Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres
Chapitre 11
11
– Toi ! Va voir.
Obéissant au bûcheron fort en poing et en gueule qui s’était imposé à la tête du groupe, le villageois s’approcha du corps allongé dans la neige.
Un enfant était emmitouflé dans une peau d’ours, sa cage thoracique agitée de soubresauts. C’était le garçon qui accompagnait la sorcière.
Le villageois affermit sa prise sur son bâton et repoussa la peau de bête. Il découvrit un corps décharné, couvert de traces de coups et marqué par les privations.
Le villageois frissonna. De toute évidence, ce gosse n’avait pas eu la vie facile. Comment s’était-il retrouvé dans la montagne ?
Il hésita. S’il le laissait dans la neige, il mourrait sûrement. Mais pouvaient-ils s’encombrer d’un poids qui les ralentirait dans leur traque ?
Il imagina le regard sévère de sa femme. Il savait très bien ce qu’elle lui aurait dit : que Shogh-le-Pieu n’aurait jamais laissé périr un innocent.
Un passage du Chant du Fleuve jaillit dans sa mémoire :
Un enfant était allongé.
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Dans ses yeux hagards
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dansait
le désespoir…
Mais ni sa femme ni Rosk-le-Borgne n’étaient là avec lui. Par contre, il y avait Arosh le bûcheron, Arosh et sa stature imposante, Arosh et sa voix autoritaire… Et puis tous les autres qui étaient pressés de rentrer à Karar.
– C’est la fille ? s’impatienta Arosh.
– Non, répondit le villageois. Le fuyard qui l’accompagnait.
– Alors en route.
– Il est encore vivant !
– Laisse-le, j’ai dit.
La sentence était tombée comme un couperet. C’était la mort pour l’enfant. Le villageois soupira et contempla une dernière fois le visage du garçon.
Ægir ouvrit brusquement les yeux. De grands yeux sombres. Trop grands. Trop sombres. Des yeux dans lesquels ne dansait nul désespoir. Des yeux qui se plantèrent dans ceux du villageois.
Celui-ci recula en blêmissant.
Le regard d’Ægir brillait, féroce. Un grondement monta de sa gorge.
Le villageois poussa une plainte déchirante.
Ses compagnons, qui se préparaient à venir à son secours, firent un pas en arrière.
– Reculez ! leur cria Arosh, devenu livide.
Il attrapa par le bras deux d’entre eux qui vomissaient et les obligea à prendre du champ. Puis les hurlements se turent. La retraite tourna à la débandade.
« Fuyez ! » fut tout ce que trouva à dire Arosh avant de prendre ses jambes à son cou.
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