Taran Le cri de la falaise (French Edition)
Chapitre 14
Le brancard emporte le corps de Maud Banedec. Elle était agent de sécurité depuis deux mois seulement, en renfort de celui qui est mort à l’accueil. Elle a reçu une balle en plein cœur. Elle est morte sur le coup. Jamais je ne pourrai la remercier d’avoir sauvé ma famille. Les deux assaillants, après avoir tenté de m’éliminer, se sont échappés. Ils sont recherchés activement. L’un d’eux a perdu un plan de l’hôpital avec l’indication de la chambre de Maud. Ils venaient pour la tuer ou la prendre en otage…
Je suis avec Maud et Giulia. J’ai menti en disant à la femme que j’aime, que deux tueurs étaient entrés dans l’hôpital pour occire un vieux mafieux napolitain ayant fait un malaise cardiaque pendant son séjour à Saint-Malo. J’ai demandé à toute l’équipe de garder le secret pour l’instant.
– C’est horrible cette histoire !
Je réponds la mort dans l’âme :
– Deux agents de sécurité ont laissé leur vie pour sauver le vieil italien.
– Et les assaillants ?
– Envolés.
– C’est quand même étrange cette histoire…
– Pourquoi dis-tu ça ?
Le regard de Maud noircit subitement.
– Tu me prends vraiment pour une idiote Commissaire Taran Courteline ? Tu as oublié que, outre ta compagne, je suis lieutenant de police et profileuse ? Tu tentes de m’embrouiller avec ton histoire de forcené puis de vieux mafieux. Mais sache que quand tu mens, tu te grattes toujours derrière la tête et là, tu dois avoir une sacrée plaie sanguinolente dans le cuir chevelu !
Je suis démasqué... Je me sens con et j’avoue :
– Bon, il semble que quelqu’un en veuille à ma vie et à celle de ma famille. Sur la route, des motards m’ont tiré dessus.
Maud accuse le coup.
– Tu crois que c’est lié à ton enquête ?
– Je ne sais pas… Cela n’a peut-être rien à voir mais la coïncidence est étrange. Par contre, si ce n’en est pas une, je sèche.
– Je demande à l’auxiliaire de puériculture de nous garder Giulia et tu me racontes tout sur l’enquête.
– Certainement pas ! Tu viens d’accoucher !
– Je m’en fous ! Si ma famille est en danger, je veux la protéger. Fais-moi confiance Taran, je suis sûre que je peux vous aider.
Je le concède en effet…La soignante entre en tentant de sourire dans la chambre et emporte Giulia qui dort paisiblement dans son berceau. Je me gratte la tête en me rendant compte de mon geste et penaud, je poursuis :
– D’accord. Je vais mettre des policiers en faction dans tout l’hôpital. Cela va devenir un vrai bunker. Dès que tu pourras sortir avec Giulia, nous nous installerons dans un logement qui nous sert dans les situations de mise sous protection de témoins.
Maud me regarde en baillant.
– Quoi ?
– Tu me parles de l’enquête ou tu continues à la jouer « polar américain ».
– …
Allongée sur le lit, vêtue d’une chemise de nuit qui laisse deviner ses formes, elle me sourit. Elle est belle.
Je tente de chasser mes idées polissonnes et me lance dans l’exposé des faits de la journée.
– Nous avons deux homicides sur les bras. Le premier, Gaëtan Caron, 49 ans, retrouvé pendu par les pieds et égorgé dans un hangar désaffecté situé sur la plage aux Puces à Saint-Coulomb. Marcel Varage est, quant à lui, mort sans doute quelques heures plus tard sur son bateau de pêche, tué d’une balle dans la tête. Les deux homicides sont liés mais le mode opératoire est différent.
– C’est-à-dire ?
– Ils n’ont pas été tués de la même façon. Concernant Caron, il a été drogué, certainement pour qu’il soit docile avant qu’on lui ouvre la gorge. Narco a détecté une piqûre dans le cou de la victime. Et puis, il y a cette aiguille plantée entre les yeux. Varage a été tué froidement par son agresseur sans mise en scène particulière.
– Tu as une idée du mobile ?
– Pour l’instant, les faits nous orientent vers le règlement de compte entre trafiquants de drogue. Les deux victimes auraient voulu jouer dans la cour des grands et le résultat serait là. C’est Caron qui aurait embarqué Varage dans cette sale affaire d’après le neveu du patron pêcheur. Quand nous sommes arrivés au port, cet idiot a paniqué, et nous a tiré dessus avec l’arme qui a certainement tué son oncle. Il pense que les Pirates noirs seraient les commanditaires des meurtres.
– On connaît cette bande. Elle a investi la région il y a peu de temps en faisant le ménage. Plusieurs petits trafiquants et dealers ont subitement disparu en plusieurs mois. Nous n’avons jamais retrouvé leur trace.
– Exact. J’ai demandé à Sorens d’organiser une opération de ratissage afin de mettre fin aux agissements de cette bande et de les interroger sur les assassinats d’aujourd’hui.
– Ouais…
Maud reste pensive.
– Quoi ?
– Je ne sais pas… Tu as raison, c’est sans doute le mobile de nos deux homicides mais il y a quelque chose qui me chiffonne.
– L’aiguille ?
– Exactement. Pourquoi cette signature ? Il y a certainement une raison et ces pirates nous le diront. Je veux participer à l’opération.
– Tu es folle ?
Maud me regarde, amusée.
– Je veux suivre l’opération en direct via les caméras des policiers.
Soulagé, j’accepte.
– Tu éviteras de montrer les images à notre bébé.
Maud rit, se jette sur moi et m’embrasse goulument.
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