Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Erik L'Homme · Chapitre 45 sur 66

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Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Chapitre 43

43

 

Gaan n’avait pas menti.

Le chemin sur lequel il les avait entraînés se révélait épouvantablement hasardeux. À tel point que Doom était obligé de jouer l’éclaireur, laissant Ægir guider le vieil aveugle qui touchait, dans cette épreuve, aux limites de son exceptionnelle autonomie.

Leur itinéraire avait commencé à flanc de montagne, au milieu d’un interminable et instable pierrier. Doom repérait le sentier au milieu de la rocaille et Ægir, tenant leur mentor par la main, dégageait du pied les obstacles qui l’auraient fait trébucher.

Tout cela épuisait le jeune garçon. Il ignorait jusqu’à quel point sa transformation en Dakan avait puisé dans ses maigres réserves, mais il se sentait dans un état de fatigue continuel. Sur le Fleuve, après l’épisode du liquide argenté venu inexplicablement s’enrouler autour de sa main, il avait passé son temps à somnoler. Quel piètre compagnon de voyage il faisait ! Et Doom qui s’obstinait à vouloir écrire une saga en son honneur… Il ne savait plus s’il fallait en rire ou bien considérer cette obsession comme un poignant témoignage d’amitié.

Heureusement, les choses s’étaient arrangées avec l’ascension de la falaise.

De loin, il semblait impossible qu’un sentier puisse courir sur la paroi abrupte. Mais il existait bel et bien. Devant leur surprise, Gaan leur avait fait remarquer qu’il n’était pas complètement gâteux, ce à quoi Doom avait répondu qu’un nouveau dieu était apparu dans le royaume, celui des vieillards insupportables. Gaan avait ri avant d’écraser le pied du garçon avec son bâton puis de se confondre en excuses qui sonnaient faux.

Dans sa partie la plus large, le chemin ne faisait guère plus d’une coudée, mais c’était assez pour marcher sans risque. Il suffisait à Ægir de tenir l’aveugle d’une main et, de l’autre, de s’aider de la paroi pour progresser. À quoi pouvait servir un tel passage alors qu’existaient des pistes, certes plus longues mais aussi plus sûres, pour se rendre aux mêmes endroits ? Ægir se rappela que le sentier datait d’une époque où les routes n’existaient pas.

Doom, lui, harcelait ses amis pour que la partie la plus difficile de l’ascension se termine avant le coucher du soleil. Ce fut malheureusement peine perdue. Bien que relativement sûr, le sentier était pentu, et ni Gaan ni Ægir ne possédaient le souffle et l’endurance du scalde.

Ils n’étaient pas encore sortis de la paroi que l’obscurité fit son apparition, lentement mais irrémédiablement.

– Sang de Borgne ! gronda Doom. Tous ces efforts pour rien !

– La nuit approche, c’est ça ? s’enquit Gaan.

– Oui, grand-père. Et il reste quoi ? Allez, à vue de nez, au moins cinq cents pas avant de déboucher sur le plateau que vous nous avez annoncé !

– Tu vois un espace où l’on pourrait se reposer ? demanda Ægir sans y croire.

– Rien d’autre que ce maudit sentier taillé dans la roche, grommela Doom en fronçant les sourcils. On se croirait de nouveau plongés dans la saga de Rosk-le-Borgne !

– Qu’est ce que tu veux dire ?

Doom se mit à réciter :

– J’ai emprunté

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un sentier

le long d’un précipice.

J’ai grimpé

appuyé

sur une canne d’aruspice…

– Le chant VIII, si je ne m’abuse, commenta Gaan que l’obscurité ne semblait guère inquiéter.

– Exact, reconnut Doom avec surprise, avant d’avoir l’esprit de nouveau accaparé par le problème que posait l’apparition de la nuit.

Car la pénombre, atténuant le relief, rendait le trajet beaucoup plus risqué. Un faux pas et c’était la chute, fatale. Incapables d’avancer, ils ne pouvaient pas non plus s’arrêter. Attendre l’aube sans bouger, c’était prendre le risque de s’assoupir et de glisser dans le vide.

Plusieurs mots claquèrent dans la même langue étrange que Gaan avait employée, au bord du Fleuve métallique, pour tisser les pierres entre elles. Cette fois-ci, le vieux sorcier avait utilisé les mots de pouvoir non plus à la façon d’un fil et d’une aiguille, mais comme deux pierres que l’on aurait heurtées pour faire jaillir des étincelles.

Presque aussitôt, une boule de lumière naquit au sommet de son bâton, puis grandit jusqu’à englober le trio dans un halo de lumière bleutée.

– Y vois-tu assez pour continuer ta route, mon garçon ? demanda-t-il à Doom avec une pointe d’ironie.

Doom grommela pour la forme mais éprouva un intense soulagement. Grâce au vieil homme, ils allaient peut-être venir à bout de cet impossible sentier.

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