Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres
Chapitre 37
37
Ishkar rageait intérieurement contre l’état déplorable de la chaussée.
À cause des trous, des pavés bancals et, bien sûr, de la présence de nombreux voyageurs, les cavaliers ne pouvaient galoper comme ils l’auraient voulu. Les bas-côtés étaient eux aussi défoncés, incitant les marcheurs à emprunter la voie ordinairement réservée aux véhicules et aux chevaux.
Pour ne rien arranger, les chocs de la piste provoquaient dans son bras blessé, qu’il portait toujours en écharpe, des élancements douloureux.
Le chef naatfarir quittait rarement les hauts plateaux qui avaient été cédés à son peuple, il y a bien longtemps, par le premier Roi-Dragon. La colère d’être retardé dans sa traque fut peu à peu chassée par un profond malaise.
Le royaume est délaissé, songea-t-il, étonné, tandis que les signes s’amoncelaient pour lui donner raison.
Artère principale de Terre-Dragon, le Fleuve et ses abords étaient de première importance pour tous les habitants, quels qu’ils fussent. Or les routes semblaient à l’abandon et les berges n’étaient pas entretenues. Certes, le Roi-Dragon n’apparaissait plus en public depuis longtemps (lui-même ne l’avait jamais vu), mais il existait des corporations chargées d’assurer la pérennité des chaussées. Est-ce qu’elles périclitaient elles aussi ? S’étaient-elles tournées vers leurs seuls intérêts ?
Son malaise laissa de nouveau la place à de la colère. Une colère qui n’était plus tournée vers le cortège de marcheurs qui le gênaient dans sa poursuite.
Les Naatfarirs n’avaient jamais failli dans la mission qui leur avait été confiée. Les corporations, ainsi que les peuples et les clans, devaient respecter elles aussi leurs engagements.
Il y allait de la survie du royaume.
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