Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Erik L'Homme · Chapitre 34 sur 66

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Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Chapitre 33

33

 

Les Naatfarirs n’eurent pas à écumer la ville pour trouver la piste qu’ils cherchaient.

Tout le monde parlait encore de l’épisode survenu la veille, quand un Dakan sans collier s’en était pris à une bande de Baadalis qui cherchaient la bagarre.

Mais personne n’avait pu dire où il était parti ensuite. Des témoins affirmaient qu’il avait sauté dans le Fleuve, d’autres qu’il s’était enfui avec un vieillard sur l’épaule et un gamin sous le bras, d’autres encore qu’il avait repris forme humaine et avait continué tranquillement sa promenade dans les rues.

Ishkar avait écarté toutes les suppositions pour se focaliser sur une unique information : peu après l’affrontement entre le Dakan et les Baadalis, un chariot appartenant à la secte du Crâne avait discrètement quitté Ayhun.

Ishkar, comme tous les Naatfarirs et la plupart des habitants du royaume, se méfiait de ces prêtres, insaisissables et fuyants, dont les objectifs étaient aussi vagues qu’un horizon encombré par la brume. Avec leurs esprits tordus, ils étaient tout à fait capables de s’intéresser à un Dakan. Et puis, comment expliquer qu’il n’y ait pas eu de victimes ?

Un Dakan incontrôlé fait plus de dégâts qu’un incendie ravageant un village, résuma-t-il pour lui seul. Or la magie d’un prêtre aurait très bien pu l’amadouer.

– Que fait-on ? demanda Bishin.

Ils avaient rejoint Teresh et le Dakan près des chevaux.

– On suit les traces d’un chariot suspect faisant route vers l’Aval, dit Ishkar en scellant sa décision.

– Les Enfants du Crâne, grogna le sorcier noir en crachant lui aussi par terre. Ça leur ressemble bien ! Chiens puants.

– Tu crois qu’ils ont capturé le gosse ? demanda Teresh à Ishkar.

– C’est une possibilité. En fait, c’est notre meilleure piste. Ne perdons pas de temps. Il est inconcevable qu’un Dakan puisse servir d’autres maîtres que les Naatfarirs.

Les sabots des chevaux claquaient sur les pavés et résonnaient contre les murs des maisons blotties le long des ruelles étroites.

Ishkar aurait pu foncer en direction de la route qui prolongeait directement la principale artère de la ville vers l’Aval, mais il ne voulait pas s’exposer à un danger. Comment être sûr que les prêtres du Crâne n’avaient pas brouillé les pistes ? Il existait une autre voie, qui suivait la rive droite du Fleuve et qui était moins fréquentée, plus discrète.

Ishkar avait décidé de commencer la traque en éliminant tout risque d’erreur.

Quand ils furent revenus au pont de pierre qu’ils avaient franchi plus tôt dans la journée et qui constituait le seul point de passage du Fleuve à des lieues à la ronde, le chef des Naatfarirs mit pied à terre. Il fit signe au Dakan de le rejoindre et celui-ci obéit immédiatement. Le collier qu’il portait le poussait à se rendre sans réfléchir aux injonctions de ses maîtres.

Mais il fallait plus que cela pour solliciter les particularités qui lui valaient d’être asservi. Ishkar lança les mots de pouvoir, vibrants et rauques, qui activèrent les thun-lawz dénaturés, gravés sur le métal cerclant le cou du Dakan.

Celui-ci gémit, sous l’effet d’une brûlure invisible. Il ne se transforma pas. Le dressage qu’il avait subi et la magie qui était en œuvre étaient subtils et permettaient nombre de nuances. Le Dakan se mit à quatre pattes sur le sol et renifla le dallage qui couvrait le pont.

Il hésita à un endroit précis, huma le parapet et manifesta d’inhabituels signes d’excitation. Puis, avant qu’Ishkar décide de s’en inquiéter, il reprit son exploration.

Des badauds, décontenancés, s’approchèrent pour observer l’homme qui se comportait comme un chien.

– Vous voulez qu’il vienne vous renifler aussi ? railla Chakor-le-Noir, provoquant chez les curieux une retraite précipitée.

Finalement, le Dakan planta son regard fixe dans celui de son maître et secoua la tête.

– Le chariot du Crâne a emprunté la piste principale, dit Ishkar avec un léger sourire.

C’était une excellente nouvelle. Avec leurs chevaux, ils auraient vite fait de le rattraper.

– J’espère que ces prêtres ont le crâne solide, annonça Chakor en brandissant sa masse d’armes comme un défi.

Ou plutôt comme une sinistre promesse.

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