Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise
L'origine de synalelphe & Apostrophe en la langue Françoyse.
L'origine de synalelphe & Apostrophe en la
langue Françoyse.
De là ont leur origine les figures appellées Synalelphe, & Apostrophe. Entre lesquelles figures il y a aulcune difference, comme nous demonstrerons maintenant.
La figure, que nous appellons synalelphe, ou collision, oste, & mange la voyelle en proferant seulement, & non en escripvant: car ladicte voyelle se doibt escrire. Exemple en prose. J'ay esperance en luy, & me fie en la grande amour, & largesse extreme, de laquelle il use envers touts gens scavants. En ceste exemple, la derniere lettre d'esperance, fie, grande, largesse, laquelle, use, se perd en proferant, à cause des aultres mots ensuivants, qui commencent pareillement par voyelle. Mais non obstant la collision, il fault escrire tout au long, tant en prose, qu'en vers. Exemple en rhythme.
Tu es tant belle, & de grace tant bonne,
Qu'à te servir tout gentil cueur s'addonne.
Necessairement en ce mot, belle, le dernier, e, est mangé: ou aultrement le vers seroit trop long.
Couppe femenine.
Et les Faictistes, qui composent rhythmes en langage vulgaire, appellent cela coupe femenine: c'est à dire abolition de le e, femenin, qui rencontre une aultre voyelle, par laquelle il est aboli apres la quatriesme syllabe du vers. De cecy je parleray plus amplement en l'art poëtique.
' Apostrophe.