Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Erik L'Homme · Chapitre 53 sur 66

Pages du PDF

Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Chapitre 51

51

 

– Ils l’ont fait ! s’écria Gaan. Les Naatfarirs ont provoqué la transformation du Dakan. C’est effectivement leur meilleure chance de s’en sortir.

Ægir ouvrit des yeux ronds.

Il allait enfin assister au phénomène qu’il avait lui-même éprouvé.

La gorge sèche, il vit d’abord l’homme au collier se déformer, par soubresauts, une partie de son corps après l’autre, dans d’horribles craquements.

Son torse s’élargit, ses membres s’allongèrent, sa tête s’épaissit.

Il hurlait toujours.

Puis le Dakan doubla de taille et de volume, en même temps que les poils de sa barbe envahissaient son cou et sa poitrine, jusqu’à ce qu’une toison recouvre sa peau.

Sa mâchoire s’était étirée vers l’avant, se transformant en gueule hérissée de crocs et dégoulinante de bave.

Ses oreilles, pointues, étaient désormais mobiles.

Des griffes acérées remplaçaient les ongles de ses doigts.

Enfin, le hurlement du Dakan se fit grondement. L’homme avait cédé la place au monstre.

– C’est à ça que je ressemblais, à Ayhun ? demanda Ægir d’une voix qui tremblait.

– Oui, à peu près, répondit Doom sans oser regarder son ami. Mais en moins grand, et en moins affreux aussi !

– Je comprends mieux pourquoi tu me regardais si bizarrement, l’autre jour, murmura Ægir, la gorge nouée.

Les deux garçons n’étaient pas les seuls à suivre de près la transformation du Dakan.

Les prêtres du Crâne avaient instinctivement augmenté la masse de brume sourdant de leur bâton et les filles s’accrochaient à présent l’une à l’autre, comme à des planches lors d’un naufrage. Naabin avait perdu pied, dépassée par ces horreurs. Elle tremblait, en état de choc. Sheylis, au contraire, refusait de sombrer et gardait sur son esprit un contrôle indispensable, afin de veiller sur sa compagne.

Les Qamdars penchaient la tête d’un côté puis de l’autre, ce qui traduisait peut-être quelque contrariété, ou de la perplexité.

Quant aux Kaafris encore valides, leur situation était suffisamment critique pour qu’ils n’aient ni le temps de s’étonner ni le droit de se déconcentrer.

Répondant aux ordres précis qu’Ishkar lui donnait dans le langage des thun-lawz, le Dakan bondit sur le démon le plus proche et le frappa avec une puissance formidable, l’envoyant s’écraser contre un arbre, à plusieurs coudées. Continuant sur sa lancée, le Dakan décapita un Qamdar et en éventra un autre, avant de courir vers la piste, Ishkar et Chakor à sa suite.

Signe que les démons gagnaient en vigueur et en discernement, ceux-ci se précipitèrent sur les fuyards en évitant soigneusement le Dakan.

Chakor fracassa une tête, para un coup de griffe avec son bouclier et défonça une cage thoracique, sa masse d’armes gravée de thun-lawz brillant comme celle du Maître de la Foudre.

Ishkar fendit un visage et plongea la lame de son sabre dans un cœur qui éclata, carbonisé par les signes de pouvoir.

La voie était libre. Ils plongèrent dans l’obscurité.

Des hurlements, sur la route, leur indiquèrent que des démons les avaient pris en chasse et qu’ils le payeraient cher.

Revigorés par la mort de nombreux congénères, les Qamdars s’acharnèrent de plus belle contre les guerriers kaafris.

Épuisés, blessés par des coups de griffe incessants, ceux-ci finirent par être vaincus et subirent la cruauté des monstres, sans que personne, hélas ! puisse les en délivrer.

Les Naatfarirs disparus, le sort des Kaafris réglé, les démons retournèrent alors leur soif de violence contre les prêtres qui les narguaient derrière leur barrière de brume.

OceanofPDF.com