Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise

active 16th century Louis Meigret · Chapitre 56 sur 87

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Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise

Aulcuns Autheurs modernes illustrateurs de leur langue, tant en Italien, qu'en françoys.

Aulcuns Autheurs modernes illustrateurs de leur

langue, tant en Italien, qu'en françoys.

Quant aux modernes, semblable chose que moy a faict Leonard Aretin, Sannazare, Petrarcque, Bembe (ceulx là Italiens) & en France Budée, Fabri, Bouille, & maistre Jacques Silvius. Doncques non sans l'exemple de plusieurs excellents personnages j'entreprends ce labeur. Lequel (Seigneur plein de bon jugement) tu recepvras non comme parfaict en la demonstration de nostre langue, mais seulement comme ung commencement d'ycelle. Car je sçay, que quand on voulut reduire la langue Grecque, & Latine en art, cela ne fut absolu par ung homme, mais par plusieurs. Ce qui se faira pareillement en la langue Françoyse: & peu à peu par le moyen, & travail des gens doctes elle pourra estre reduicte en telle parfection, que les langues dessusdictes. A ceste cause (seigneur tout humain) je te requiers de prendre ce mien labeur en gré: & s'il ne reforme totallement nostre langue, pour le moins pense, que c'est commencement, qui pourra parvenir à fin telle, que les estrangiers ne nous appelleront plus Barbares. Te soubvienne aussi en cest endroit, qu'il est bien difficille qu'une chose soit inventée, & parfaicte tout à un coup. Parquoy tu te doibs contenter de mon invention, & en attendre ou par moy, ou par aultres la parfection avecq' le temps. Joinct aussi, qu'en choses grandes, & difficilles le vouloir doibt estre assés. Je laisse ce propos, & te veulx dire ce, qui m'a esmeu de te dedier ce Livre.

 

Le comble des vertus de Monsieur de Langei.

Certes l'opinion, & estime grande, que j'ay de ton sçavoir, eloquence, &, jugement en tout esmerveillable, m'a induict à ce faire, aultant ou plus, que l'humanité, & liberalité, de laquelle tu uses de jour en jour de plus en plus en mon endroict: & ce sans aulcun mien merite: car de te faire aulcun service meritant telle amour, que me la portes, & monstres par effect, cela est hors totallement de mon pouvoir. Toutesfoys pour suppliment du pouvoir la volunté te doibt satisfaire: laquelle est telle, que sans exception d'aulcun Humain je te revere, comme ung Demidieu habitant en ces lieux terrestres, & estincellant de tous costez par une lumiere de vertus à toy seul octroyées par l'Omnipotent: Omnipotent envers toy prodigue des ses graces, si jamais il en eslargist à aulcune sienne creature. Et qui est celluy, qui puisse à mon dict contredire, s'il a cognoissance de tes faicts? Nul ne doubte de la bonté de ta nature. Chascun se sent de ta munificence. Toutes Nations estranges ne preferent aulcun à toy touchant l'art militaire, & conduicte de guerre.