Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise
G. U apres g abusif.
Au demourant quant à la letre g, je treuve que nous l'avons usurpé en i consonante presques devant toutes les voyelles: de sorte que quant nous en voulons user suyvant sa propre puissance devant e, & i, nous tombons au mesme vice que nous faisons du q: apres lequel nous escrivons ung u, dont la prononciation ne fait point de mention.
Quadrer. quelle. Langue.
Et tout ainsi que nous escrivons quadrer, quelle, esquelz nous ne prononçons point u: aussi escrivons nous langue, languir. Esquelz toutesfois n'est non plus de mention de l'u, qu'en ces autres Gabelle, Gabrier, allengore. Qui en est doncq' la cause? l'inconsideration de ceux qui premierement ont usurpé le g en i consonante: & qui se voyans pressez, d'autant que quelquefois nous le prononçons devant toutes les voyelles en sa propre puissance, ilz ont advisé d'entrejetter cest u, mesmement quant e, ou i, sont subsequens comme en langue, languir, & guyder, pensans à mon advis que les Latins le feissent ainsi:
Legis leget. Lejis lejet.
attendu que nous prononçons aujourdhuy legis, leget, tout ainsi que lejis lejet. Je voudrois toutesfois bien savoir la rayson pourquoy nous ne prononçons ga, ge, gi, go, gu, d'un mesme son de g, qu'il fait avant a, tout ainsi que nous faisons ba, be, bi, bo, bu. Ce que les Allemans font en leur langage, ainsi que je l'ay entendu: de sorte que s'ilz avoient à escrire en leur langue, languir: ilz n'escriroient sinon langir.
L'usage des anciens.