Taran Le cri de la falaise (French Edition)
Chapitre 17
Le lendemain…
Sorens est dans le coma… La balle a touché une artère. Le médecin pompier m’a dit que je l’avais sauvée, ce n’est pas mon analyse. Si j’avais été sur mes gardes, cela ne se serait pas passé ainsi. On dirait que c’est la répétition de l’histoire de ma vie. Les personnes que j’aime, meurent, et moi, je reste sur cette terre avec ma culpabilité. Sorens a été conduite à l’hôpital de Saint-Malo, qui heureusement, est équipé aujourd’hui d’un service spécifique pour les blessures par balles. Noé Marcan, chef du service a fait ses armes en Afghanistan. C’est un des meilleurs médecins de guerre et nous avons la chance qu’il soit malouin.
À 45 ans, il a décidé de s’installer à Rothéneuf avec sa famille après avoir parcouru le monde entier. Le nombre de blessures par balles a explosé depuis que je suis arrivé au commissariat de Saint-Malo, et par la force des choses, Noé est devenu mon ami. Sacha, sa femme et Maud s’entendent bien et nous passons une soirée ensemble au moins une fois par semaine. Le Taran ténébreux et solitaire que j’étais me paraît bien loin. Je deviens sociable et cela me fait peur.
Un fusil de précision FR-F2 de fabrication française a été retrouvé à cinq cents mètres de la position que nous occupions avec Sorens. Pourquoi l’avoir laissé ici ?
Nous avons fouillé la lande sur plusieurs kilomètres sans rien trouver. Dans la maison, les résultats sont également décevants : des traces de cocaïne, quelques mégots, et une arme de poing sans chargeur. La scientifique a relevé plusieurs empreintes mais cela ne nous apportera pas grand-chose. Nous connaissons tous les membres de la bande. Nous prouverons simplement qu’ils étaient là ces dernières semaines… L’enquête est au point mort.
Je sors de l’hôpital où j’ai pu rendre visite à Sorens toujours inconsciente et me faire soigner. J’ai une vilaine plaie à la joue, masquée par un pansement. Une balle m’a éraflé mais à trois millimètres près, j’étais mort.
Maud et Giulia quittent la maternité pour une résidence de la police destinée à la protection des témoins. Elle se situe à Saint-Coulomb entre Saint-Malo et Cancale. Je porte la nacelle le plus délicatement possible pendant que Maud embrasse le personnel soignant. J’installe ma fille dans la voiture que j’ai louée le temps que ma DS soit réparée. Sharko est aux anges, toute la famille est avec lui, même s’il s’étonne de la présence de cet étranger minuscule. Nous partons, escortés par deux voitures de police banalisées.
– Tu ne crois pas que c’est un peu trop ? s’offusque Maud.
– Tu diras ça à Sorens !
Je regrette immédiatement ma répartie.
– Désolé… Mais la situation est complexe, ma famille et mes collègues sont des cibles et l’enquête piétine.
– J’ai eu très peur pour toi, tu sais ?
– Oui… Je n’aurais pas dû te laisser suivre l’assaut avec cette caméra embarquée sur moi.
Soudain, Maud reprend sa posture de profileuse.
– La piste des Pirates noirs ?
– Nous avons arrêté deux membres de la bande mais pour l’instant, c’est le silence total. Ils savent que s’ils parlent, ils sont morts…
– Vous savez comment ils ont été prévenus de votre assaut ?
– Pas encore… Les guetteurs sans doute. Ces types sont des experts en surveillance.
– C’est étrange, tu ne trouves pas ? Deux meurtres avec un mode opératoire très différent, des trafiquants de drogue bien informés, des tentatives de meurtres sur des policiers, cela fait beaucoup non ?
– Oui.
– La question est de savoir si tous ces événements sont liés ou s’il s’agit d’affaires différentes que le hasard a réunies.
– Je ne crois pas au hasard.
– Moi non plus Taran… Il y a des gens qui ont lancé une campagne de terre brûlée à notre encontre. Mais dans quel but ?
Maud a raison. Cette enquête semble beaucoup plus complexe que je ne l’imaginais. Nous arrivons dans la campagne de Saint-Coulomb. Nous descendons un petit chemin à peine goudronné que l’herbe a envahi au milieu. Une forêt de pins borde la route. C’est un endroit bucolique qui nous fait oublier une minute la raison de notre venue. Nous passons une grille en fer forgé d’un autre temps avec une inscription Roz-ven. Après une bifurcation, nous découvrons une somptueuse bâtisse plantée sur la dune face à la mer.
Pour détendre l’atmosphère, Maud change de sujet :
– Tu sais qui habitait ici au début du XXème siècle ?
– Ta mère ?
Maud éclate de rire et me lance :
– Idiot ! C’est Colette !
– Qui ?
– Colette ! Ne me dis pas que tu ne sais pas qui c’est ? Adèle t’en a parlé cent fois quand vous étiez en Puisaye, en Bourgogne lors de l’enquête sur
les meurtres des jeunes de la bourgeoisie Malouine[16].
D’une mauvaise foi absolue, je lui réponds :
– Oui en effet, cela me rappelle vaguement quelque chose.
– Quelque chose ???? COLETTE, la romancière ! Celle qui a écrit Le blé en herbe dans cette maison de vacances !
– Certes.
Je coupe le contact en souriant, comme un enfant malicieux. Elle en profite pour m’asséner un coup de poing dans l’épaule faisant tressauter mon corps et réveillant ma blessure à la joue.
– Oh ! Désolée mon amour.
J’ouvre la portière en lui glissant à l’oreille :
– C’est moi qui ai choisi cet endroit. Je savais que cela te ferait plaisir de vivre dans ce haut lieu de la littérature.
Surprise, Maud a les yeux qui étincellent.
– Je t’aime, salaud.
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