Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Erik L'Homme · Chapitre 20 sur 66

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Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Chapitre 20

20

 

 

Le chariot avançait à la vitesse lente et régulière des bœufs laineux.

Naabin s’était assoupie. Mais pas Sheylis, qui ruminait dans son coin. De temps à autre, Naabin poussait dans son sommeil, de petits cris. De quoi rêvait-elle ? De son travail dans l’auberge d’Ayhun où l’avaient débusquée, sans raison, les prêtres du Crâne ? De sa famille, qui comptait sur son salaire pour survivre ? De son enfance trop courte, dans la campagne oqamienne ?

Sheylis avait préféré cacher à la jeune fille les véritables raisons de sa propre présence en ville. Elle se demandait encore si les villageois n’étaient pas impliqués dans son enlèvement, aussi préférait-elle rester prudente. Elle avait prétexté une visite à une tante imaginaire. Cependant, en regardant Naabin dormir, si fragile et vulnérable, elle se sentait coupable de lui avoir menti.

« Mieux vaut regretter ses silences que payer pour ses paroles », disait parfois sa grand-mère. L’image de la vieille femme vint lui tenir un moment compagnie. Si on lui avait dit, quelques jours plus tôt, qu’elle penserait à son aïeule avec des bouffées de tendresse, elle ne l’aurait pas cru ! « On prend conscience des choses importantes une fois qu’on les a perdues », disait aussi la sorcière.

Or Sheylis avait rencontré au cours de ces fameux derniers jours plus de personnes importantes que durant sa vie entière. Sa grand-mère, d’abord, qu’elle avait eu le sentiment de découvrir au moment où elle la perdait. Ce garçon ensuite, Ægir-Peau-d’Ours, qui s’était montré si courageux et qu’elle avait aidé, avant de l’abandonner. Cette fille enfin, Naabin, une parfaite inconnue, qui était en train de devenir tout ce qui lui restait au monde.

Le souvenir de sa grand-mère, la pensée d’Ægir et la présence de Naabin lui mirent du cœur au ventre. Elle ne se laisserait pas aller au découragement.

Elle fouilla dans son sac et sentit la présence rassurante du sachet contenant ses thun-lawz. Elle était encore novice dans le maniement des jetons de pouvoir, mais elle pourrait toujours essayer de s’en servir pour quitter cet endroit. Il suffisait d’attendre le moment propice. Quand ils s’arrêteraient pour la nuit, par exemple, et qu’elles seraient abandonnées sans surveillance dans le chariot.

Oui, il fallait attendre.

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