Taran Le cri de la falaise (French Edition)

Gwen Le Tallec · Chapitre 4 sur 60

Pages du PDF

Taran Le cri de la falaise (French Edition)

Chapitre 3

 

Quand je sors de la maternité, il fait encore nuit. Je profite de cet instant de solitude pour me griller une cigarette. La pluie a cessé et les nuages se sont effacés pour laisser place à un beau ciel étoilé. Je savoure ce moment où le monde ne s’est pas encore réveillé.

Ensuite, je démarre ma DS et décide de passer prendre Sharko à l’appartement avant de me rendre sur la scène de crime. Il est aux anges. Juste avant de sauter dans la voiture garée dans la cour intérieure, il en profite pour arroser d’un jet d’urine le paillasson de Madame Chotard, ma voisine. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas car nous aurons besoin d’elle pour assurer, non seulement la garde de Sharko, mais aussi maintenant celle de Giulia pour des instants en amoureux. Je décide de prendre la route de la côte. Je suis heureux...

Dix minutes plus tard je me stationne, entre une voiture de police et le van de la scientifique, sur le bas-côté de la petite route qui mène à la plage aux Puces. Sharko s’échappe déjà. Rapidement il n’est plus qu’un point noir sur la grande plage. La mer s’est retirée du havre du Lupin et une odeur de vase me chatouille les narines. Les collègues me saluent et m’indiquent l’endroit de la découverte du corps. À une centaine de mètres, je vois la fourmilière s’activer autour de la scène de crime.

Un jeune homme en uniforme de police vient à ma rencontre. Je suis surpris quand il m’adresse la parole :

– Bonjour Commissaire, je suis Arthur Denieul, votre stagiaire.

– Comment ?

– Je suis en formation à l’école de police de Saint-Malo et affecté en stage dans votre commissariat.

– Ah oui… Je vous ai trouvé le meilleur tuteur, le Capitaine Sorens.

– Oui elle m’a dit. Je suis ravi de…

Impatient, je m’éloigne sans l’écouter en lui lançant :

– Désolé jeune homme, j’ai rendez-vous avec un cadavre. Si vous pouvez jeter un œil sur mon chien, je ne voudrais pas qu’il s’égare.

Prenant un air ahuri, le jeune policier acquiesce de la tête.

Sorens et Hugo m’aperçoivent et viennent à leur tour à ma rencontre.

– Bonjour Taran. Je vois que tu as fait connaissance avec le stagiaire.

– En effet. Je lui ai demandé de surveiller Sharko. On verra s’il est à la hauteur de la tâche. Alors c’est quoi le menu ?

– La scientifique termine le boulot. Un homme caucasien, la quarantaine, nu et pendu par les pieds dans le hangar derrière nous, avec la gorge tranchée. On ne l’a pas encore identifié.

J’examine le hangar d’où sort un rail. Un petit wagonnet rouillé est planté à une trentaine de mètres de la sortie.

– C’est quoi ce truc ?

Hugo intervient.

– Le hangar abritait pendant la seconde guerre mondiale une vedette rapide allemande chargée de surveiller la côte d’ici à Cancale et d’intercepter les navires alliés s’approchant trop près. A la libération, l’embarcation a été détruite par les américains et les lieux sont tombés à l’abandon. Cela reste un vestige de la présence militaire allemande à l’instar des bunkers qui jalonnent la côte d’Emeraude.

– Merci Hugo pour cette page d’Histoire. Je vais aller saluer notre défunt.

En entrant dans le bâtiment, tagué de toute part, je croise Patricia Narco, le médecin légiste.

– Bonjour Commissaire. Tu as un client bien ficelé !

En observant de plus près le cadavre, je remarque en effet que ses mains sont attachées dans le dos par un serflex. Le sol en terre battue est maculé du sang de la victime. 

– Bonjour Patricia. Tu en penses quoi ?

– Oh ! D’après les premières constatations, il a dû être pendu par les pieds, tard en soirée ou très tôt ce matin, pour être ensuite égorgé. Il est donc mort ici. Il a aussi une aiguille d’environ 10 cm plantée entre les yeux, certainement une signature. Je ne sais pas encore si elle a été enfoncée quand l’homme était vivant ou post mortem. Je vous en dirai plus sur les circonstances précises de sa mort après l’autopsie. Par ailleurs, je crois que nos collègues de la scientifique ont des traces papillaires visibles, notamment sur le sol. Il y a au moins une personne qui a laissé l’empreinte de sa chaussure dans le sang de la victime.

– Une aiguille ?

– Oui ! Cela doit être une aiguille utilisée pour coudre les matelas, il me semble.

– Bien, merci Patricia.

Soudain, la légiste me regarde avec un air amusé :

– Il paraît que tu es papa ?

Interloqué, je lui réponds :

– Tu es déjà au courant ?

– Les informations circulent vite dans le milieu, Commissaire. Je te félicite, même si je pense que nous aurions formé un beau couple.

– Tu trouves ? Le flic et la légiste ! C’est morbide, non ?

– Ouais… Enfin quand deux flics font un enfant, cela n’augure jamais quelque chose de bon.

– Tu veux dire quoi ?

– Rien ! Je te laisse à ton cadavre. Bye Bye beau gosse !

Je lui fais un signe de la main et vois Sharko arriver en trombe, pourchassé par le jeune policier qui m’a accueilli.

Hugo prend des photos de la victime sous toutes ses coutures pendant que

Sorens s’entretient avec le chef de la PTS[2]. J’observe la scène de crime. D’après Narco, le type est mort ici. Il est donc arrivé conscient dans le hangar. Le meurtrier l’a attaché par les pieds et l’a hissé à l’aide d’une poulie que je distingue. Pour sa mise en scène, il l’a déshabillé et lui a planté cette longue aiguille dans la tête. Je m’approche pour voir la victime de plus près. Il a une calvitie et une cicatrice sur la joue qui doit dater de plusieurs années. Il était relativement athlétique, aux alentours de 80 kg pour 1,80 m, à mon avis. Il était certainement en capacité de se défendre mais il n’y a apparemment pas de signe de lutte. Le ou les agresseurs, soit le connaissaient, soit le menaçaient d’une arme. La flaque de sang ne fait apparaître qu’une trace de semelles, je pencherais plutôt pour une seule personne.

Le corps est décroché avec respect et déposé dans un sac mortuaire. Il sera dépecé à la morgue… Je pense à Giulia. La mort n’accepte aucun répit.

OceanofPDF.com