Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise

active 16th century Louis Meigret · Chapitre 47 sur 87

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Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise

Letres de prononciation grasse.

Combien qu'à la verité ceste mollesse de l, & n, ne se cause point par letres precedentes ny subsequentes: & n'est qu'une proprieté de langue de prononcer une mesme voix plus dure, & autrefois plus molle, comme l, en meilleur, & n, en mignon, & s, que nous escrivons par ch, en chevaux, chevalier, chastier. Et croy bien que ce sont prononciations les quelles n'ont jamés esté Latines ny Grecques.

 

Ch. שׁ

Il est vray que celle de ch prononcé mollement semble avoir esté hebraique, & estre telle que celle de שׁ, ainsi qu'aucuns le prononcent. Et pourtant seroit il beaucoup meilleur de diversifier aucunement les letres quant elles diversifient quelque peu leur son, que d'en faire une telle assemblée en l'escriture pour ne servir que d'apparance seule, & d'empeschement de papier, avecq occasion grande de faire faulse lecture. Avecq ce que cest une chose par trop deraisonnable, et contre nature que deux letres ensemble facent ung son mol, là ou la simple le rend ferme, comme en voler, consoler.

 

l. Meleur.

Si donques nous voulions marquer cest l, d'ung point dessus, comme je vous ay dict de n, nous nous releverions de ceste confusion de letres: de sorte qu'il nous suffiroit d'escrire meleur, au lieu de meilleur: ou bien leur faire quelque autre façon de diversité de meilleur grace. Il est vray que les Hespaignols ont une façon d'escrire quelquefois deux ll, au commencement d'un vocable pour faire la prononciation molle, escrivans llano, qui est une façon fort estrange: toutesfois ilz ne l'ont à mon advis faict que pour monstrer ceste mollesse, et par faulte d'avoir inventé quelque autre meilleur moien, ou plustost nouveau Caractere. Car on ne doit jamés s'il est possible, abuser des letres. Mais pourquoy n'eut le peuple receu ung nouveau Caractere aussi tost que deux ll, pour une l, molle?