop occupé à se disputer avec lui.

Et Drake ? En réalité, il n’avait jamais vraiment entretenu de relation avec son père. Peut-être parce que Drake avait été l’enfant de trop à gérer pour sa mère en cinq ans ? Peut-être parce que William Sullivan pensait que Drake était la raison pour laquelle sa mère était partie et que son père n’avait jamais pu le lui pardonner ? Ou peut-être que c’était parce que Drake avait les yeux de sa mère et avait toujours été un rappel trop douloureux de tout ce que son père avait perdu ?

L’histoire de sa mère et de son père avait beau être disponible pour tout le monde sur Wikipédia, Drake et ses frères et sœurs ne savaient pas grand-chose de plus du mariage de leurs parents. Leur père ne les avait jamais réunis pour leur parler de ce qu’il s’était passé et aucun d’eux n’avait jamais eu l’impression de pouvoir poser la question. Tandis que les années s’écoulaient sans que personne n’aborde le sujet, le mur entre leur père et ses enfants était devenu de plus en plus haut et épais.

— Qu’est-ce qui lui arrive, maintenant ? demanda-t-il à sa sœur tandis que l’exténuation le frappait enfin comme une brique.

Se dirigeant vers la cuisine, Drake appuya sur le bouton « Marche » de la cafetière, pendant qu’Oscar retournait sur son oreiller dans le coin et s’affalait dessus en regardant le frère et la sœur.

— Papa m’a appelée pour me demander si je voulais certaines de ses peintures. Évidemment, il a aussi appelé Harry et Alec et leur a posé la même question. Je suppose que tu as un message de lui qui t’attend sur ton portable.

Drake n’était pas dans le bon état d’esprit pour les drames familiaux à ce moment-là, cependant il devait quand même clarifier quelque chose.

— Il veut nous donner des peintures de Maman ?

— Oui. Et je lui ai dit que, bien entendu, je les voulais. Que j’étais sûre que nous les voudrions tous. Il a annoncé que j’avais jusqu’à la fin du mois pour rassembler celles qu’il mettrait de côté pour moi.

— Je ne comprends pas, répliqua Drake en essayant de donner du sens à cette nouvelle très inattendue. Il conserve ces peintures depuis trente ans. Qu’est-ce qui a bien pu changer ?

Sa sœur semblait tout aussi perplexe.

— Je ne sais pas, mais je suis en route vers le lac pour aller les chercher. J’espère qu’il expliquera ce qu’il se passe quand j’y serai. Est-ce que tu veux y aller avec moi ? Harry et Alec ont dit qu’ils prendraient le temps d’aller aux monts Adirondacks la semaine prochaine.

Dieu merci, la cafetière sonna à ce moment-là ; Drake allait avoir besoin de boire tout le contenu avant de pouvoir commencer à comprendre ce qu’il se passait. Il leur versa une tasse à tous les deux, puis il but la sienne d’un trait. Suz but la sienne lentement, le dévisageant par-dessus le bord avec une attitude vigilante similaire à celle d’Oscar pendant que Drake obligeait son cerveau à fonctionner à travers la brume de l’exténuation.

— Tu ne vas pas venir avec moi, n’est-ce pas ?

Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas ressenti ce genre d’inspiration créative qu’il craignait qu’elle disparaisse s’il partait au milieu de cette vague. Et il y avait encore tant de choses qu’il voulait peindre, un si grand nombre de différentes visions de Rosa auxquelles il voulait donner vie sur ses toiles.

Mais alors même qu’il essayait de se dire que son travail était la raison principale pour laquelle il ne voulait pas aller chez son père aux monts Adirondacks avec Suzanne, il savait qu’il se mentait à lui-même. Même son étrange relation avec son père n’était pas la raison principale.

Non, en réalité Drake voulait rester à Montauk pour la femme qu’il connaissait à peine. La probabilité qu’elle ait quitté le motel Seaside la veille après qu’il avait trop insisté à propos de sa mère et qu’elle ait pris la route était élevée.

Cependant, et si Rosa était encore là ? Même s’il y avait la plus infime chance qu’il puisse la convaincre de revenir et de poser à nouveau pour lui…

— Bon sang.

Il se prit la tête dans les mains.

— C’est enfin arrivé. Je suis devenu comme lui.

Il était évident que Suzanne savait qu’il parlait de leur père.

— Pourquoi est-ce que tu dis ça ? Parce que tu veux peindre Rosalind Bouchard ?

Elle agita la main en l’air comme si son affirmation était absolument ridicule.

— Certes, vous êtes des peintres brillants. Et je vous aime tous les deux. Mais tu n’es pas Papa.

Suzanne et Harry avaient toujours été les rationnels de la famille : le génie de l’informatique et l’universitaire brillant. Alec avait une réputation méritée de tête brûlée. Et Drake ? Même s’il avait certainement eu l’intention de jouer la carte de l’artiste quand cela lui avait convenu, au fond de lui, il avait toujours pensé qu’il était une personne plutôt calme.

Jusqu’à présent.

Jusqu’à ce qu’il rencontre Rosa.

— C’est ce que j’ai toujours cru.

Ou du moins, c’était ce qu’il s’était toujours dit : que son père et lui étaient des personnes tout à fait distinctes. Qu’il n’avait aucun des tourments intérieurs que William avait nourris pendant trente ans.

— Mais j’ai vingt-quatre heures de peintures qui me regardent dans les yeux et qui me disent que je dis n’importe quoi. Même si je sais que je dois arrêter de penser à elle, que je dois arrêter de la peindre, je ne peux pas.

La dernière chose à laquelle il s’attendait, c’était que Suzanne rie.

— Ça s’appelle un crush, Drake. Tout le monde en a.

Elle étudia les peintures à nouveau.

— Rosalind est une femme incroyablement belle, et pas d’une manière typique et ennuyeuse. Si j’étais peintre, je suis sûre que je serais tout aussi enthousiaste à l’idée de la peindre. Mais ce n’est pas comme si tu étais amoureux d’elle ou quelque chose comme ça.

Amoureux d’elle ?

Bien sûr que non.

Il était impossible qu’il ait eu le coup de foudre pour Rosa, sur les rochers, sous la pluie. Il n’y avait aucune raison rationnelle pour laquelle parler avec elle en mangeant des lasagnes dans des assiettes ébréchées sur une table de jeu et des chaises pliables aurait pu consolider ces folles émotions.

— Oh, mon Dieu.

Sa sœur le fixait du regard comme si elle ne l’avait jamais vu auparavant.

— Tu es amoureux d’elle !

Trente ans de pratique à maintenir l’amour à distance poussèrent Drake à penser instinctivement qu’il était simplement captivé. De toute évidence fasciné. Absolument consumé. Certes, il était tenté d’enfreindre toutes ses règles pour elle. Il le faisait déjà, bon sang. Il avait joué avec les limites depuis le moment où il l’avait dessinée dans son carnet à dessin pour la première fois.

Mais est-ce que cela signifiait qu’il était amoureux d’elle ?

Drake tourna délibérément le dos à ses peintures.

— Je te l’ai dit, je l’ai rencontrée hier.

Suzanne eut le culot de sourire.

— Au moins la moitié de nos cousins heureux en couple peuvent attester que le coup de foudre existe.

— Quand est-ce que ma sœur-génie de l’informatique est devenue romantique à ce point ? Est-ce qu’il y a un homme dont tu ne m’as pas parlé ?

— N’essaie pas de changer de sujet.

Elle agita son doigt devant lui.

— Nous parlons de toi maintenant et de ce que tu vas faire à propos de l’amour que tu ressens pour Rosalind Bouchard.

— Elle s’appelle Rosa.

De toutes les choses qu’il aurait pu corriger à ce moment-là, le nom de Rosa n’aurait pas dû être au sommet de la liste. Cependant, il ne pouvait pas oublier son regard quand elle avait confié : « Mon vrai nom est Rosa ». S’efforçant d’effacer cette vision de sa tête, ainsi que toutes les autres qui l’avaient presque hypnotisé depuis le moment où il l’avait vue pour la première fois sur la falaise, il ajouta :

— Crois-moi quand je te dis que la dernière chose dont elle a besoin maintenant, c’est qu’un nouvel homme entre dans sa vie.

Et la dernière chose dont il avait besoin, c’était de tomber amoureux d’une femme qui pouvait trop facilement devenir une obsession. Une femme qui avait déjà suscité des sentiments profonds s’était efforcée d’éviter toute sa vie pour ne pas répéter le cycle destructif de ses parents.

— Est-ce que tu en es sûr ? Après tout, elle t’a laissé la peindre. Peut-être que tu es exactement ce dont elle a besoin. Et peut-être que c’est réciproque.

Sa sœur avait le même regard déterminé qu’elle affichait quand un programme informatique qu’elle écrivait ne faisait pas exactement ce qu’elle voulait. Drake savait très bien qu’elle avait toujours battu l’ordinateur.

— Je comprends si tu ne veux pas aller aux monts Adirondacks avec moi maintenant pour voir Papa. Mais je ne comprendrai pas que tu ne fasses rien à propos de Rosa. Je ne t’ai jamais vu comme ça. Je ne t’ai jamais vu peindre comme ça non plus. Ton travail a toujours été incroyable, Drake. Mais ces peintures ?

Elle posa une main sur sa poitrine.

— Elles me retournent le cœur dans la poitrine, de la meilleure façon possible. Et si mon cœur ressent ça juste en regardant tes peintures, je ne peux même pas imaginer ce que le tien doit vivre quand vous êtes vraiment ensemble.

Le manque de sommeil le fit admettre :

— Je n’ai jamais ressenti une chose pareille.

Maintenant qu’il avait enfin prononcé les mots à voix haute, il était soudain impossible de retenir les suivants. En particulier quand Suzanne était l’une des seules personnes sur Terre qui pouvait vraiment complètement comprendre ce qu’il ressentait.

— Mais c’est exactement ça le problème, Suz. Notre mère n’était pas seulement la muse de Papa, elle était son obsession. Et il n’est pas le seul que cette obsession a détruit.

Il passa une main dure dans ses cheveux.

— Elle les a détruits tous les deux.

— Oui, elle les a détruits. Mais elle ne nous a pas détruits. Et je refuse de croire que Harry, Alec, toi et moi sommes destinés à la même fin horrible.

Suzanne passait tellement de temps dans sa propre tête que les gens commettaient souvent l’erreur de supposer que sa passion n’était pas profonde. Or Drake savait d’expérience à quel point ils avaient tort. Sa sœur avait un cœur plus aimant et plus grand que beaucoup de personnes qu’il connaissait. En particulier quand il s’agissait de ses frères. Ils se battraient jusqu’au bout pour elle, et elle en ferait de même pour eux.

Tout comme elle le faisait à ce moment précis.

Ses yeux brillaient lorsqu’elle lui ajouta :

— Un jour, quand je trouverai l’homme avec lequel je suis censée être, je n’aurais pas peur de l’aimer avec tout mon amour. Et je ne vais certainement pas m’empêcher d’aimer de tout mon être. Nos parents ont beau avoir mal utilisé l’amour pour se détruire l’un l’autre, en ce qui me concerne, cela veut juste dire que nous sommes tous les quatre plus avisés. Nous savons qu’il vaut mieux ne pas jeter le véritable amour quand il arrive à cause d’erreurs qu’ils ont commises.

Elle étudia ses peintures à nouveau, avant de se retourner et de lui lancer un regard inflexible.

— Et nous savons que nous devons être assez courageux pour mettre nos cœurs en jeu quand l’amour se présente sur le pas de notre porte, même si on ne s’y attend pas. Même, précisa-t-elle d’une voix plus douce, si cet amour ressemble à la seule chose que nous pensions que nous ne devrions pas avoir.

Le hurlement d’Oscar depuis le coin était la ponctuation parfaite pour les mots de sa sœur, un point d’exclamation à la fin de la sagesse sincère de Suz que Drake ne pouvait plus ignorer.

Pas plus qu’il ne pouvait ignorer ce qu’il ressentait pour Rosa… que ce soit une bonne idée ou non.

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