Vertig (French Edition)

Laureline Eliot · Chapitre 28 sur 42

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Vertig (French Edition)

28 - Oliver

28

 

Oliver

 

Je me sens fébrile. Le couvert est mis, et ce que j’ai préparé attend dans le frigo : le repas et le plan B. Je n’ai disposé ni fleurs ni bougies dans la péniche ; donner une apparence romantique à ce rendez-vous risquerait de faire fuir Ava une fois de plus. Je ne la sens pas encore prête à considérer notre complicité comme une relation.

Je jette un dernier coup d’œil autour de moi pour me rassurer sur le rangement et la propreté, ce qui est un peu absurde dans la mesure où ma boss est déjà venue à l’improviste et a pu observer l’endroit dans un triste état.

Je fais craquer mes phalanges et ma nuque à l’image d’un boxeur sur le point d’entrer sur le ring. Une analogie plutôt pertinente : je vais affronter un adversaire de taille. Mais cette fois, je me tiens prêt.

Et si Ava ne venait pas, préférant passer sa soirée à L’Absinthe ? Je me retrouverais comme un con avec mes illusions et un profond sentiment de gâchis…

Quand elle m’a téléphoné, je l’ai conviée au bateau sur une impulsion. Agir, voilà mon nouveau credo ! J’ai poussé mon audace jusqu’à choisir la soirée du samedi, pour l’empêcher de sortir en boîte et d’y croiser un homme plus intéressant que moi. Dans ma grande naïveté, j’espère qu’elle ne va plus au club de toute façon, mais je n’ai pas demandé confirmation à Chris, je préfère faire l’autruche.

À moi de la persuader qu’elle sera mieux avec moi. Je ne demande qu’une chance. Une opportunité de lui prouver qu’elle n’a rien à craindre de moi et qu’on peut être bien ensemble.

Un pas après l’autre, Ava se rapproche de moi et Mint s’éloigne.

Alors que je me mets aux fourneaux, je l’entends sur le pont. Ses talons claquent sur le bois. Je prends une profonde inspiration pour m’armer contre le désir qui va m’assaillir d’ici quelques secondes.

Elle entre sans frapper. Quand elle descend l’échelle, offrant à ma vue l’arrière de ses jambes fuselées, je m’efforce de ne pas dériver jusqu’au bord de sa très courte tenue. Peine perdue.

Elle se retourne et intercepte mon regard. Tête penchée sur le côté, elle observe ensuite la table dressée et arque un sourcil.

– Ne me dis pas que tu cuisines ?

– Je suis un homme plein de surprises !

– Pas tant que ça, nuance-t-elle en ôtant sa veste, me révélant ses épaules athlétiques et son absence de soutien-gorge sous les fines bretelles de sa robe.

Je m’esclaffe. Je dois reconnaître que son sens de la repartie ne cesse de m’amuser.

– J’ai jeté quelques feuilles de salade dans un plat, je ne pense pas que le guide Michelin m’accordera une étoile pour ça.

Ava évolue lascivement devant la bibliothèque, caressant de sa main la couverture des livres. Contrairement à ce que je veux laisser paraître, son corps exerce une fascination sur moi qu’elle contrôle parfaitement. Adossé au comptoir, je crispe mes doigts sur le plan de travail.

– Je ne suis pas là pour manger, monsieur Astier, m’annonce-t-elle.

– Pourquoi, alors ?

Son index court le long du mur, effleure les meubles qui se trouvent sur son passage tandis qu’elle chemine vers moi comme la plus redoutable des prédatrices. Elle s’immobilise à quelques centimètres de mon torse avant de faire descendre son doigt de mon tee-shirt à mon pantalon.

– Pour ça, susurre-t-elle.

Je déglutis et rive mes yeux aux siens.

– Et si moi…

Ma main se pose avec douceur sur l’arrière de sa cuisse musclée, remonte jusqu’à son string.

–… je t’avais invitée…

Mes doigts frôlent ses fesses, ce qui la fait frissonner, touchent son dos avant de glisser le long de son bras.

–… pour ça, terminé-je en tapotant légèrement sa tempe.

Elle grimace de déception et recule de deux pas.

– Rien de ce qu’il y a là-dedans ne mérite qu’on s’y attarde.

C’est la première fois que je suis si près de la vraie Ava. Elle en prend d’ailleurs conscience et fait aussitôt machine arrière.

– Ce n’était pas une bonne idée, dit-elle en saisissant sa veste.

Je suis à deux doigts de la perdre, et cela m’est intolérable. Je dois ramener la situation à un niveau moins effrayant pour elle. Je passe directement au plan B.

– Je te propose un jeu.

Elle continue à s’éloigner, mais son pas ralentit.

– Un moyen d’avoir tous les deux ce qu’on veut, ajouté-je.

– Cela me semble difficile à croire, rétorque-t-elle.

– Laisse-moi une chance.

Elle se retourne pour me contempler, et je voudrais tellement pouvoir lire dans ses pensées que c’en est presque douloureux.

– Il n’y a pas de piège, Ava. Ce n’est qu’un jeu…

Après une minute qui me paraît une éternité, elle finit par faire non de la tête et se diriger vers l’échelle d’un pas décidé.

Merde ! J’ai envie de balancer tout ce qui se trouve sur le comptoir.

– Je te préviens, indique-t-elle, je ne joue pas au Monopoly ou à je ne sais quelle débilité du genre. Et je suis très mauvaise perdante !

Je fais volte-face et la vois en train de retirer ses talons et de reposer sa veste.

Cette femme aura ma peau ! Je m’avance vers elle et lui attrape le visage en coupe. J’hésite entre la porter jusqu’à mon lit sans attendre ou m’en tenir au plan ; en attendant, je pose mes lèvres sur les siennes, me délectant de la douceur de sa bouche.

Quand nos langues s’entremêlent, avides, un désir puissant s’empare de moi, mais je la repousse. Me maudissant intérieurement pour cela.

– On laisse tomber le jeu, non ? propose-t-elle, aguicheuse.

Je ris en lui prenant la main.

Non, ce doit être maintenant, tant qu’il me reste une once de lucidité.

De bonne grâce, Ava me suit docilement jusqu’au canapé, ce qui me surprend.

– Assieds-toi.

Elle accède à ma requête avec un sourire en coin.

– Ferme les yeux.

Elle lève ses iris de jade vers moi, hésite, mais finalement obéit.

– Pas de triche, ordonné-je. Voici les règles : je vais te donner à manger, et si tu devines ce que c’est, tu obtiendras de moi tout ce que tu veux.

– Et si je me trompe ?

– J’aurai le droit de te poser une question.

Elle soupire, mais conserve les paupières closes.

– Vas-y, Oliver. Mais je ne perdrai pas, alors tiens-toi prêt.

Je ricane en allant chercher ce que j’ai préparé. La voir ainsi, à ma merci, assise bien droite, un air de défi sur son magnifique minois, m’oblige à déployer des trésors de concentration pour ne pas la basculer sur le divan dans l’instant.

J’ouvre des boîtes, verse du liquide dans des verres tout en surveillant Ava. Elle tend l’oreille, mais reste sagement immobile, les mains serrées entre les cuisses.

– Ouvre la bouche et tire la langue, lui demandé-je en revenant auprès d’elle.

Ce qu’elle fait. Mais en gardant les lèvres pincées.

– J’ai compris que ça ne te plaisait pas, soupiré-je en lui caressant la jambe. Mais tu t’es engagée, va jusqu’au bout.

– Je ne suis pas une lâcheuse, rétorque-t-elle en desserrant enfin les dents.

Délicatement, je dépose une feuille sur sa langue. Elle la mâche, avant de grimacer et de cracher le tout par terre. J’éclate de rire face à sa réaction.

– On dirait que tu n’es pas fan !

Elle s’esclaffe elle aussi.

– J’ai été surprise, c’est tout. De la menthe, c’est de la menthe !

– Un point pour la jolie blonde.

– Oh ! et je suis pliée de rire, ironise-t-elle. Le clin d’œil à Mint, désopilant.

C’est tellement jouissif de la regarder s’énerver les yeux fermés !

– J’ai gagné, monsieur Astier, à vous de tenir votre engagement et…

Je l’interromps en écartant lentement ses jambes et en me mettant face à elle, à genoux sur le sol. D’un geste, je la rapproche pour la plaquer contre moi et m’attarde sur ses hanches tandis qu’elle enfouit une main dans mes cheveux. Sa respiration se fait plus profonde. Elle bascule son bassin pour le frotter au mien, et cette pression m’arrache un grognement. Le visage blotti dans son cou, je m’enivre de son parfum. Je dépose un baiser sur l’arrondi de son épaule avant de me détacher d’elle une fois de plus.

Je ne sais vraiment pas ce qui m’est passé par la tête en imaginant ce jeu à la con.

Encore une riche idée, Oli !

Ava se mord la lèvre inférieure, et je me force à me concentrer sur ce que je lui ai préparé pour la suite. Elle ouvre la bouche sans que j’aie à lui dire quoi que ce soit. J’y glisse un After Eight ; un peu de crème sucrée à la menthe se colle sur son menton, et je n’ai qu’une envie, le lui lécher.

– C’est dégueulasse. Et injuste, qui plus est ! se révolte-t-elle en avalant le chocolat. Je ne mange pas ce genre de sucreries, je ne peux pas connaître !

– Quel dommage, mademoiselle Langlois. Les règles sont les règles.

– Oui, oui, c’est ça. Pose-la, ta question, me dit-elle, tendue.

Il n’y a pas de façon subtile de dire ça, donc je mets directement les pieds dans le plat.

– Est-ce que tu accepterais de sortir avec moi ?

Je ne sais pas à quoi elle s’attendait, mais elle semble presque soulagée.

– Ce n’est pas déjà ce qu’on fait ?

– Non. Nous, on baise. Note bien que je n’ai rien contre, mais j’aspire à beaucoup plus que ça.

– Il faut que j’y réfléchisse.

Elle botte en touche ; le contraire m’aurait étonné. Au moins, elle ne m’oppose pas un non définitif. Je décide de m’en contenter pour le moment.

J’attrape sa main pour y mettre un verre. Sans hésitation, elle trempe ses lèvres dans le liquide émeraude qu’il contient, et l’écœurement qui se lit sur ses traits me fait exploser de rire. Un filet vert coule du coin de sa bouche quand elle m’insulte copieusement.

– J’aime pas ce truc, et j’aime pas ton jeu ! C’est infect !

– Comment ça s’appelle ?

– J’en sais rien, je m’en fous ! Ne me donne plus rien à la menthe !

– Tiens, bois.

Pressée de s’enlever le goût des papilles, elle avale en entier le smoothie que je viens de lui tendre.

– Épinards, pomme et menthe, encore ! s’écrie-t-elle, identifiant correctement chaque ingrédient.

– Tu peux ouvrir les yeux.

Elle plisse les paupières pour s’habituer à la lumière. Je ne lui en laisse pas le temps et l’embrasse avec fougue.

Je relève ses cheveux et descends ma langue sur le sillon tracé par l’alcool vert. La goutte a suivi les courbes et les creux, de sa bouche à la naissance de son sein droit. Elle retire les fines bretelles de sa robe, qui roulent le long de ses épaules. Dans l’abandon, je la trouve belle, presque vulnérable. Comme lors de chacune de nos étreintes, je suis émerveillé de la sentir entre mes bras.

Quand elle se recule sur le canapé, j’enlève mon tee-shirt et la rejoins pour m’allonger contre elle. Nous nous tenons enlacés, et je savoure cet instant de tous les possibles. À l’oreille, elle me souffle une phrase que je comprends mal. Je lui fais répéter.

– Tu as droit à une autre question.

Je me redresse sur le coude pour la regarder. Elle semble sérieuse.

– Je te l’ai dit, je joue à la loyale, ajoute-t-elle.

Ces mots sont la permission que j’attendais, la confirmation que je la touche enfin du bout du cœur. Je l’embrasse encore ; nos peaux sont soudées l’une à l’autre. Je baisse jean et caleçon, et attrape ce qu’il faut dans une des poches.

Les doigts d’Ava courent sur mes reins au moment où j’entre en elle. Nos deux corps ondulent sur un rythme extrêmement lent. Je colle mes lèvres contre son oreille et lui glisse :

– Est-ce que tu veux bien te souvenir de la promesse que je vais te faire ?

Pour toute réponse, elle me mord l’épaule.

– Bientôt, je te ferai l’amour, et tu verras la différence, lui confié-je.

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