Taran Le cri de la falaise (French Edition)
Chapitre 11
Après avoir tenu informé le procureur, je m’apprête à repartir à la maternité quand je reçois un appel du médecin légiste.
– Du nouveau Narco ?
– Je commence le découpage du vieux pêcheur. Par contre, je viens d’obtenir les résultats toxicologiques de Caron.
– Et ?
– Il a reçu une forte dose d’opiacés naturels dans le corps, certainement de l’opium.
– Cela veut dire qu’il a été drogué avant qu’on le tue ?
– Oui et suffisamment pour qu’il soit doux comme un agneau que l’on va égorger.
– Merci Narco. Tu me recontactes si tu as du nouveau pour Marcel Varage.
– Les premières constatations me font dire que ton client est mort brutalement d’une balle dans la tête. Aucune piqûre dans le cou ou quoi que ce soit.
Elle raccroche sans attendre ma réponse. Narco restera toujours une énigme pour moi.
Je récupère Sharko qui était affalé derrière le comptoir, repu par les friandises que le brigadier Novak lui a données.
– Il va devenir énorme si vous continuez à le gaver de cochonneries, Sandrine !
– Mais non Commissaire ! Il est vraiment adorable. Si je pouvais l’adopter, je le ferais.
– Promis s’il m’arrive quelque chose, il sera à vous !
Novak, surprise par ma répartie, me regarde sortir du commissariat, se demandant si c’est une bonne nouvelle ou pas.
Sharko grimpe à l’arrière de la DS pendant que je termine en deux taffes ma cigarette. Il faudra qu’un jour j’arrête de fumer… Giulia a besoin d’un père vivant et en bonne santé. J’écrase mon mégot dans le cendrier que j’ai fait installer sur le parking du commissariat afin d’éviter qu’il ne devienne une décharge à ciel ouvert. J’ai d’ailleurs eu les félicitations de l’adjoint au Maire en charge de l’environnement, Patrick Groniecki qui a insisté pour inaugurer l’installation. Je me rappelle tandis que ce jour-là, l’élu faisait son discours, Sharko est venu uriner sur le pied du cendrier, sous les flashs de la presse locale. Monsieur Groniecki est parti dans un fou rire interminable. Malheureusement, l’homme est décédé quelques jours après.
En hommage, le Maire a décidé de renommer la rue de la Gaité à Paramé, la
rue Patrick Groniecki[10].
Je reprends la chaussée du Sillon pour admirer la mer d’émeraude scintillante et virevoltante. Le vent est fort et les kites surfeurs sont de sortie en cette fin d’après-midi. Le spectacle de ces voiles multicolores dansant sur ce diamant mouvant, est grandiose. Je ne prête pas immédiatement attention à la moto qui arrive à toute allure derrière moi. Ce n’est qu’au dernier moment que je sens le danger. Je donne un coup de volant pour déstabiliser le passager de la moto tenant à sa main un pistolet mitrailleur. La rafale fait exploser mes vitres du côté gauche. Les balles fusent juste au-dessus de nos têtes. Alors que Sharko s’est réfugié entre les deux sièges à l’arrière, je pile pour m’arrêter. Je sors mon Sig Sauer de son holster et m’éjecte de la voiture. Je vise mais la moto est déjà trop loin et la circulation est dense à cette heure-ci.
Je peste !
Je contacte immédiatement mes collègues pour isoler la scène afin que nous puissions rapidement retrouver les douilles de l’arme. Plusieurs conducteurs sont déjà sortis de leur véhicule ne sachant pas s’ils doivent courir ou m’aider. Je montre ma carte de police pour rassurer tout le monde et fais sortir Sharko qui se colle à mes jambes, encore apeuré par ce qui vient de se passer. Je regarde ma DS. Elle a morflé mais elle survivra. Mon garagiste se fera un plaisir de la remettre en état.
Sorens et une patrouille de police arrivent cinq minutes plus tard sur les lieux.
– Tu es blessé Taran ?
– Non je ne crois pas.
– Ton visage est en sang sur le côté gauche.
Je touche de la main ma tempe et comprends que les éclats de verre de la vitre m’ont touché. Un médecin pompier vient m’ausculter et nettoyer mes plaies.
– Il vous faudrait trois points de suture.
– Ce n’est rien, merci.
Je m’adresse à Sorens, l’air grave :
– Je veux que la PTS se mette au travail. Je vais coincer les salauds qui ont fait ça à ma DS.
– Tu crois que c’est en lien avec notre enquête ?
– Aucune idée… Tu sais, je commence à avoir pas mal d’ennemis dans le coin. Heureusement, ils sont pour la plupart soit en prison, soit six pieds sous terre.
– Tu veux une protection ? On a une équipe de spécialistes depuis peu.
– Oui je sais… Mais inutile, je vais me débrouiller.
– C’est surtout pour Maud et le bébé, insiste Sorens.
Je n’avais pas pensé que ma famille pouvait être aussi en danger…
– Ok, mais fais discret s’il-te-plaît. Je te pique ta bagnole. J’ai promis à Maud de passer. Je te laisse Sharko.
– Prenez soin de vous.
Sorens me regarde différemment depuis ce matin. Il faudra que je lui demande pourquoi.
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