Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Erik L'Homme · Chapitre 62 sur 66

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Terre-Dragon (Tome 1) - Le souffle des pierres

Chapitre 60

60

 

 

Le Dakan traversa la grève en courant jusqu’au Fleuve métallique puis s’arrêta net.

Il se tourna d’un air malheureux vers Ishkar et Chakor qui arrivaient, épuisés par le rythme infernal que leur avait imposé leur guide depuis la clairière. Le chemin taillé dans la roche, surtout, avait constitué le pire moment de la poursuite. Il s’en était d’ailleurs fallu de peu pour qu’ils terminent au fond du ravin.

– Le gosse a embarqué ici, dit Chakor d’une voix hachée, en reprenant son souffle.

– Il n’a pas pu le faire seul, compléta Ishkar en s’assombrissant. Quelqu’un l’aide.

– Des membres de la corporation des bateliers ?

– Peut-être.

Il était inquiet autant qu’en colère.

– Que fait-on ? demanda le sorcier.

– Le Fleuve ne se remonte pas, répondit laconiquement le chef naatfarir. On va les suivre par la piste vers l’Aval.

– Jusqu’à Kesh-la-Grande ? ironisa Chakor.

– Jusqu’au gouffre d’Arahdu s’il le faut ! Si je rentrais les mains vides, sans le gamin, après avoir perdu Bishin et Teresh, je serais destitué, méprisé et exilé. Je n’ai pas le choix.

Il se tourna vers le sorcier.

– Je ne t’oblige pas à m’accompagner, Chakor-le-Noir. Tu n’es pas un Naatfarir. Je te délie de tes engagements auprès de moi. Te voilà libre de suivre ta propre route.

– Hum ! C’est une proposition intéressante… Mais je crois que je vais rester. Survivre ensemble à une nuit démoniaque, ce n’est pas rien. Et nous devrions nous séparer au petit jour, comme de vils marchands après une affaire ? Sûrement pas. Ne me considère plus comme un étranger à ton service, je te prie, mais comme un ami désireux de te prêter main-forte !

Ishkar resta silencieux. Avait-il déjà eu un ami ? Dans la structure très hiérarchisée des Naatfarirs, les chefs étaient seuls. Aussi cette proposition l’ébranla-t-elle plus qu’il ne le laissa paraître.

Il se contenta de hocher la tête et d’articuler un merci, ce qui fit naître chez le sorcier noir, qui n’était pas dupe, un large sourire.

– En route ! lança Chakor pour bien marquer qu’il n’y avait plus de chef et plus d’expédition, mais une improbable alliance entre un guerrier et un sorcier.

Le soleil, qui perça entre les nuages, fit pleuvoir sur le Fleuve des gouttes de lumière qui transformèrent le ruban d’argent en rivière de diamants.

(…) Des corniches de cristal

j’ai vu le soleil s’abreuver au ruban de métal. (…) J’ai entendu alors

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comme une offrande

un chant venu du nord :

« Sur le radeau de pierre

tu partiras à Kesh-la-Grande

où les dieux vivent dans la lumière. » (…)

Le Chant du Fleuve ou Voyage de Rosk-le-Borgne (extraits du chant II)

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