Taran Le cri de la falaise (French Edition)

Gwen Le Tallec · Chapitre 29 sur 60

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Taran Le cri de la falaise (French Edition)

Chapitre 28

 

21 septembre, vers 1 heure du matin…

 

– On va chez moi ?

– Tu ne veux pas aller voir la mer avant ?

L’homme, la quarantaine affirmée, bedonnant, un peu dégarni, est grisé par les verres de whisky qu’il a bu durant la soirée. Il est sorti avec son pote Renan qui n’a pas tenu la marée, et est rentré se coucher en titubant jusqu’à son appartement rue de la Herse, intra-muros. Maxime, quant à lui, a poursuivi sa tournée des bars. Il s’est engueulé avec Corinne ce matin et n’a aucune envie de se confronter à nouveau à ce monstre. Il ne rêve que de partir loin, mais elle le tient par les couilles. Elle est experte comptable et lui commercial au chômage depuis six mois. Bientôt on va lui sucrer ses allocations et il va se retrouver totalement dépendant de sa femme.

Il la hait… Il voudrait la tuer, surtout quand il a bu, mais la perspective de la prison l’effraie plus que tout. Il regrette sa jeunesse. A cette époque, il ne se serait pas fait avoir par une gonzesse. Il les enchaînait et adorait les baiser puis les jeter. Aujourd’hui, c’est plutôt rare. Cela fait longtemps que sa femme et lui ne font plus rien. Ils se dégoûtent mutuellement.

Il essaie bien de lever quelques femmes dans les bars, mais il n’a plus l’allure de ses vingt ans avec sa tonsure et son ventre rebondi que les boutons de sa chemise bon marché tentent désespérément de contenir.

Ce soir, c’est différent. Il a dégoté une belle brune, la trentaine bien tassée, filiforme et très jolie. C’est lui qui l’a accostée à la Belle Epoque, un bar de sa jeunesse. Assise au bar, elle était déjà bien avancée dans l’éclusage de kirs cassis. Elle ne l’a pas rembarré comme toutes les autres. Ils ont commencé par se dire des banalités puis rapidement il a senti qu’il pouvait y avoir une ouverture. Il a posé sa main sur sa cuisse et elle lui a répondu par un regard de braise.

Du coup, il a pris confiance et a faufilé sa main dans son pantalon pour lui caresser les fesses. Elle lui a dit :

– On va faire un tour ?

Maxime, excité comme jamais il ne l’avait été, a acquiescé, et s’est levé tellement brusquement que son tabouret a valdingué dans la salle. Ils ont rejoint les fumeurs entassés sur le trottoir. Ils se sont éloignés main dans la main.

– La mer ! Pourquoi pas ?

Maxime est déçu par cette proposition mais s’il veut coucher avec elle ce soir, il va falloir être un peu romantique.

– Ma voiture est à deux rues. Au fait, c’est quoi ton prénom ?

– Nat.

– Le diminutif de Nathalie ?

– Si tu veux…

– Moi c’est Maxime.

– Je sais.

– Ah bon, je te l’ai dit ?

– Certainement.

La fille semble impatiente. Ils accélèrent le pas et rejoignent rapidement la 406 stationnée sur le trottoir.

– Tu parles que je te connais gros dégueulasse… Cela fait un mois que je te surveille et que j’ai découvert ta vie de merde. Ça tombe bien, tu ne vas pas perdre grand-chose, se dit Nat.

Galamment, Maxime ouvre à sa femme d’un soir, la porte passager et en profite pour lui donner une tape sur les fesses. Elle se force à rire et s’installe dans la bagnole du beauf.

– Tu veux aller où ?

– Je connais un coin tranquille à quelques kilomètres… Là-bas, on sera seuls et on pourra faire plus ample connaissance, dit-elle d’une voix suave.

Maxime est au summum de son excitation. Si cela continue, il va jouir avant-même de la prendre, ce qui serait au final très frustrant.

– C’est où ?

– Avance, je vais t’indiquer la route.

Ils sortent d’intra-muros et se dirigent vers Paramé. La voiture arrive à Courtoisville et bifurque sur Rochebonne pour remonter vers Rothéneuf, le quartier huppé de la ville.

Maxime, sous haute tension, demande presque avec insistance :

– Alors, c’est encore loin ?

Nat sentant l’homme s’énerver, lui pose la main sur le haut de la cuisse. Elle sent son désir monter d’un cran et hésite à la retirer mais sa détermination est plus forte que son dégoût. Maxime quant à lui, s’oblige à penser à sa femme pour ne pas exploser dans son caleçon.

– Patience, nous sommes à cinq minutes. Si tu es sage, tu verras que ma bouche peut faire des miracles chez les hommes.

Maxime a du mal à déglutir. N’y tenant plus, il accélère.

Sur la route de la côte qui relie Saint-Malo à Cancale, la voiture dépasse la plage du Verger.

– Tu tournes à droite juste après la plage.

Maxime souffle comme un bœuf. Sa tension doit être au plus haut mais la perspective d’être enfin arrivé le calme un peu. Machinalement, il lit la pancarte indiquant la pointe du Brach’March.

Il rit sans que sa passagère ne comprenne. Il se gare enfin sur un petit parking aménagé et plongé dans un noir total. Il arrête le moteur en laissant les phares allumés. Etonné par le coin, pour le moins austère, il fait remarquer à sa compagne du soir :

– C’est lugubre comme coin !

– Viens ! Il y a une toute petite plage avec un chalet qui la surplombe. Il m’appartient. Il est aménagé et j’y viens quand j’ai envie de tranquillité ou d’amour.

Maxime se jette sur Nat et l’embrasse fougueusement. Il lui malaxe les seins et tente de décrocher son soutien-gorge mais elle le repousse en tentant de sourire.

– Patience grand fou ! Suis-moi et tu ne seras pas déçu.

Munis d’une lampe torche que Nat avait pris soin d’apporter, ils s’engagent dans un petit chemin puis rejoignent le GR 34 pour bifurquer rapidement sur un autre chemin enherbé. Ils débouchent sur un espace clôturé avec, en son centre, un mobil home des années 80. Maxime suit sa conquête sans se poser de question. Elle l’invite à entrer en allumant une lampe à pétrole.

– Tu veux boire un verre ?

– Oui avec plaisir, répond Maxime qui se vautre sur la banquette en commençant à se dévêtir.

Nat se retourne, deux verres de vin en mains, et découvre l’homme totalement nu, en pleine érection. Elle sourit et dépose les verres sur une petite table ronde.

Elle s’agenouille entre ses jambes comme pour lui faire une fellation et lui enfonce dans le pénis une seringue contenant un liquide à base d’opium destiné à paralyser celui qui le reçoit.

Maxime les yeux révulsés, s’écroule sur la banquette, incapable de parler et de faire le moindre geste.

– Bienvenu en enfer, Maxime Mathorit.

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