Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise
l, en, aos.
Au contraire aujourd'huy les françois la changent en aos au plurier quant elle est letre finale des noms: de sorte que cheval, royal, loyal, & autres leurs semblables font chevaos, royaos, loyaos. Et si croy bien qu'anciennement on disoit chevals, royals, loyals: mais depuis la prononciation a esté autre, il fault aussi que l'usage d'escriture soit autre. Et si nous voulons bien rechercher les choses au vray, nous trouverons que la plus part de nous françois usent de ceste superfluité de letres, & mesmement de l, s, x, plus pour parer leur escriture, que pour opinion qu'ilz ayent qu'elles y soient necesseres. Car les ll, avecq les ss, ouvées comme carpes servent de grand remplage en une escriture, & donnent grand contentement aux yeux de celuy qui se paist de la seule figure des letres, sans avoir egard si la lecture pour laquelle elle est principallement inventée en sera facile, & aisée. J'ose bien d'avantage asseurer que c'est bien l'une des principalles causes pour laquelle je n'espere pas jamés, ou pour le moins il sera bien dificile, que la superfluité de letres soit quelquefois corrigée: quoy qu'il s'ensuyve espargne de papier, de plume, & de temps, & finablement facilité, & aisance de lecture à toutes nations.
ll. Meilleur
Nous usons d'avantage de deux ll, avecq ung i, precedent pour representer une prononciation grasse de l, comme meilleur, veiller, là ou nous n'oyons aucunement le son d, i, & s'il y en a aucung, il semble avoir plus d'apparance apres la prononciation de l. C'est ung vice aussi que je vous ay noté en parlant du g, devant n, quant elle sonne mollement comme en aigniau, là ou en semblable i semble plustost avoir quelque resonance apres n, que devant, comme en mignon.