Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise

active 16th century Louis Meigret · Chapitre 63 sur 87

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Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise

Il se fault garder d'usurper mots trop approchants du Latin

Il se fault garder d'usurper mots trop

approchants du Latin

S'il advient doncques, que tu traduises quelque Livre Latin en icelles (mesmement en la Françoyse) il te fault garder d'usurper mots trop approchants du Latin, & peu usités par le passé: mais contente toy du commun, sans innover aulcunes dictions follement, & par curiosité reprehensible. Ce que si aulcuns font, ne les ensuy en cela: car leur arrogance ne vault rien, & n'est tolerable entre les gens sçavants.

 

La langue Grecque, ou Latine est plus riche en

dictions, que la Françoyse

Pour cela n'entends pas, que je dye, que le traducteur s'abstienne totalement de mots, qui sont hors de l'usage commun: car on sçait bien, que la langue Grecque ou Latine est trop plus riche en dictions, que la Françoyse. Qui nous contraint souvent d'user de mots peu frequentés. Mais cela se doibt faire à l'extreme necessité. Je sçay bien en oultre, que aulcuns pourroient dire, que la plus part des dictions de la langue Françoyse est derivée de la Latine, & que si noz Predecesseurs ont eu l'authorité de les mettre en usage, les modernes, & posterieurs en peuvent aultant faire. Tout cela se peult debattre entre babillarts: mais le meilleur est de suyvre le commun langage. En mon Orateur Françoys je traicteray ce poinct plus amplement, & avec plus grand demonstration.

 

La cinqiesme reigle.

Venons maintenant à la cinqiesme reigle, que doibt observer ung bon traducteur. Laquelle est de si grand vertu, que sans elle toute composition est lourde, & mal plaisante. Mais qu'est ce, qu'elle contient?