Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise
Regle des infinitifz en re, & en er.
C'est ung vice si grand en nostre langue françoyse qu'il n'y a letre quasi en l'alphabeth dont nous n'abusions quelquefois par superfluité. Comme de l'a, en aorné: du b, en debvoir, doibt, doibvent: du c, en infiniz vocables, comme faict parfaict, dict. Du d, comme admonestement, advis, adverse. De l'e, en battera, mettera, pour mettra, battra, qui est à faulte de considerer les formaisons des verbes.
Regle des infinitifz en re, & en er.
Et fault entendre que tous verbes qui se terminent en re en l'infinitif present, forment leur futur de l'indicatif en ray, ras, ra. &c. comme mettre, qui fait mettray, mettras, mettra, exceptez ceux qui fault excepter. comme estre, & si autres y en a. Mais quant l'infinitif se treuve en er, adjouste ay, as, a, comme fraper, fraperay, fraperas frapera. Passons aux autres letres, & venons à l'f, comme en briefvement. au g, comme, ung, besoing. i, comme à meilleur. l, comme default, & autres infiniz. o, comme en oeuvre. p, comme escripre, escript, & autres aussi infinis. s, comme en estre, honneste, & autres presques innombrables. t, comme en et, copulative, en faicts, dicts, vents, & en tous les pleuriers du participe present, comme amants, beuvants, disants. En u, comme en la diphthongue, ou qui n'est point françoyse. Au regard d'x, final comme en chevaulx, loyaulx, il n'est point françoys. Je crains que vous vous scandalisiez de plusieurs exemples que j'ay icy mis en avant comme vicieux en leur escriture, jusques à ce que vous ayez veu mes raisons, que j'espere donner suffisantes en debatant l'usage d'une chascune letre en particulier. Et pourtant je vous prye d'avoir patience, & de ne me condamner point sans m'oyr.
Vice d'usurpation d'une letre pour autre.
Il reste encores cest autre vice d'usurpation de letre en une escriture, qui est, quant une letre ou plusieurs usurpent la puissance d'une autre: veu que c'est occasion de faire lecture d'une voix pour autre, & par consequence mauvaise, & faulse prononciation. C'est un vice qui est venu pour avoir corrompu les puissances des letres, & les avoir confondues les unes avecq' les autres. Comme nous faisons celle du c, qui ne deut estre employée qu'en semblable puissance que le K, duquel toutesfois nous usons en son d's, comme en façon, françoys, de ça, Cicero. Et ainsi des autres letres tant voyelles que consonnantes, dont nous parlerons quant viendra à leur ranc. Voyla doncques les principaux vices qui ont corrompu, & forcé nostre escriture, & qui aujourd'huy la tiennent en telle servitude qu'ilz la nous rendent confuse, & presque du tout inutile.