Taran Le cri de la falaise (French Edition)

Gwen Le Tallec · Chapitre 5 sur 60

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Taran Le cri de la falaise (French Edition)

Chapitre 4

 

Nous avons passé la matinée à chercher l’identité de la victime. Hugo est le meilleur de l’équipe dans ce genre de mission. Après avoir inséré les

empreintes digitales du cadavre dans le FAED[3], un nom est sorti : Gaëtan Caron. Âgé de 49 ans, il a été jugé pour agression sexuelle à l’encontre de sa secrétaire en 2019. Sur cette base, nous avons pu reconstituer rapidement la vie de la victime. Il était cadre dans une entreprise de transport, située dans la zone d’activité de la commune de Saint Jouan à côté de Saint-Malo. Il a été licencié suite à cette affaire. Sa femme a demandé le divorce, et s’est tirée avec les deux enfants dans la région de Rennes. Lui vivait actuellement dans un petit HLM dans le quartier de la Découverte. Il faisait des petits boulots notamment en bossant comme marin sur les bateaux de pêche.

Avec Hugo et le jeune stagiaire, nous partons rendre visite au patron qui l’embauchait depuis trois mois, un certain Marcel Varage. Sorens poursuit, quant à elle, les recherches sur Caron. Elle doit contacter la mère du défunt qui séjourne dans un foyer logement à côté de l’hôpital. Sharko reste avec Sandrine Novak, sa meilleure amie après moi et accessoirement la responsable du service accueil au commissariat.

Nous arrivons sur le port de pêche en fin de matinée. Je stationne ma DS sur le quai à côté de la criée. Il fait beau et le soleil nous chauffe le visage en cette fin du mois de septembre, cela change de la nuit dernière quand nous sommes partis pour l’accouchement. Nous cherchons le patron du « One Mor Beer », un petit chalutier qui pratique la pêche côtière. Il pose des casiers afin d’attraper des araignées et des homards. Un vieux marin ridé, à la peau burinée, nous indique le point d’amarrage du bateau en crachant à dix centimètres de la chaussure droite d’Hugo.

Tout semble calme autour de l’embarcation. 

– Il y a quelqu’un ? crie Hugo.

Pas de réponse. Je décide de monter à bord. Soudain mon instinct m’alerte d’un danger. Je mets la main sur la crosse de mon Sig Sauer en faisant signe à Hugo de rester en retrait. Le jeune stagiaire ne comprenant pas, l’interpelle :

– Il y a un problème Hugo ?

– Ta gueule et planque toi ! lui répond mon collègue avec agacement.

Il n’en faut pas plus pour voir le stagiaire sauter sur des casiers empilés, qui, sous le choc, valdinguent dans un énorme fracas.

Sidérés par tant de bêtise, nous regardons Arthur Denieul vautré dans les filins. Je n’ai pas le temps de l’engueuler qu’un type, arme au poing, sort du cockpit, me bouscule et canarde Hugo. Celui-ci, afin d’éviter les balles qui fusent, et d’un geste désespéré, plonge dans l’eau noire du port.

Agile, le type saute sur le quai et s’enfuit sans demander son reste. Je me relève et tire en direction du fuyard. Il est déjà trop loin, c’est peine perdue. Soudain le jeune Arthur m’interpelle en enlevant ses chaussures.

– Commissaire ! Hugo n’est pas remonté !

Il plonge dans l’eau glacée. Je m’apprête à le rejoindre mais il remonte déjà à la surface avec Hugo, inconscient. Je saute du bateau et l’aide à le hisser sur le quai. Hugo ne respire plus, je pratique immédiatement les premiers secours en demandant à Arthur d’appeler de l’aide. Après trente secondes de massages cardiaques, mon collègue tousse et crache de l’eau. Il respire difficilement mais il respire…

– Putain, tu m’as fait peur…

Il demande avec une voix faible :

– C’était qui ce type ?

– Je ne sais pas Hugo. Mais on a évité le pire.

Je regarde le petit stagiaire et lui lance :

– Tu t’es bien débrouillé, on dirait !

– Merci Commissaire. L’été, je suis sauveteur sur les plages de Berk.

– T’es Ch’ti ?

– Non, je suis originaire de Biarritz ! Mon père a été muté par sa boite dans le Nord, il y a une dizaine d’années.

– Hugo te doit la vie… Bienvenu chez nous, petit.

– Merci Commissaire.

Sachant qu’Hugo est hors de danger, je décide d’aller fouiller le bateau de pêche. Je sors mon pistolet de son holster, enjambe le bastingage et m’introduis dans l’habitacle. Je suis immédiatement saisi par une odeur de gasoil mêlée à celle du poisson pourri. Je me retiens pour ne pas vomir et respire par la bouche. C’est un capharnaüm sans nom. Le propriétaire est

certainement atteint du syndrome de Diogène[4] pour accumuler autant d’objets et de détritus. J’avance difficilement jusqu’à la proue où se situe une cabine, séparée par une porte en bois, fortement détériorée par l’humidité. Celle-ci est entrouverte. D’un coup de pied, je l’ouvre et découvre le cadavre d’un type foudroyé par la balle qui lui a traversé la tête. L’homme d’une soixantaine d’années est allongé sur un tas de filins imprégnés de sang. La victime est en tenue de marin pêcheur avec une vareuse et un pantalon de ciré noir. Je parie qu’il s’agit du patron, Marcel Varage.

Je contacte immédiatement les collègues de la scientifique et demande des renforts pour fouiller le chalutier. Je sors en respirant un grand coup. Je reste sur le pont et m’allume une cigarette en regardant le ciel bleu. Un goéland passe à quelques mètres de moi pensant que ma clope est de la nourriture. Au dernier moment, conscient de sa méprise, il pousse un cri strident et bifurque en reprenant de l’altitude.

Je lui lance :

– Charognard !

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