Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise
ESTIENNE DOLET A MONSEIGNEUR DE LANGEI humble salut, & recognoissance de sa liberalité envers luy.
ESTIENNE DOLET A MONSEIGNEUR
DE LANGEI
humble salut, & recognoissance de sa
liberalité envers luy.
Je n'ignore pas (Seigneur par gloire immortel) que plusieurs ne s'esbaissent grandement de veoir sortir de moy ce present Oeuvre: attendu que par le passé j'ay faict, & fais encores maintenant profession totalle de la langue Latine. Mais à cecy je donne deux raisons. L'une que mon affection est telle envers l'honneur de mon païs, que je veulx trouver tout moyen de l'illustrer. Et ne le puis myeulx faire que de celebrer sa langue, comme ont faict Grecs, & Romains la leur. L'aultre raison est, que non sans exemple de plusieurs je m'addonne à ceste exercitation.
Autheurs antiques illustrateurs de leur langue.
Quant aux Antiques tant Grecz, que Latins, ilz n'ont prins aultre instrument de leur eloquence, que la langue maternelle. De la Grece seront pour tesmoings Demosthene, Aristote, Platon, Isocrate, Thucydide, Herodote, Homere. Et des Latins je produis Ciceron, Cæsar, Salluste, Virgille, Ovide. Lesquelz n'ont delaissé leur langue, pour estre renommés en une aultre. Et ont mesprise toute aultre: sinon qu'aulcuns des Latins ont apprins la Grecque, affin de sçavoir les arts, & disciplines traictées par les Autheurs d'ycelle.