Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)

Chapitre Dix-Huit

 

Rosa se réveilla étalée sur Drake comme si son corps était son matelas personnel et sa poitrine son oreiller.

La veille, elle avait été trop exténuée pour le séduire comme il l’avait continuellement séduite. Bon sang, il ne fallait qu’un de ses sourires et le plus léger des effleurements de ses doigts sur sa joue pour qu’elle finisse par complètement se perdre en lui. Elle s’était promis qu’elle ne l’utiliserait pas pour noyer son chagrin, mais elle avait été incapable de s’empêcher de l’embrasser, puis de lui montrer de manière encore plus intime à quel point elle se sentait bien grâce à lui. Physiquement et mentalement.

Et la voilà maintenant dans son lit, ses bras enroulés autour d’elle, son cœur battant contre le sien. Elle n’avait jamais passé une nuit entière à dormir avec un homme. Pas quand il y avait toujours des caméras qui attendaient pour saisir ses moindres faits et gestes et une activité du « lendemain matin » serait particulièrement notable.

Mais même si les caméras ne l’attendaient sûrement pas juste devant le chalet, elle savait que le monde attendait encore qu’elle émerge. Alors même que ce nœud familier dans son estomac commençait à se former, Drake bougea légèrement sous elle et elle réalisa qu’il se réveillait aussi.

C’était peut-être fou, mais bien que les mêmes menaces planaient au-dessus d’elle, à la lumière du jour, il n’y avait rien qu’elle ne veuille plus qu’apprécier profondément ces heures de paix et de plaisir dans le bras de Drake en tenant sa promesse de remettre la séduction à plus tard.

Laissant délibérément la sensation de son grand corps chaud et musclé sous elle prendre le dessus sur tout le reste, elle déposa un doux baiser sur son cou, là où son pouls palpitait. Tout aussi rapidement, elle sentit les battements du cœur de Drake sous ses lèvres souriantes.

Lentement, elle couvrit son visage de baisers : sa mâchoire, ses pommettes, ses paupières encore fermées, retardant le moment où ses lèvres toucheraient les siennes aussi longtemps que possible. Avec un doux gémissement tandis que la langue de Drake rejoignait la sienne, elle dut appuyer son corps nu plus fermement contre le sien.

Un de ses baisers était tout ce qu’il lui avait toujours fallu pour que son excitation s’envole jusque dans la stratosphère. Il serait tellement facile de laisser cette excitation écraser sa séduction lente, mais ce matin-là, son besoin de savourer, de découvrir, de chérir chaque seconde avec Drake était encore plus fort.

D’après la manière dont sa respiration avait changé et dont ses muscles bougeaient sous elle, elle sut qu’il était complètement réveillé. Heureusement, il la laissa quand même lui montrer avec ses lèvres, ses mains et son corps toutes les choses qu’elle ne savait pas dire avec des mots. Toutes les choses qu’elle ne pensait pas pouvoir prononcer.

Là, dans son lit, il n’y avait pas de honte, pas de peur qu’il n’aime pas ce qu’il voyait quand elle n’était pas apprêtée pour les caméras. Rien ne l’empêchait de se donner entièrement à lui, au moins pendant quelques précieux moments pendant que les oiseaux chantaient derrière la fenêtre de sa chambre et que les vagues s’écrasaient contre les falaises.

D’un geste taquin, Rosa passa ses doigts sur les sillons profonds de l’abdomen de Drake lorsqu’il ouvrit enfin les yeux. Tant de désir luisait en eux qu’elle eut littéralement le souffle coupé.

— Viens là et embrasse-moi de nouveau.

Il n’attendit pas qu’elle accepte, se contentant de la soulever exactement là où il voulait qu’elle soit de manière que ses seins soient appuyés sur son torse, ses hanches contre les siennes et ses propres mains emmêlées dans les cheveux de Rosa tandis qu’ils se jetaient l’un sur l’autre.

D’une manière ou d’une autre, elle écarta sa bouche de la sienne pour dire :

— Agrippe les barres de la tête de lit.

Il haussa un sourcil.

— Tu es sûre que c’est là que tu veux que je mette mes mains ?

Un frisson la traversa à l’idée de tous les autres endroits où elle préférerait qu’il place ses mains. En le voyant, les coins de la bouche splendide de Drake s’étirèrent. Ce qui provoqua un autre frisson chez Rosa, bien entendu.

— Le moment est venu pour moi de tenir ma promesse, parvint-elle enfin à répondre d’une voix très haletante. Je ne peux pas faire ça si tu me touches. Et si tu me rends complètement folle.

Lentement, comme s’il savait précisément à quel point elle aimait qu’il la taquine, il démêla ses mains de ses cheveux et les posa sur la tête de lit.

— Il ne reste plus beaucoup de temps, la prévint-il de la voix la plus sexy qu’elle ait entendue.

Bon sang, savoir que sa patience, qui jusque-là l’avait laissée jouer, était presque à bout la fit frissonner jusqu’à son entrejambe.

— Dans ce cas, je ferais mieux de profiter de chaque seconde.

Les muscles et les tendons des épaules, des bras et du torse de Drake se tendirent lorsqu’elle posa ses paumes sur son buste. Pendant une poignée de moments précieux, elle ferma les yeux et se laissa juste sentir les battements de son cœur.

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle poussa presque un cri en voyant la manière dont il la contemplait. Pas juste avec du désir, mais avec quelque chose qui ressemblait à de l’amour.

Elle ne pouvait pas bouger ni respirer, encore moins réfléchir.

Elle ne pouvait qu’aspirer à un amour comme le sien.

Comment pouvait-elle faire quoi que ce soit d’autre que l’embrasser à nouveau, s’enrouler autour de lui et souhaiter ne jamais, jamais devoir le laisser partir ? Les choses n’avaient jamais été aussi faciles, aussi bonnes avec qui que ce soit d’autre. Si bonnes qu’elle voulait faire un arrêt sur image à ce moment précis, pour toujours.

Un instant plus tard, elle se retrouva sous Drake, ses membres forts comprimant les siens.

— Je sais que je devrais pouvoir garder un peu le contrôle maintenant, déclara-t-il en déposant de doux baisers sexy sur tout son corps, la faisant tourner en rond encore et encore, de la tête au cœur, du corps à l’âme, quand il recommença à parler. Mais quand il s’agit de toi…

Il fut en elle avant qu’elle ne puisse reprendre sa respiration. Quelque part en chemin, il avait dû enfiler une protection, mais elle pouvait à peine s’accrocher à ses sens quand il l’embrassait, la touchait, la faisait frémir.

Tandis qu’ils bougeaient ensemble comme s’ils étaient faits l’un pour l’autre, Rosa cessa enfin d’essayer de dominer la magie. Pendant une matinée parfaite, elle se permit d’être complètement ensorcelée. Captivée. Possédée.

Et quand elle se sentit tomber, non seulement elle avait assez confiance en Drake pour se laisser aller, mais pendant quelques merveilleux moments dans ses bras, tandis que le plaisir montait plus haut que jamais, elle eut confiance en elle-même aussi.

* * *

Travaillant ensemble dans la cuisine un moment plus tard, ils dévorèrent de grandes portions de bacon, d’œufs et de toasts. Oscar fit sa part, léchant les assiettes à tel point que les laver semblait presque être un gâchis de temps et d’eau. Mais étant donné que Rosa mangeait la nourriture de Drake et qu’elle dormait dans son lit, elle lava pendant qu’il essuyait. Ils étaient en train de finir quand Oscar poussa du museau le dos de sa jambe avec sa laisse dans sa bouche.

Rosa rit en lavant les bulles de savon de ses mains et en se les séchant.

— C’est le moment d’aller faire une promenade, hein ?

— Tu ne veux pas le voir quand il la rate, la taquina Drake. Un gros ronchon.

Elle ne pouvait pas l’imaginer.

— En réalité, ça ne me dérangerait pas de me dégourdir un peu les jambes avant que je redevienne sérieuse pour poser sur ton fauteuil en cuir.

— Ma sœur a laissé une paire de bottes de pluie ici la dernière fois qu’elle m’a rendu visite, si tu veux les essayer.

Dormir dans ses bras, préparer le petit-déjeuner ensemble, promener son chien en portant les bottes de sa sœur : si elle se laissait aller, il serait tellement facile de croire qu’il s’agissait de quelque chose de plus qu’une parenthèse dans sa vie. En particulier si elle se permettait de rester plus longtemps.

Finalement, il serait déjà assez difficile de faire face au public, aux producteurs de télévision et à sa famille. Mais quitter Drake la menaçait avec encore plus de force que tout cela. Car une fois qu’elle le quitterait, non seulement elle ne pourrait jamais revenir, mais elle ne pourrait jamais parler du temps qu’ils avaient passé ensemble. Pas si elle voulait lui éviter des ennuis.

— Rosa ?

Ses grandes mains sexy se posèrent sur son visage et il lui caressa délicatement les joues de ses pouces.

— Je t’ai perdu une minute, pas vrai ?

Il était inutile d’essayer de le nier.

— Je pensais à l’émission.

Et que je déteste l’idée de te quitter bientôt.

Elle essaya de sourire comme si son estomac n’était pas noué.

— Est-ce que tu as une veste qui irait avec les bottes de ta sœur ?

Un regard sérieux soutint le sien quelques moments avant qu’il ne hoche la tête.

— Sur le porche couvert.

Une fois qu’ils eurent mis leurs vestes et leurs bottes, ils se dirigèrent tous les trois vers les bois. Le soleil était levé, mais l’air matinal était assez frais pour qu’elle soit ravie d’avoir une veste au-dessus de son sweat-shirt. Au cours des cinq dernières années, elle avait porté des vêtements sur mesure et de haute couture, mais elle n’était pas sûre d’avoir déjà été aussi à l’aise que dans un imperméable rouge délavé, des bottes de pluie jaunes et son pantalon de survêtement Montauk. Elle se sentait aussi étonnamment sexy, ce qui était principalement en lien avec le fait que ce matin-là, après qu’ils avaient fait l’amour, elle avait lavé son soutien-gorge et sa culotte dans l’évier de la salle de bains et elle les avait accrochés pour qu’ils sèchent. Par conséquent, elle ne portait actuellement rien sous son survêtement.

Elle pouvait presque entendre le cerveau de Drake fonctionner ; elle sut qu’il n’allait pas laisser passer son commentaire sur l’émission aussi facilement.

Un moyen évident de le distraire était de mentionner qu’elle ne portait pas de sous-vêtements. Ils se désiraient tellement qu’il s’agissait d’un petit miracle qu’ils soient restés habillés aussi longtemps. Mais ce ne serait pas correct qu’elle le manipule ainsi. En dépit de ses actions des cinq dernières années au nom de la célébrité et de la télé-réalité, si elle dupait Drake d’une quelconque manière, elle ne pourrait plus jamais se regarder dans le miroir.

— Vas-y.

Elle lui serra la main pour essayer de se stabiliser dans sa force équilibrée.

— Je suis prête pour ce que tu as à dire.

Le profond regard bleu de Drake croisa le sien.

— Est-ce que tu veux reprendre ton émission ? Et avant que tu ne me répondes, tu devrais savoir que je suis de ton côté, que tu dises oui ou non.

Rosa fut complètement prise au dépourvu par le fait qu’il accepte la possibilité d’une réponse affirmative. Comme il l’avait dit auparavant, il était tentant d’essayer de tout voir en noir ou en blanc. Mais en réalité, rien n’était complètement bon ou complètement mauvais, pas vrai ?

Sauf en ce qui concernait Drake Sullivan, qui était bon à mille pour cent.

— C’était amusant au début, admit-elle.

Elle mentirait si elle prétendait le contraire et mentir à Drake n’était pas acceptable.

— Être célèbre en faisait partie. Les limousines. La première classe. Les hôtels de luxe. Les designers qui confectionnent des vêtements juste pour moi. Tout le monde était tellement intéressé par la musique que j’écoutais, les émissions de télé que j’adorais, ce que je portais… c’était vraiment flatteur. Ça m’a donné la grosse tête un moment, pour être honnête. J’avais dix-huit ans quand on a commencé à filmer et je pensais que j’étais déjà tellement adulte. Je ne m’étais pas rendu compte que j’avais grandi devant le monde, que mes bourdes, mes crushes et mes disputes avec ma mère ne s’arrêteraient pas en un jour ou une semaine comme c’était le cas avant l’émission ; ça resterait toujours à l’écran.

— Je ne pense pas que la plupart des gens auraient pensé à ça avant de signer. Et je suppose que les producteurs t’ont seulement vendu les parties amusantes.

— Effectivement, mais ce n’est pas leur faute si personne ne me prend au sérieux. Si seulement j’avais été plus consciente de la réputation que je créais…

— Tu étais une enfant, Rosa. On ne dirait pas que ton comportement était différent de celui de n’importe qui à dix-huit ou dix-neuf ans. De plus, tu es franchement assez résistante pour supporter quelques bourdes en public.

— Si je ne l’avais pas été, j’aurais abandonné dès la première semaine, avoua-t-elle. Même les mauvaises choses qui viennent avec la célébrité, comme la perte de l’intimité ou le fait de lire les choses horribles que les gens disaient sur moi en ligne et dans la presse ne me semblaient pas si terribles. Sauf qu’ensuite, un jour, je me suis vue à la télé. Et j’ai été choquée… parce que je n’ai pas reconnu cette femme. Je ne me suis pas reconnue. Pas juste à cause de tout le maquillage, de la coiffure et des vêtements.

Elle marqua une pause, espérant qu’il comprenne.

— Mon rire ne semblait pas authentique. Et je ne me souvenais pas du dernier livre que j’avais lu. De la dernière randonnée que j’avais faite. De la dernière amie avec qui j’avais passé du temps. Pas des amies célèbres, mais les vraies amies que je connaissais depuis la maternelle.

Elle fut surprise de vérifier par-dessus son épaule et de réaliser qu’ils avaient assez marché pour que le chalet de Drake ne soit plus en vue.

— C’était la première fois que je pensais à décrocher. Mais tout allait déjà si vite que je ne voyais pas comment faire. Et les choses n’ont fait que s’accélérer.

— Tu en es sortie, maintenant.

— Seulement parce que j’ai paniqué à cause des photos et que j’ai fui.

— Tu appelles ça une fuite. Moi, je dirais que tu savais que tu avais besoin de sortir de la situation pour pouvoir guérir un peu avant de réfléchir soigneusement à ce que tu allais faire.

Elle passa dans un rayon de soleil, un autre qui semblait la viser tandis qu’elle réfléchissait à ce qu’il venait de dire, à la différence de perspective. Une perspective remplie de force et d’intelligence plutôt que de peur aveugle et de bêtise.

— Quand j’ai vu les photos pour la première fois…

Elle prit une inspiration qui l’aida à surmonter le nœud dans son estomac qui se formait chaque fois qu’elle y pensait.

— Je ne pensais pas que je pourrais surmonter ça. Pas quand je sais que peu importe où j’irai ou ce que je ferai pendant le reste de ma vie, les photos seront toujours présentes quelque part.

Elle leva les yeux vers le visage de Drake, titubant à la fois dans sa beauté et dans sa gentillesse.

— Mais je n’avais pas compté sur le fait de rencontrer quelqu’un comme toi, quelqu’un qui est convaincu à ce point que je peux m’en remettre.

— Plus que jamais, Rosa.

Il lui sourit.

— Non seulement tu vas t’en remettre, mais tu vas tout déchirer en même temps.

— Peut-être que je vais vraiment tout déchirer en ce qui concerne la guérison, se surprit-elle à dire, mais ce n’est que la première étape et je fais encore chou blanc pour les étapes suivantes. Non seulement pour m’en prendre au type qui a pris les photos, mais aussi pour affronter ma famille.

Un énorme nœud se forma dans sa gorge lorsqu’elle conclut :

— Je ne sais pas du tout comment ma mère et mes frères vont réagir si je leur dis que je ne veux plus faire l’émission. L’an dernier, les producteurs m’ont dit que si je démissionnais, l’émission serait arrêtée. Ça m’a fait tellement de mal de perdre mon père. Je ne peux pas prendre le risque de les perdre aussi.

Drake ne lui donna pas de platitudes, il ne prétendit pas que cela n’arriverait pas. Il se contenta de l’attirer dans ses bras et de la serrer contre lui.

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