Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise

active 16th century Louis Meigret · Chapitre 25 sur 87

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Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise

Aotant.

Vsons doncques de la vraye diphthongue en nostre escriture dont use la prononciation, & escrivons aotant, caot, & ainsi des autres, & mesmement qu'elle est hors du dangier des Calomniateurs. Car il est impossible d'en faire lecture en diphthongue, qu'on ne prononce le françois.

 

Oy. Oe.

Passons aux autres diphthongues, j'entens à celles ou il me semble qu'on fait quelque abus, comme à la diphthongue oy: la quelle je voy indiferemment escrite pour oe, comme en moy, toy, soy, troys foys, roy, & estoit aymoit, & finablement en tous les preterits imperfectz des verbes: comme aymoys, aymoyt, estoys, estoit, & quant nous disons quelquefois j'aymoy, j'estoy, es quelz indubitablement nous prononçons la diphthongue oe, par e ouvert femenin, ou brief. Ce que nous verrons evidemment si nous voulons considerer ceste diphthongue oi, es vocables es quelz elle est prononcée, & trouverons qu'il y a grande difference des ungs es autres.

 

Moins. Royal. Loyal.

Car en moins royal, loyal, nous oyons evidemment en la prolation la diphthongue commencer par o, & finir par i. Au contraire en moy, toy, soy, nous oyons la fin de la diphthongue, non seulement en e, mais encor en é ouvert, qui est moien entre a & e clos, & par consequence bien estrange de la prononciation de l'i, ou y grec.

 

Loé. Roé.

Nous escrirons doncq' loé, roé, & loyal, royal. Par ce moien la diphthongue oé, sera tournée en oy en ces autres derivatifs. Aussi ferons nous estoiét alloét, & tous autres qui ont mesme prononciation, & qu'un enfant apris en l'Alphabeth cognoistroit aisément. Et retenez que je parle de la diphthongue oé par l'é ouvert brief: car nous en avons une autre par l'é ouvert masculin, par lequel nous nous dechargerons de deux letres superflues: les quelles nous donnent occasion grande, & mesmement à ceux qui ne sont rusez, & bien usitez à la langue françoise (je ne dy pas seulement aux estrangiers, mais aussi à la plus grand partie des françois) de faire une lecture merveilleusement aigre au pris de nostre usage de parler.