Traité touchant le commun usage de l'escriture françoise
Vouloir. Voler.
Mais quelle difference font les Latins quant à l'escriture des letres entre volo vis, & volo volas?
Vouloir. Voler.
Car vo, est escrit de mesmes letres en l'ung qu'en l'autre: & toutesfois ilz sont de diverse signification, car volo vis signifie je veux, & volo volas je vole. Quelle rayson doncques avons nous d'escrire vouloir, par la diphthongue ou, plustost que voler? De sorte que nous nous obligeons à une loy à la quelle jamés autre langue ne s'est obligée: j'entens pour corrompre les puissances des letres, & là ou il leur seroit advenu, je ne voy point de moien de raysonnable excuse.
g, c.
J'ay laissé à parler de deux autres diphthongues que nous avons introduictes pour nous jetter hors de la confusion du g, & du c, d'autant que quelquefois nous prononçons le g en i, consonante, & le c en s, devant l'a, & l'o, autrefois en leur propre puissance.
ea. eo.
Comme quant nous disons gagea, & gageons, commencea, commenceons, là ou ses deux diphthongues ea, & eo, sont faulses. Car nous n'y prononçons purement que l'a, & o: nous vuyderons toutesfois cela quant nous parlerons de ses deux consonantes. Vous voyez comme d'une faulte on tumbe en autre: car si le g, & le c n'eussent point usurpé les puissances de s, & de i, consonante, & que nous eussions usé simplement des letres selon qu'est leur puissance: nous n'eussions point eu occasion d'abuser de ces autres diphthongues. Il y a aussi ung autre abus en l'i, devant le g, & l, que je remets au propos que nous tiendrons quant nous les expedierons. Voyla en somme toutes les dipthongues dont à mon advis nous abusons en nostre façon d'escrire, & qui me semblent dignes d'estre corrigées, si nous voulons faire que nostre escriture quadre à la prononciation. Passons maintenant aux consonantes.