Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)

Chapitre Quinze

 

Il l’avait presque tué de plaisir.

Mais même s’il l’avait fait, cela aurait été la manière idéale de partir. Rien dans sa vie n’avait été aussi extraordinaire, aussi dévorant. Surtout pas le sexe.

Après avoir joué les symboles sexuels pendant tant d’années, tout le monde pensait qu’elle était vraiment sexy. Ils supposaient qu’elle dévorait des hommes pour le déjeuner et qu’elle recrachait leurs os avant le dîner. Pourtant ils n’auraient pas pu se tromper davantage, ils n’auraient pas pu savoir à quel point le sexe semblait gênant et faux pour elle. En grande partie parce que les hommes avec lesquels elle avait couché avaient toujours voulu et s’étaient toujours attendus à ce qu’elle soit aussi fraîche et brillante au lit qu’après avoir été maquillée et coiffée pour être filmée.

Rosa avait été vierge jusqu’à ce qu’ils signent pour faire l’émission, elle n’avait donc jamais couché sans la pression qui allait avec. Ce qui signifiait qu’elle n’avait jamais vraiment pu apprécier le sexe.

Cependant, à ce moment précis, elle était tout sauf brillante. À des kilomètres d’être prête pour les caméras. Elle était collante et en sueur et ses cheveux étaient emmêlés là où Drake les avait agrippés, un brouillard épais de joie sensuelle s’attardant tandis qu’elle s’efforçait de faire à nouveau entrer un peu d’oxygène dans ses poumons.

Dans ses bras, elle avait temporairement oublié qu’elle avait peur. La passion, le désir et le plaisir avaient pris le contrôle de toutes ses cellules, internes comme externes. Mais maintenant qu’elle recommençait à suranalyser les choses, la peur qu’il ne soit pas capable de l’apprécier ainsi revint en force.

Elle sentit le moment exact où il remarqua qu’elle était passée de la langueur à la raideur par la façon dont il recula, se tenant en équilibre au-dessus d’elle, avant de baisser les yeux vers elle avec une inquiétude évidente.

— Quelque chose ne va pas.

Sachant qu’elle ne faisait qu’empirer les choses en agissant bizarrement juste après qu’ils avaient eu des ébats amoureux incroyables, elle s’obligea à dire :

— Comment est-ce que quoi que ce soit pourrait ne pas aller après ça ?

— Je ne sais pas, concéda-t-il d’une voix douce.

Même lorsqu’ils avaient été complètement balayés par la passion, avec les poignets de Rosa dans les mains de Drake tandis qu’il la prenait délicieusement fort et vite, il avait été délicat dans le fond.

— Mais de toute évidence, quelque chose ne va pas.

Pendant tant d’années, elle avait été capable de réprimer ses véritables pensées et réactions. Toutefois avec Drake, elle ne semblait pas pouvoir se retenir. Elle n’arrêtait pas de trop lui en dire, de trop sentir quand elle était près de lui. Ce qui signifiait que, quand ce qu’ils faisaient ensemble toucherait à sa fin inévitable, non seulement son cœur se briserait en mille morceaux, mais il ne serait plus jamais entier.

— Pourquoi est-ce que tu ne peux pas être un type nul comme les autres ? Pourquoi est-ce qu’il faut que tu remarques tous les petits détails ?

— Je ne les remarque pas avec tout le monde, Rosa.

Elle s’était sentie appréciée, chérie, dans ses bras. Alors même si elle aurait facilement pu mettre cela sur le compte des endorphines, elle ne pouvait pas nier que ses mots ne pouvaient signifier qu’une chose : elle comptait pour lui.

Et cela l’effrayait. À tel point qu’elle lâcha :

— J’en ai assez d’avoir peur.

— J’ai été trop brusque.

Il tendit la main vers ses poignets, passant ses doigts sur eux comme s’il cherchait des bleus.

— Tu m’as demandé d’être dangereux, mais je suis allé trop loin.

— Non, la manière dont tu m’as prise… Ce n’est pas ce qui m’a effrayée. Tu as été parfait. Tu es parfait.

Une respiration rude la secoua.

— C’est moi qui ne le suis pas. Pas même un peu. Les hommes s’attendent toujours à ce que je le sois, surtout au lit. Mais j’ai beau essayer, je ne peux pas le faire. Je ne peux tout simplement pas.

— C’est pour ça que tu as peur ?

Il semblait non seulement ne pas pouvoir croire ce qu’elle venait de dire, mais ne pas pouvoir l’enregistrer dans son cerveau non plus.

— Parce que tu crois que je m’attends à ce que tu sois parfaite ?

— Pendant cinq ans, je n’ai eu qu’une mission : être jolie et élégante en toutes circonstances. Peu importe que je vienne de me réveiller ou que je sorte de la salle de sport.

Elle se redressa, ayant besoin d’un peu d’espace pour essayer d’expliquer et pour qu’il comprenne de quoi elle parlait.

— Alors, même si je sais que je n’ai pas été très belle depuis que nous nous sommes rencontrés, je n’ai jamais eu cette apparence. Toute collante et avec les cheveux emmêlés. Je ne veux pas que tu penses…

Elle déglutit difficilement.

— Je ne veux pas que tu penses que tu as commis une erreur en couchant avec moi.

Tout en le disant, Rosa sut qu’elle commettait une énorme erreur en se permettant de s’approcher de lui de cette manière. Une erreur qu’elle allait payer cher. Car, quand elle devrait s’obliger à le quitter avant qu’il ne soit détruit par sa réputation à elle, romantique ou autre, cela lui briserait le cœur en deux.

— Bon sang, Rosa.

Il s’assit également.

— La seule erreur, c’est que tu penses que les gens du monde entier sont fascinés par toi à cause de ton apparence. Il y a beaucoup de belles femmes, mais personne ne veut suivre chacun de leurs faits et gestes. Tu sais pourquoi ?

La gorge de Rosa se serra tellement quand elle réalisa que leurs ébats amoureux n’avaient rien changé sur le long terme et que le temps qu’elle pouvait passer là avec lui s’était déjà presque écoulé qu’elle put à peine parler.

— Parce qu’ils ne comprennent pas comment Hollywood fonctionne comme ma famille et moi.

— Tu as tort. Tellement tort.

Il l’attira sur ses genoux, se fichant de toute évidence qu’elle était encore collante de sueur.

— La véritable raison pour laquelle les gens n’en ont jamais assez de toi, c’est que tu es intelligente. Tu es drôle. Tu es talentueuse. C’est parce que tu es douce et forte en même temps.

La gorge de Rosa se serra encore plus tandis que l’émotion montait davantage en elle.

— Il n’y a que toi qui me vois comme ça.

Et comme elle avait envie de pouvoir rester avec lui. Comme elle souhaitait pouvoir l’aimer comme il le méritait. Pas dans l’ombre, mais aux yeux du monde entier. Et de tout son cœur, plutôt qu’avec un cœur qui avait été réduit en mille morceaux trop souvent.

— Tout le monde te voit comme ça, Rosa.

Il appuya les mots contre ses lèvres à l’aide d’un baiser doux et délicat qui lui donna envie d’en avoir tellement plus, en particulier s’ils pouvaient effacer les nuages noirs qui planaient au-dessus d’elle depuis trop longtemps.

— Il n’y a que toi qui ne te vois pas comme ça.

Ses lèvres murmurèrent contre les siennes.

— Combien de fois est-ce que je vais devoir te peindre avant que tu ne voies la vérité ?

— Je…

Elle secoua la tête, laissa échapper un soupir frustré, un soupir qui venait du plus profond de son âme. Elle désirait tant à ce moment-là, elle voulait toutes les choses qu’elle ne pourrait jamais avoir parce qu’elle avait décidé qu’elle filmerait une émission de télévision quand elle avait dix-huit ans.

— Je ne sais pas si c’est possible.

— Ça l’est.

Il parlait avec une certitude absolue.

— Mais peut-être que ce n’est pas en le voyant que tu vas le croire.

Il enroula ses mains dans ses cheveux et l’attira contre lui.

— Peut-être que c’est en le sentant. En le sentant tellement que tu ne pourras plus le nier.

Il captura ses lèvres dans un baiser profond et passionné, un baiser qui lui fit tourner la tête et qui fit fourmiller son corps.

— Ce sera mon objectif à partir de maintenant : m’assurer que tu le sentes tout le temps. En commençant maintenant.

Elle savait que ce n’était pas un avertissement, mais qu’il le disait pour qu’elle puisse l’anticiper. Pour qu’elle puisse haleter sous l’effet d’un désir renouvelé tandis qu’il passait ses grandes mains sur sa peau nue et qu’il la caressait jusqu’à ce qu’elle se trémousse sur ses genoux.

Et même si elle savait que ce n’était pas une bonne idée, même si elle avait conscience que cette idylle parfaite dans la cabane secrète de Drake dans les bois ne pouvait pas durer pour toujours, bien qu’elle souhaite que ce soit le cas, elle était là avec lui à ce moment-là. Elle tirerait donc profit de chaque précieuse seconde.

— S’il te plaît.

Il la remplissait tellement de désir qu’elle ne pouvait pas s’empêcher de le supplier. Et peut-être qu’avec n’importe qui d’autre, elle aurait eu l’impression de céder son propre pouvoir. Mais même si elle n’était pas sûre d’être un jour capable de croire en sa propre force ou en son propre talent comme il le faisait, elle était déjà certaine qu’il n’essaierait jamais d’obtenir du pouvoir grâce à elle comme tant d’autres hommes l’avaient fait depuis qu’elle était devenue célèbre.

— Dis-moi, insista-t-il. Dis-moi ce que tu veux.

Elle n’avait pas vraiment été timide pendant leurs ébats amoureux ; comment aurait-elle pu l’être alors que ses baisers et ses caresses lui donnaient l’impression d’avoir effacé ce qui ne comptait pas ? Mais elle n’avait pas pris le contrôle non plus. Elle savait ce qu’elle voulait, bien entendu. Ce qu’elle avait voulu depuis le début, mais qu’elle ne s’était pas laissé avoir.

— Toi.

Elle posa ses mains sur la mâchoire de Drake et se permit de dévisager longuement et intensément l’homme incroyable qui la tenait dans ses bras comme s’il ne la lâcherait jamais, comme s’il ne la laisserait jamais tomber.

— J’ai envie de toi.

Le sourire de Drake était rempli de désir. À tel point qu’il lui coupa le souffle.

— Alors, prends-moi.

Elle lui rendit son sourire, ne craignant plus d’être timide ou honteuse. Du moins, pour le moment. Pas quand Drake et elle étaient seuls dans leur cocon de plaisir intime.

Reculant juste assez sur ses genoux afin qu’elle ait l’espace de poser ses mains sur son torse, elle ferma les yeux et se délecta de la sensation de Drake contre elle, si solide, chaud et vivant contre ses paumes. Alors qu’il préférait de toute évidence voir les choses, elle avait toujours mieux perçu les sensations à travers ses mains.

Lentement, sensuellement, elle descendit le long de ses épaules larges et musclées, suivant le contour de ses biceps, de ses triceps, puis des tendons de ses avant-bras. D’abord avec ses doigts, puis avec ses lèvres, sur chaque centimètre. Pendant tout ce temps, elle pouvait sentir son érection grandir contre ses cuisses. L’instinct la poussa à le taquiner en glissant doucement d’un côté et en se trémoussant de l’autre.

Elle était ravie qu’il la laisse jouer autant, mais en même temps, elle adora qu’il atteigne ses limites et qu’il capture sa bouche dans un baiser brut et parfait. Elle aurait voulu que ce moment ne s’arrête jamais, et maintenant qu’elle connaissait le plaisir exquis du corps de Drake, lourd sur le sien, dans le sien, elle ne pensait pas qu’elle pourrait attendre une seconde de plus.

Heureusement, il devait penser la même chose, car un instant plus tard, il avait à nouveau enfilé un préservatif et il l’allongea sur le dos sur le lit, son poids en équilibre au-dessus du sien.

— Rosa.

Il ne prononça que son nom tandis qu’il la pénétrait, cependant elle eut l’impression que c’était tellement plus que cela. Cela ressemblait à tout ce qu’elle avait toujours voulu, mais qu’elle n’avait pas pensé pouvoir avoir. Elle ne s’était jamais sentie aussi bien auparavant, elle n’avait jamais cru que cela était possible.

Elle se sentait appréciée. Adorée. Consumée. Dévorée. Et… sur le point d’être anéantie.

Cependant alors même qu’elle atteignait le stade où la peur aurait pu revenir en elle, Drake l’embrassa.

Et il la fit tout oublier sauf l’extase douce et incontrôlable.

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