Un drôle de Valentin
Et Suzanne dans tout ça ?
Dans l’avion, Suzanne essaie de s’intéresser à la tétralogie. Les pages de la brochure du festival défilent entre ses doigts. On dit que la musique classique exige une initiation. Avant son départ, Suzanne a écouté Wagner chaque jour à faibles doses, une sorte de mithridatisation musicale. La méthode du roi Mithridate le Grand est peut-être efficace en tout : ingérer des doses croissantes de poison afin d’en accoutumer l’organisme. Quelques semaines de ce régime, et les quinze heures du Ring passeront comme du petit lait. Suzanne a néanmoins une volonté réelle de se sensibiliser à Wagner (ou de se désensibiliser, selon le point de vue). Elle se dit que la personne assise à côté d’elle sera là par passion. Il s’agit de la rejoindre sur ce terrain. À mi-vol, un affreux doute la saisit. Cette aventure lui paraît soudain d’une sottise manifeste. Elle est prête à changer ses plans et à se rendre directement à Vienne, au musée Sigmund-Freud, où elle sera parmi les siens. Mais le romanesque reprend le dessus : « L’homme tourne la tête. À sa droite, la place est restée vide. Vide ! Comment est-ce possible ? Nous sommes au festival de Bayreuth, qui se joue toujours à guichet fermé. Il n’y a qu’une seule explication plausible. Cette place a été achetée par un terroriste. Elle lui a permis d’entrer dans la salle, de dissimuler un engin explosif sous un fauteuil avant de s’enfuir. Mon Dieu ! Il faut donner l’alerte ! »
Non, Suzanne doit à tout prix éviter une émeute.
Peu habituée à faire des frais de tenue, Suzanne se sent étriquée dans une robe qui ne tient que par esprit de contradiction. Au milieu de la foule, elle cherche des yeux son potentiel voisin. Elle écarte d’emblée tous ceux qui se dirigent vers la scène, sa place étant au fond de l’orchestre. Elle est arrivée tôt, car elle veut s’accorder le plaisir d’attendre son compagnon de Ring. Elle préfère s’approprier l’espace, comme un boxeur précède son adversaire sur le lieu du combat, afin de marquer son hégémonie. Mais, coup de théâtre, les deux sièges flanquant sa place sont occupés, l’un par un enfant, l’autre par un vieillard.
L’enfant est avec ses parents. Il a posé sa tête contre l’épaule de sa mère, et fermé les yeux l’air de dire : « Puisque je ne peux rien contre ce fléau, autant en profiter pour piquer un roupillon. » Le vieillard quant à lui est bien éveillé. Il regarde Suzanne avec une buée affable autour des yeux.
– Vous êtes à cette place ?
Suzanne fait mine de vérifier sur son billet, tout en sachant parfaitement qu’elle ne se trompe pas.
– Oui.
– Très bien.
Elle s’installe. Le vieillard soustrait son bras gauche à l’accoudoir.
– Les gens qui conçoivent les fauteuils de théâtre s’imaginent que les spectateurs n’ont qu’un seul bras, et tous du même côté.
Elle hausse les sourcils.
– Oui. Les fauteuils sont séparés par un seul accoudoir. Ça m’a toujours mis très mal à l’aise vis-à-vis de mes voisins.
– Pourquoi ?
– Si je m’accoude, je monopolise l’accoudoir, c’est arrogant. Si je pose juste le bord de mon bras, et que mon voisin fait de même, c’est inconfortable et nous risquons de nous effleurer, c’est un peu embarrassant. Je peux m’accouder d’un côté et pas de l’autre, mais dans ce cas comment choisir ? Je ne voudrais pas faire preuve de courtoisie à droite et de goujaterie à gauche. Il faudrait donc que toute la salle tombe d’accord sur le bras à accouder. Impensable. Il y aura toujours un casse-coudes pour préférer le bras gauche quand tous les autres spectateurs votent pour le bras droit. Alors le plus souvent je range mes coudes.
Suzanne ne s’attendait pas à cette entrée en matière drolatique. Le ton du vieillard n’est pas celui d’un homme qui « grinche » (verbe très employé par Suzanne), mais manifeste un naturel qui n’est empêché par aucune force névrotique. Cet homme sait qu’il n’a rien à craindre de sa spontanéité, car il en a exploré et sculpté toutes les faces.
– Voici ce que je vous propose, répond-elle en souriant, Je vous donne l’accoudoir jusqu’à l’entracte, ensuite nous aviserons.
– C’est trop aimable, madame… madame ?
– Suzanne.
– Jacques.
– Enchantée, Jacques.
– De même. Le point faible de votre proposition, c’est qu’il n’y a pas d’entracte.
– Pas d’entracte ? Ça dure combien de temps ?
– Pas d’inquiétude, c’est court, deux heures et demie.
– … Alors je vous laisse l’accoudoir pour deux heures et demie.
– Je vous remercie.
Cette introduction a dilué la déception de Suzanne. C’est sûr, elle doit faire son deuil de la rencontre fantasmée. Jacques a probablement atteint ses seize lustres, et la lumière sépia émise par ces lustres éclaire davantage vers l’arrière que vers l’avant. Mais un charme indéfinissable émane du vieil homme. Suzanne se surprend à souhaiter que la conversation ne s’arrête pas là. La première phrase de relance qu’elle déniche est la plus sotte qui soit.
– Vous aimez Wagner ?
Les mots ont à peine résonné qu’une vague de honte humidifie le cuir chevelu de Suzanne.
– Non, pas vraiment.
Désinvolture ? Dérision ?
– Ma femme adorait. Je l’accompagnais par esprit républicain.
– Véridique ?
– Mais oui, véridique.
– Par esprit républicain ? Par amour, vous voulez dire.
– Non, je dis bien : par esprit républicain. L’amour n’y était pour rien. Tous les ans, nous faisions le voyage depuis Strasbourg. Brigitte était dans un état qui frisait la dévotion mystique. J’étais d’une mauvaise humeur frisant la correctionnelle. À aucun moment je ne me disais : « Allez, mon Jaco, c’est dur, mais l’amour vaut ce sacrifice. » Ma seule raison d’être là, c’était par respect pour le contrat de mariage républicain : « Pour le meilleur et pour le pire », c’était écrit noir sur blanc. Le pire, nous y étions, je n’allais pas me débiner. Mais je n’ai jamais moins aimé Brigitte qu’assis à côté d’elle dans cette salle. Je la maudissais. Je lui adressais mentalement tout mon répertoire de noms d’oiseaux. Donc, pour répondre à votre question, non, je n’aime pas Wagner.
– Et pourtant vous êtes ici.
– Je me suis promis de revenir dix ans après sa mort. Mais vous avez raison, aujourd’hui c’est différent : je suis venu par amour. Et vous ? Je vois que vous êtes seule également.
– Ça me rassure, ce que vous dites, parce que j’ai un aveu à vous faire : je n’y connais rien à Wagner. Je suis ici parce que… parce qu’on m’a offert une place.
– Un conseil, ne revoyez plus jamais cette personne. Elle vous veut du mal.
Suzanne éclate de rire.
– Oui, ça ne risque pas !
– En tout cas, ne comptez pas sur moi pour vous instruire sur Wagner. Je pourrais vous répéter les leçons de Brigitte, mais je n’en ai aucune envie. Tenez, faites comme le gamin à côté de vous. Fermez les yeux, essayez de dormir. Vous ronflez ?
– Je ne crois pas.
– Alors c’est bon. Moi je dois lutter contre le sommeil, parce que je ronfle très fort. Ça embarrassait beaucoup Brigitte et les trompettistes se plaignaient de la concurrence.
Sur ce trait d’esprit, les lumières se tamisent, puis s’éteignent.
Les mots ne sauront jamais dire une musique. Et, de toute façon, la notion de traduction en général est une vue de l’esprit. Rien ne se traduit véritablement. Prenez un poème chinois, traduisez-le en polonais, vous aurez un autre poème, un poème polonais. Ne pas trahir l’essence d’un texte, c’est le mieux que puisse espérer un bon traducteur. Pour une musique, la seule manière de la traduire dans le langage des mots, c’est de cerner les sensations, les émotions qu’elle suscite. Et là, on ne peut créer qu’une illusion, procéder par touches approximatives, s’ingénier en images évocatrices qui provoqueront à leur tour des sensations et des émotions chez le lecteur. Il n’est pas dit que ces dernières soient fidèles à celles qui ont été initialement ressenties.
Suzanne et Jacques, peut-être parce qu’ils n’attendent rien de Wagner, se trouvent totalement à découvert lorsque retentissent les premières notes de l’Or du Rhin. Plongé dans l’obscurité et réduit au silence, Jacques ne peut se réfugier derrière le bouclier de son sarcasme. Il est immergé dans les vagues orchestrales qui naissent et grossissent sous ses oreilles, soudain mis face à lui-même. Il se voit, lui, Jaco, assis dans ce fauteuil à accoudoirs partagés, sans personne à maudire intérieurement. Un cliché s’impose à lui, celui d’un pauvre bougre de quatre-vingt-sept piges, s’infligeant plusieurs heures d’une musique qu’il n’a jamais comprise, au nom d’une femme qu’il n’a jamais vraiment comprise non plus. La mélancolie aidant, Jacques se prend de pitié pour lui-même. Grave erreur. Ce sentiment-là est le plus fréquent et le plus court chemin vers les larmes. Et Jaco se met à pousser de gros sanglots qu’il camoufle en expectoration. Oui, à la quinte sur mi bémol soutenant tout le prologue de l’Or du Rhin, répond une quinte de toux simulée par un vieillard nostalgique. La première ondine n’a même pas poussé son premier cri. Suzanne comprend bien que son voisin a ouvert les vannes de sa cuve lacrymale. Sans tourner la tête, elle lui tend un mouchoir, du même geste qu’elle destine à ses patients émotionnels, tandis que des fauteuils alentours s’élèvent des « chhhhhhh » indignés. « Dis-donc, pense Suzanne, ça ne rigole pas chez les Wagnériens. » Jacques, trompé par la myopie que lui prescrivent ses larmes, se figure que Suzanne lui tend la main dans un élan de consolation et la lui prend. Voilà nos deux spectateurs main dans la main, les bras soudés l’un à l’autre. Le problème de l’accoudoir a été ainsi résolu. C’est au tour de Suzanne de s’adonner à l’introspection, ou plutôt à l’extrospection. Elle a l’impression de s’éveiller. La dernière chose dont elle se souvienne, c’est d’être à Montréal, dans son cabinet. Et là, elle se voit au théâtre, devant un opéra de Wagner. À sa gauche, un gosse qui dans son sommeil lui donne des coups de talons. À sa droite, un vieillard qui pleurniche et qui lui serre âprement la main. Comment la transition s’est-elle faite entre son cabinet et l’opéra ? Une boule se forme en sa poitrine, et amorce une ascension vers sa gorge. Parvenue à cet endroit, son destin est scellé. C’est comme une boule de bowling élevée sur le présentoir par le remonte-boule : fatalement, elle va être lancée. Un fou rire fonctionne de la même manière, sauf que dans ce cas précis (un public d’opéra), l’objectif est de ne renverser aucune quille. Le mieux que l’on puisse souhaiter, c’est que la boule soit déviée vers la rigole et qu’elle finisse sa course sans déranger l’ordre ambiant. Ce n’est hélas pas le sort réservé à la boule de Suzanne. Strike. Un rire saccadé fuse vers le nain de Nibelheim qui apparaît pour tenter de séduire les trois ondines. Les éclats de Suzanne se mêlent aux moqueries des filles du Rhin, et n’est ainsi pas totalement hors de propos. Mais les protestations se multiplient et ne visent plus seulement les sanglots de Jaco mais aussi la bidonnade de Suzanne. Les secondes passent, un repli en bonne et due forme semble impératif. Il fallait s’y attendre : le rire de Suzanne a réveillé l’enfant qui, profitant de l’occasion, part à son tour dans un trémolo hilare. Jacques se penche vers Suzanne. Entre ses hoquets, il murmure :
– Vous auriez un mouchoir ?
C’en est trop, Suzanne renonce à ramener son fou rire à la raison.
– Venez, sortons.
Ils sortent sous les murmures irrévérencieux de la foule.
– On l’a échappé belle, j’ai cru qu’ils allaient nous lyncher !
Suzanne et Jacques se sont remis de leurs effusions. Ils marchent maintenant bras dessus bras dessous le long de la Tristanstraße, qui contourne une petite étendue d’eau posée entre les arbres.
– Je pense, dit Jacques, que nous avons tous les deux échoué à l’examen. Wagner n’est pas pour nous.
– Il a dû se retourner dans sa tombe, le pauvre.
– Brigitte aussi.
– Pardon ! Je ne voulais pas…
– Oh ! Ne vous excusez pas. Brigitte était peut-être férue de cette musique très sérieuse, mais elle avait la seule qualité qui compte à mes yeux : le sens de l’humour.
– Vous aviez ça en commun visiblement.
Suzanne et Jaco ne retournent plus au palais des festivals. À la place, ils consacrent la semaine à l’oisiveté la plus complète. Ils se racontent leurs existences respectives. Celle de Jacques étant presque trois fois plus longue, le temps de parole du vieil homme est très largement supérieur à celui de sa compagne. Suzanne fait ce qu’elle sait faire de mieux au monde : écouter. Jacques a l’art de transformer le souvenir en une matière animée. Il insuffle la vie aux personnages de son passé, et ces personnages surgissent et se présentent à Suzanne dans leur plus simple vérité. Jacques a aussi une manière d’évoquer ses épreuves avec une légèreté désarmante. Suzanne s’entretient quotidiennement avec des gens qui pour la plupart ne savent même pas identifier leurs blessures. Jacques, lui, est réconcilié avec sa part d’ombre. Il est conscient de ses cicatrices, il sait où elles se trouvent et ce qui a causé chacune d’elle. Il n’a nulle tentation de les gratter pour les rouvrir.
– Parlez-moi un peu de cet homme, celui qui vous a offert votre place.
– Ça commence à dater… Je l’ai quitté il y a dix ans. Il n’y a pas grand-chose à dire. Vous avez vu juste l’autre jour, cet homme m’a effectivement fait du mal, sans le vouloir.
– C’est le pire mal qu’on puisse faire. Quand c’est intentionnel, ça ne compte pas. La couleur est annoncée. Vous n’êtes pas fâchée contre votre dentiste quand il vous passe une fraise entre les dents. Il vous a prévenue avant que ça allait faire mal.
– Oui, mais il y a une utilité à ce mal !
– Il y a toujours une utilité. Certaines personnes ont besoin de blesser leurs semblables. C’est thérapeutique. Et faire du mal est dans l’air du temps. Ce n’est plus du tout disqualifiant.
– ?
– À mon époque, quand vous faisiez du mal à quelqu’un, vous présentiez vos excuses et on n’en parlait plus. Aujourd’hui, vous lui dites : « Tu as mal ? Tu devrais travailler là-dessus. »
– Chacun est ainsi responsable de soi, c’est plus sain, non ? Et pour bien s’occuper des autres, il faut d’abord s’occuper de soi. Dans l’avion, quand les masques à oxygène tombent, on doit d’abord mettre le sien avant d’assister son voisin.
– Si je gagnais un aller-retour à Sydney chaque fois que j’entendais cette phrase, j’aurais assez de miles pour aller sur Mars. C’est la phrase magique, celle qui donne des lettres de noblesse à l’égocentrisme. Le problème, c’est que ceux qui l’ont accrochée à leur frontispice en oublient souvent la seconde partie. Ils mettent leur masque à oxygène, certes, mais passent ensuite leur temps à vérifier qu’il est bien ajusté, pendant que leur voisin crève d’asphyxie.
– Vous caricaturez. Bref, j’ai reçu deux places pour Bayreuth quelques mois avant ma rupture.
– Deux places ? J’espère que vous avez vendu la seconde.
– La seconde ? C’est vous qui l’avez !
– Je ne comprends pas.
– Votre place, quand l’avez-vous achetée ?
– Il y a dix ans, à la mort de Brigitte.
L’étonnement de Suzanne la force à stopper sa marche.
– Un problème ?
– Je… Je me suis fait rembourser la seconde place il y a quelques semaines. J’étais curieuse de rencontrer la personne qui la prendrait et qui serait assise à côté de moi.
– Eh bien, ce n’est pas moi. C’est sûrement le gamin. Ses parents devaient le laisser à la maison. Finalement une place s’est libérée et le pauvre chou a dû les accompagner.
– Ça alors !
Jacques n’est donc pas l’homme providentiel. Ou l’est-il ? Après maintes promenades, maintes conversations sur les bancs de Bayreuth, un affreux constat frappe Suzanne en pleine poire. Jacques, cinquante ans plus tôt, était l’homme dont elle rêve. Elle en a la confirmation au moment où le vieillard lui montre une photo de lui, chatoyant de jeunesse dans son uniforme de pilote de ligne. Faire de l’âge un paramètre amoureux peut sembler superficiel. Pourtant, ce paramètre est indéniable. Le temps sépare aussi sûrement deux êtres que l’espace. Or l’amour, c’est la proximité. Un homme de quatre-vingt-sept ans n’est pas posé à la même altitude sur l’existence qu’une femme de trente ans.
Son séjour touchant à sa fin, Suzanne décide de se confier.
– Jacques, c’est terrible, vous étiez l’homme de ma vie.
Jacques explose d’un rire en geyser.
– Ne riez pas, c’est vrai.
– Allons…
– Si je vous avais connu quand vous étiez dans votre trentaine, ou même dans votre quarantaine, je serais tombée follement amoureuse de vous.
– Ça n’aurait pas été réciproque.
– Vous voyez ! Même cette répartie est exactement celle que j’espère.
– Vous auriez l’air maline avec votre amour orphelin.
– Aimer, c’est tout ce qui compte. Être aimé est en option. Je vais vous dire, tous mes patients ont une chose en commun : ils n’aiment pas. Certains se figurent qu’ils aiment. Ils confondent l’amour et la passion, ceux-là souffrent encore plus que les autres.
– Vous parlez d’un homme qui n’existe plus.
– Je sais. Je ne suis pas dupe. Je ne pourrais pas vous aimer aujourd’hui. D’ailleurs, c’est très ennuyeux, je ne suis attirée que par les hommes de quarante-cinq ans.
– Tant mieux. L’amour, j’en ai assez soupé. Mais j’aimerais bien savoir, par curiosité, ce qui vous empêcherait de m’aimer.
– Il y a la question du désir charnel.
– Ah oui… Il y a cette question…
– Oh, je pourrais en avoir pour un homme de votre âge, mais à condition d’avoir vieilli avec lui. Et le désir est essentiel à l’amour, tout le monde le sait.
– Hélas.
– Pardon, mais vous m’avez demandé !
– Par rapport aux autres formes de vie, l’être humain est particulièrement décimé par la vieillesse. Regardez un vieux chat, un vieux merle, une vieille grenouille, un vieux chêne. Ils ne sont pas bien différents de ce qu’ils étaient dans leur jeunesse. Nous, nous sommes méconnaissables. Allons… N’ayez aucun regret, je n’aurais jamais pu partager ma vie avec une thérapeute. On dit que les médecins ne se soignent pas eux-mêmes. Alors ne pas soigner ses petits rhumes et ses bobos, passe encore, mais ne pas soigner ses névroses… J’aurais eu peur d’atterrir avec une cinglée.
Le musée Sigmund-Freud est oublié. Suzanne n’a plus le temps de faire un crochet par Vienne. Dans l’avion du retour, elle se dit que tout s’est passé comme prévu. Elle est allée au festival de Bayreuth, elle a rencontré l’homme idéal, ils ont vécu toute une vie de complicité et de tendresse. Tout cela en quelques jours.
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