Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)
Chapitre Seize
— Avant que le soleil ne se couche, j’ai besoin de te peindre de nouveau.
Drake la sortit du lit chaud et confortable où elle aurait facilement pu passer le reste de l’après-midi. En particulier s’il était avec elle.
— Peut-être que tu pourrais apporter ton chevalet ici pour que je puisse rester au lit, proposa-t-elle en frémissant tandis que ses pieds nus entraient en contact avec les planches en bois fraîches.
— Plus tard, dit-il en l’attirant contre lui pour lui donner un baiser torride et trop rapide. Maintenant, je veux te peindre dans la lumière qui entre par les fenêtres du salon.
— Être une muse n’est pas facile, murmura-t-elle en se retournant pour prendre ses vêtements.
Il la surprit en posant ses mains sur ses épaules et en la retournant pour qu’elle soit face à lui.
— Promets-moi que tu ne poseras plus jamais pour moi si tu ne le veux pas.
Elle sourcilla, essayant de comprendre ce qu’elle avait dit de mal.
— Je plaisantais, le rassura-t-elle.
Mais elle comprit instantanément pourquoi il ne trouvait pas son commentaire désinvolte drôle.
— Je suis désolée, je n’aurais pas dû dire ça.
— Si c’est que tu ressens…
Elle posa une main sur sa mâchoire, le désir montant rien qu’avec ce petit geste.
— J’adore que tu sois inspiré par moi. Je suis ravie de poser pour toi jusqu’à ce que tu te lasses de ma présence.
— Jamais.
Ses yeux s’assombrissaient tellement quand il devenait aussi sérieux.
— Ça n’arrivera jamais. Mais ça ne veut pas dire que j’ai le droit de t’emprisonner dans ma grotte de peintre.
— Est-ce que tu penses que c’est ce que ton père a fait ?
Elle ne voulait pas lui faire de mal avec sa question, néanmoins elle ne pensait pas qu’ils pourraient contourner le sujet non plus.
— Est-ce que tu crois qu’il a fait de ta mère sa muse malgré elle ?
Sa mâchoire palpita sous sa paume et elle avait terriblement envie de l’apaiser.
— Je ne sais pas.
Sa main quitta son visage pour rejoindre son torse, le cœur de Drake battant vite lorsqu’il lui avoua :
— Aucun de nous ne sait vraiment ce qu’il s’est passé entre eux.
— Et les peintures ? Tu ne pourrais pas le deviner en voyant l’expression de son visage ? D’après ce que tu vois dans ses yeux ?
— Peut-être.
Il fronça davantage les sourcils.
— À moins que mon père n’ait peint uniquement ce qu’il voulait voir, ou que ma mère ne lui ait montré que ce qu’elle pensait devoir lui montrer en tant que muse.
Rosa aurait souhaité que la famille de Drake soit parfaite ; elle aurait souhaité qu’il n’ait pas à faire face à une situation aussi compliquée. Mais peut-être que cela faisait partie de ce qui les avait attirés l’un vers l’autre depuis le début. Et peut-être que c’était également la raison pour laquelle ils n’avaient pas peur de creuser plus profondément.
Cependant, à ce moment précis, elle voulait voir à nouveau la lumière, l’inspiration dans ses yeux. Alors au lieu de continuer à creuser, elle sourit et déclara :
— Tu m’as promis de la tarte et un chien sur mes genoux.
Il lui fallut quelques moments de plus pour que ses yeux s’éclaircissent, mais quand sa bouche trouva la sienne à nouveau, elle laissa échapper un soupir de soulagement contre ses lèvres.
— Quand le soleil se couchera, murmura-t-elle en s’obligeant à reculer, nous continuerons.
Elle sentit ses yeux sur elle, torrides et pleins de désir, tandis qu’elle enfilait son sweat-shirt et sa culotte avant de se diriger vers la cuisine. Oscar s’étira paresseusement avant de s’approcher d’elle.
— Est-ce que tu as des friandises pour lui ?
— Il sera ravi d’avoir un morceau de tarte, lui apprit Drake, déjà proche de son chevalet. Mais il y a de gros os dans le placard du coin.
Elle prit un os de la taille de son poing.
— Assis.
Oscar laissa tomber ses grosses fesses par terre. Elle tendit la main et, avec la plus grande précaution, il prit l’os dans sa bouche.
— Tu es vraiment adorable. Un jour, j’aimerais avoir un chien exactement comme toi.
— Tu n’en as pas ?
— Je voyage trop et mon petit frère est allergique.
— Parle-moi de tes frères et sœurs.
— J’ai deux frères. D’ailleurs, ils sont plutôt similaires aux tiens, d’après ce que tu m’as dit. Aaron est le plus présomptueux des deux. Sportif. Intelligent. Un peu coureur de jupons, pour être honnête.
Elle donna un autre os à Oscar, puis se lava les mains et prit la tarte qui était posée sur le plan de travail.
— Cela dit, je l’aime vraiment beaucoup, même s’il est insupportable parfois. Lincoln est plus calme. Tout aussi charmant quand il veut l’être, mais généralement plus heureux d’être perdu dans ses pensées, tout comme mon père l’était.
Essayant de ne pas s’émouvoir à nouveau alors qu’elle avait tenté de parler de choses légères, elle ajouta :
— Lincoln n’arrive pas à croire qu’il a autant de fans dans l’émission. Mais il y a quelque chose d’attirant chez ce genre de personnes fortes et silencieuses.
— Tu n’as pas de sœur ?
Elle secoua la tête.
— J’ai toujours voulu en avoir une, mais après ce qui m’est arrivé…
Bon sang, elle n’était pas très douée pour énoncer des légèretés.
— Je suis juste ravie qu’il n’y ait pas eu d’autre fille dans la famille dont on aurait pu prendre des photos. En plus, ma mère l’aurait filmée à chaque voyage avec nous.
Heureusement, les reniflements bruyants d’Oscar au coin du plan de travail, là où la tarte était posée, l’aidèrent à se débarrasser de l’obscurité qui la menaçait. Elle alluma le four et mit la tarte à l’intérieur, supposant qu’elle serait prête à être mangée quand le soleil se coucherait.
— Viens, mon gros, allons poser pour le peintre.
Elle avait l’impression de traverser la pièce avec un lion à ses côtés, tandis qu’un autre tenait un pinceau, son regard sombre à la fois intense et protecteur. Elle savait qu’elle ne devrait pas se permettre de dépendre trop de Drake, mais à l’inverse de presque tout le monde, elle ne pouvait pas l’imaginer s’attacher à quoi que ce soit.
Dès qu’elle s’assit sur la chaise longue, Oscar monta sur ses genoux, puis tourna son museau pour pouvoir le poser sur son épaule comme un bébé. Elle rit en le caressant.
— Je t’aime aussi.
— Cette boule de poils a de la chance.
Le pinceau de Drake ne cessa pas de bouger comme il le faisait chaque fois que les choses devenaient sérieuses, pourtant son doux commentaire la toucha en plein centre de la poitrine.
Le pensait-il vraiment ? Voudrait-il vraiment qu’elle l’aime ? Et si c’était le cas, y aurait-il une chance pour qu’il l’aime un jour en retour ? Qu’il l’aime réellement, avec ses erreurs et tout le reste ?
Juste comme ça, les craintes de Rosa revinrent en force. Tellement de craintes. Trop de craintes. Elle en avait vraiment assez d’avoir peur.
Pourtant, pensa-t-elle en regardant les peintures dans la pièce qui étaient posées contre les murs, la femme sur les toiles de Drake ne semblait pas effrayée. Pensive. Sensuelle. Confuse. Sauvage. Mais pas effrayée. Par-dessus tout, c’était le courage et la force qui transparaissaient.
Elle avait été sérieuse quand elle lui avait déclaré qu’elle ne comprenait pas comment il pouvait voir autant de choses, même celles qu’elle pouvait à peine voir elle-même. Rosa voulait être courageuse, elle voulait être forte comme la femme sur ses peintures.
Le seul problème, c’était qu’elle ne savait pas si être forte signifiait rester là avec lui… Ou partir en l’éloignant d’elle et de ses ennuis.
Seul son corps avait des réponses claires, à présent ; le plaisir qu’il lui avait donné – le plaisir qu’ils s’étaient donné – était loin de s’estomper. Se retournant pour le regarder, lui, et non pas ses peintures, elle fut remplie d’une forte envie de l’embrasser, de le toucher, de l’aimer de tout son être pendant le temps qu’il leur restait ensemble. Il était tellement intuitif. Savait-il que la seule fois depuis longtemps où elle s’était vraiment sentie forte, courageuse, où elle s’était senti bien, avait été dans ses bras ? Presque comme si son courage, sa force s’étaient déversés de la peau de Drake dans la sienne.
Elle ne voulait qu’une chose : être à nouveau dans ses bras. Mais étant donné que Drake voulait peindre jusqu’au coucher du soleil et qu’elle refusait de faire quoi que ce soit pouvant le distraire de sa vocation, elle décida qu’elle devait faire quelque chose pour occuper ses mains et ne pas les poser sur lui. Quelque chose de plus que d’être bloquée sur place par son énorme et adorable chien.
Comme s’il pouvait lire dans ses pensées, Oscar descendit de ses genoux et retourna dans son panier pour qu’elle puisse prendre une petite toile blanche du tas de Drake.
— Est-ce que je peux l’utiliser ?
Il mit assez longtemps avant de répondre pour qu’elle sache qu’il devait être profondément concentré.
— Utilise tout ce que tu veux.
Elle adorait cette sensation, quand elle se perdait tellement dans quelque chose qu’elle créait que tout le reste disparaissait. Elle était ravie qu’après des mois de blocage, il eût enfin retrouvé le rythme.
Sortant ses aiguilles et ses fils de son sac, elle emporta la toile vers le fauteuil en cuir et commença à broder. Plus jamais elle ne tiendrait pour acquise cette sensation merveilleuse d’être au chaud et satisfaite, avec un chien qui ronflait à côté d’elle et le soleil se couchant sur l’océan. Mais mieux encore, elle savait que Drake était là, créant quelque chose en même temps qu’elle.
Son chevalier en armure éclatante qui lui avait déjà donné tellement plus que les princes de contes de fées ne l’auraient pu.
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