Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)

Chapitre Vingt Et Un

 

Un grattement réveilla Rosa le lendemain matin. Elle fut surprise de réaliser que la lumière du jour traversait les rideaux de la chambre de Drake. Entre les peintures de celui-ci, ses propres canevas et les ébats amoureux torrides, elle n’était pas sûre de savoir à quelle heure ils s’étaient enfin mis au lit et s’étaient endormis.

Mais le fait qu’ils vivent à un rythme fou sans horaires ne voulait pas dire que c’était également le cas d’Oscar. Tandis que les grattements continuaient, elle réalisa que de toute évidence, le chien avait besoin de faire sa petite affaire à l’extérieur.

Ne voulant pas réveiller Drake – il n’avait jamais récupéré le sommeil qu’il avait perdu pendant sa frénésie de peinture de vingt-quatre heures et Dieu savait qu’il avait dépensé beaucoup d’énergie à la faire jouir encore et encore et encore – elle se glissa silencieusement hors de ses bras. Tirant sa chemise en flanelle qui était tachée d’un arc-en-ciel de traces de peinture, elle enfouit son nez dedans et sourit en sentant son odeur sur elle tandis qu’elle se dirigeait vers le salon pour sortir Oscar.

La grosse boule de poils attendait devant la porte d’entrée, sa queue s’agitant tandis qu’elle avançait vers lui.

— Tu es très patient, hein ? le félicita-t-elle d’une voix douce, le caressant rapidement sur le dos avant de le laisser sortir.

Pour la première fois depuis ce qui ressemblait à une éternité, le soleil brillait et même si elle était pieds nus, elle suivit Oscar entre les arbres vers un coin chaud. Tandis qu’elle fermait les yeux et qu’elle levait le visage vers le soleil tandis que les vagues s’écrasaient sur les rochers juste sous la forêt, elle se sentit bien. Vraiment bien.

Moins d’une semaine auparavant, elle n’aurait pas imaginé que ce genre de bonheur puisse lui appartenir.

Elle était venue à Montauk pour prendre du répit de sa vie et pour trouver ce qu’elle devait faire. Elle s’était attendue à ce que les choses continuent d’être difficiles, mais plus elle passait de temps avec Drake, une des personnes les plus calmes, sûres d’elle et pourtant humbles qu’elle ait rencontrées, plus elle pensait qu’elle était peut-être bien assez forte pour gérer les conséquences des photographies de nus et de son désir de quitter l’émission.

Certes, sa nouvelle force semblait encore plus qu’un peu hésitante et tremblante, mais elle supposait que c’était un début. Alors même qu’elle commençait à croire que Drake et elle pourraient peut-être trouver un moyen de faire fonctionner leur relation en dehors du refuge du chalet. Après tout, Smith n’avait pas seulement été vraiment gentil avec elle pendant leur appel de la veille, elle n’avait pas non plus ressenti qu’il jugeait Drake pour avoir couché avec elle.

Cependant, à ce moment-là, un nuage se plaça devant le soleil. Et alors qu’elle avait eu tellement chaud quelques moments avant, le froid passa soudain à l’intérieur de la chemise en flanelle et la fit frémir.

— Oscar, appela-t-elle, c’est l’heure de rentrer.

Mais ce fut une femme qui apparut entre les arbres, et non pas Oscar. Une jolie blonde qui avait probablement deux ans de plus que Rosa. Elle portait une tarte.

— Salut, Oscar, lança la femme tandis que le chien s’approchait pour saluer rapidement la nouvelle venue.

Il agita la queue contre la jambe de la femme deux fois avant de s’élancer paresseusement à la suite d’un écureuil. La femme sourit en observant Oscar et ajouta :

— Je ne savais pas qu’il y avait quelqu’un ici avec Drake. Ma grand-mère ne l’a pas vu au magasin depuis deux jours, alors elle a pensé que ce serait gentil que je passe déposer une tarte avant qu’elles ne soient toutes vendues. Vous devez être sa sœur.

Si seulement Rosa pouvait s’en sortir en disant qu’elle était la sœur de Drake, pensa-t-elle tandis que la scène se jouait comme au ralenti. Or il était impossible de cacher son visage, il était impossible qu’elle s’échappe pieds nus, ne portant que la chemise de Drake et rien d’autre. Elle pouvait entendre le compte à rebours de cette horrible situation à chaque battement sourd et fort de son cœur.

Dix.

Neuf.

Huit.

Sept.

Si…

— Oh mon Dieu.

La femme, sous le choc, écarquilla les yeux.

— Vous êtes Rosalind Bouchard. Qu’est-ce que vous faites là ?

Rosa devait répliquer quelque chose. N’importe quoi pour arranger ça. Mais son cerveau et sa langue étaient tellement bloqués par la panique naissante qu’elle ne pouvait pas trouver comment former une seule pensée avec l’un ou l’autre.

Au cours des derniers jours, la propriété de Drake avait semblé être un cocon parfait et privé. Mais elle avait su que cela ne pourrait pas durer pour toujours, n’est-ce pas ? Stupide Rosa, qui pensait pouvoir décider quand il serait temps de partir. Encore plus stupide de croire que son bonheur hésitant et fragile pouvait supporter de faire face à son passé en tant que Rosalind Bouchard, la vilaine fille de la télé-réalité.

— Je pensais que vous étiez à Miami avec votre famille pour gérer le scandale des photos de nus. Surtout maintenant que toutes ces nouvelles photos sont sorties.

— De nouvelles photos ?

Rosa reprit enfin contenance, même si ce n’était que pour répéter les trois terribles mots. La bile monta dans sa gorge à l’idée de nouvelles photographies qui circulaient.

Toutes ces nouvelles photos.

Ses genoux voulaient céder. Elle voulait sombrer dans les feuilles et les laisser l’enterrer.

Toutefois, alors qu’elle regardait l’inconnue intégrer ses cheveux ébouriffés, ses lèvres boursouflées par des baisers et la chemise en flanelle à moitié boutonnée de Drake, Rosa sut qu’elle n’avait pas le luxe de s’écrouler. Pas encore.

Pas quand elle devait d’abord limiter les dégâts à ce point au nom de Drake.

Aucun doute, si Rosa laissait les choses ainsi, l’inconnue prendrait son téléphone et ses applications de réseaux sociaux à la seconde où elle se retournerait et s’éloignerait. Et si elle entrait et qu’elle voyait les peintures, en particulier maintenant qu’il y en avait plusieurs de Rosa nue, elle n’aurait pas la moindre chance de persuader la femme que Drake et elle n’étaient pas en couple. Mais s’il y avait la moindre chance qu’elle y parvienne, elle devait essayer.

— Je suis juste une amie de la famille, expliqua-t-elle, essayant de toutes ses forces d’avoir l’air normale, même si ce n’était pas facile avec le sang qui lui montait rapidement à la tête. J’étais dans le coin, alors j’ai pensé que je pourrais passer dire bonjour.

Ses jambes étaient branlantes comme celles d’un faon tandis qu’elle se dirigeait vers l’inconnue.

— C’est vraiment gentil de votre part d’apporter une tarte. Alors, Mona est votre grand-mère ?

— Vous connaissez son nom ?

Rosa espérait que son sourire ne semblait pas aussi forcé qu’il l’était.

— C’est une femme adorable.

Rosa prit la tarte des mains de la femme, parvenant curieusement à empêcher les siennes de trembler.

— Vraiment adorable. Et wouah, elle sent très bon.

Continue de parler, se motiva-t-elle silencieusement. Utilise ce que tu as appris pendant toutes les interviews que tu as faites au fil des ans pour diriger les choses dans la direction que tu veux.

— Je suis sûre que Drake sera ravi de manger cette tarte quand il reviendra. Je lui laisserai un mot pour qu’il sache qu’elle vient de vous.

— Où est-il parti ?

Rosa secoua la tête comme si elle n’en avait pas la moindre idée.

— Probablement peindre une vue incroyable.

Elle croisa un million de doigts mentalement pour qu’il ne se réveille pas et ne sorte pas à ce moment précis. Rosa détestait mentir, mais elle ferait n’importe quoi pour le protéger comme il lui avait donné l’impression de le faire avec elle.

— Il a toujours été comme un frère pour moi.

Les mensonges avaient un goût de sciure sur la langue de Rosa, en particulier quand elle devait les dire d’une voix aussi nonchalante. Elle n’avait jamais moins considéré quelqu’un comme un frère.

— Merci encore d’avoir apporté la tarte. Oscar, il faut rentrer maintenant et aller prendre ton petit-déjeuner.

Dieu merci, il trotta immédiatement vers elle comme s’il avait attendu le moment où elle l’appellerait en jouant avec les écureuils.

— Je suis désolée, reprit Rosa à la femme, lui adressant un autre sourire. Je n’ai pas retenu votre nom.

— Je m’appelle Trinity. Et je n’arrive toujours pas à croire que vous êtes là, devant moi, alors que je vous regarde à la télé depuis des années.

Pour l’instant, Rosa avait réussi à ne pas répondre à ses questions. Sachant que sa chance ne durerait pas toujours, elle essaya de mettre rapidement fin à la conversation.

— Vraiment ravie de vous rencontrer, Trinity. Et merci de regarder l’émission.

Elle posa sa main sur le cou d’Oscar et, brillant comme le chien l’était, il commença à retourner vers la maison.

— Passez une bonne journée.

Elle adressa un dernier sourire à la femme par-dessus son épaule, puis elle ouvrit la porte du chalet et entra.

La fermant derrière elle, elle s’appuya dessus et regarda les chevalets et les peintures de Drake dans la pièce. Il était tellement brillant. Tellement doux. Tellement bon.

— Rosa, te voilà.

Tandis qu’il sortait de la chambre avec un grand sourire sexy et rien d’autre, le cœur de Rosa eut un raté.

Elle n’allait pas pleurer. Elle ne se laisserait pas abattre à nouveau comme la première fois, sur la falaise. Elle pensa : Je suis en train de tomber amoureuse de toi et la dernière chose que je veux, c’est te quitter.

Mais elle s’obligea à déclarer :

— Il est temps pour moi de partir.

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