Taran Le cri de la falaise (French Edition)
Chapitre 39
Maud a prévenu le directeur de l’établissement de notre visite. Le foyer se situe au bout d’une impasse, face à la mer. La vue est magnifique, on distingue l’île de Cézembre au large. Des vestiges d’une vieille porte médiévale ont été préservés et font office de portail à la grande bâtisse, austère, construite en pierre de granit. Nous nous garons dans la cour et c’est un petit homme chauve d’une soixantaine d’années à l’allure joviale qui nous accueille.
– Bonjour ! Je suis Mathurin Potiron, le directeur de l’établissement.
Nous le saluons et nous nous présentons.
– Venez dans mon bureau, nous serons plus tranquilles.
A cet instant, un ballon me frôle la tête et s’écrase contre la paroi d’une remise en tôle, produisant un bruit effroyable. S’en suit une nuée de gosses, excités qui slaloment entre nous.
– Ces enfants sont d’une vitalité ! s’exclame le directeur en souriant.
Nous le suivons, non sans jeter un coup d’œil derrière nous, afin de prévenir tout projectile lancé dans notre direction.
Nous montons quelques marches, et débouchons dans un grand hall. Le plafond est perché à au moins cinq mètres au-dessus de nos têtes, mettant en valeur un lustre en cristal d’un autre âge. Potiron nous conduit dans son bureau, situé au rez-de-chaussée sur la gauche. La pièce spacieuse est très joliment décorée. Un bureau en bois précieux trône près d’une grande fenêtre avec vue plongeante sur le jardin arboré. Un canapé et deux fauteuils club créent un espace cosy.
Le directeur se dirige vers un mini bar équipé de carafes de grand whisky.
– Je vous offre un verre ?
– Non merci, s’impatiente Maud.
L’homme, ayant senti l’agacement à peine masqué de ma compagne, se retourne l’air contrit.
– Oh excusez-moi, vous êtes sans doute pressés ?
Maud dégaine avant moi.
– Oui ! Nous aimerions consulter vos archives.
– Bien sûr ! Nous sommes en pleine numérisation. J’ai confié ce travail à un ancien pensionnaire qui est aujourd’hui gérant d’une petite entreprise d’informatique à Rochebonne. Vous souhaitez consulter une année particulière ?
– De 1985 à 1990.
– Ah… Celles-ci ne sont pas encore numérisées. Les dossiers papier sont à la cave. Vous voulez y aller immédiatement ?
– Oui merci, répond Maud.
Je n’ai toujours pas prononcé un mot et en observant ma compagne, je vois un flic en chasse.
– Vous étiez déjà le directeur à cette époque ? osé-je.
– Non. Je suis arrivé en 2010. Auparavant, j’ai été près de vingt ans directeur dans un foyer de l’enfance à Dijon et avant, éducateur dans plusieurs centres dans le nord de la France.
– Vous avez du personnel qui était présent à l’époque ?
Le vieil homme réfléchit puis soudain ses yeux s’illuminent.
– Oui, Bertrand, le jardinier ! Il travaille ici depuis l’ouverture de La Passerelle en 1980. Vous pourrez lui poser des questions, il doit s’occuper des parterres de roses dans le jardin.
Il règne une odeur de vieille église dans la cave. La porte récalcitrante est ouverte d’un coup d’épaule par le directeur. Un nuage de poussière nous asphyxie immédiatement. Nous toussons en nous engouffrant dans la petite pièce dépourvue d’ouverture sur l’extérieur.
– Vous savez qui chercher, j’imagine ?
– Oui. Deux enfants ont fréquenté cet établissement sur cette période. Il s’agit de Gaëtan Caron et de Maxime Mathorit.
– Vous avez une chemise cartonnée pour chaque année, avec les entrées et les sorties, et un document listant mensuellement l’ensemble des enfants présents dans le foyer. Nous sommes une petite structure et je pense que vous trouverez assez rapidement ceux que vous cherchez.
– Merci à vous.
– Je vous laisse, le temps de vos investigations. Vous me trouverez dans mon bureau.
Potiron nous quitte en nous saluant d’un mouvement de la main.
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