21 cles pour activer la transformation numerique de votre entreprise

Gilles Auberger, Thierry Meynle, Jeremy Gregoire, Salah-Eddine Benzakour · Chapitre 26 sur 34

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Innovation

 

 

Clé « Innovation » nº 1

 

OPEN INNOVATION OU

 

INNOVATION OUVERTE

 

#R&D #Crowsdsourcing

 

L’open innovation, littéralement « innovation ouverte » ou « distribuée »,

consiste pour une entreprise à partager ses besoins en innovation avec les

foules (crowdsourcing, c’est crowd pour la foule et sourcing pour la

ressource). L’innovateur, c’est l’utilisateur qui peut être à chaque bout de la

planète et qui expérimente au quotidien l’usage de votre produit ou service.

Il est à même de vous aider à faire progresser dans votre démarche de

recherche & développement – par sa critique constructive et bienveillante et

sa contribution, si elle est bien canalisée. Ce mode d’innovation postule

qu’il est plus efficace et rapide pour une entreprise de ne plus se fonder

uniquement sur sa propre R&D pour innover, mais de s’ouvrir et de se

connecter sur l’intelligence collective. Cette approche est un moyen gratuit

(ou en tout cas moins coûteux en frais fixes) pour améliorer ou externaliser

des fonctions que l’entreprise assurait en interne par le passé. Les

contributeurs ne sont pas toujours à la recherche de rémunération, mais

plutôt de formes de reconnaissance, comme la citation par la marque ou

l’invitation à des colloques.

 

L’innovation ouverte pourrait sembler incompatible avec une économie de

marché qui valorise brevets et licences. Elle bouscule la règle du secret de

fabrique qui avait fait la fortune de nos grands-parents hier. Car jusqu’aux

années 1960-1970, leurs entreprises évoluaient dans un monde

d’innovations fermées, développées en interne, souvent dans le secret, et

mises en œuvre au sein de l’entreprise. Ce secret de fabrication faisait

souvent le bonheur pérenne de la famille fondatrice et les entreprises

faisaient peu d’efforts pour assimiler des innovations venant de l’extérieur (on se souvient du service consommateurs de votre marque de petit

déjeuner : contre trois timbres, il vous était permis d’espérer une réponse à

votre requête – sous quatre semaines…). Aujourd’hui, à l’heure où le Web

propage les secrets à la vitesse de l’électricité et de la lumière, l’open

innovation nous dit plutôt, avec Procter, Linux et Tesla comme chefs de

file : « Ton secret, plus tu le partages, plus tu le propages et plus tu

t’enrichis. »

 

L’innovation ouverte pourrait sembler incompatible avec une

économie de marché qui valorise brevets et licences. Elle

bouscule la règle du secret de fabrique.

 

Le processus se construit en temps réel grâce à des plateformes mutualisées

d’innovation et à des outils d’échanges de type Give and Get

(Donner/recevoir).

 

Give : chacun apporte sa part de solution à la résolution d’un

problème.

Get : les apports les plus contributifs sont rémunérés ou honorés.

 

Certains prix (allant jusqu’à 1 million de dollars – délivré par InnoCentive)

consistent à inviter les « esprits créatifs » à résoudre le mieux et le plus vite

possible les problèmes les plus graves de l’humanité. Il peut s’agir de

problèmes de biodiversité, de pollution, de climat, de santé

environnementale, d’alimentation, de développement ou encore

d’éducation… Il est demandé aux chercheurs récompensés de publier leurs

résultats sous une licence perpétuelle, libre et gratuite. En échange, des

bourses scientifiques leur sont offertes.

 

Cette approche permet de mettre en œuvre des démarches basées sur le

partage éthique et libre des savoirs et savoir-faire, avec notamment

l’utilisation de licences libres dans un esprit dit Odosos, c’est-à-dire Open

Data, Open Source, Open Standards.

 

Sources

Crowdsourced Innovation de Catherina Van Delden (Taschenbuch), Innosabi Publishing, 2014

Connect & Develop de Procter & Gamble sur le site PG Connect + Develop

 

Usage dans l’entreprise

 

Nous vous invitons dans un premier temps à penser votre offre du point de

vue de l’expérience qu’elle délivre – en vous asseyant mentalement à côté

des utilisateurs de vos produits. Regardez-les agir, vivre, grandir ; écoutez-

les bien : ils sont la première source d’innovation pour votre business. Dans

cette étape, nous vous invitons à mettre en place un système de veille en

mode « user ou consumer centric » (centré sur l’utilisateur et sur la façon

dont il « consomme » votre produit) qui vous permet d’avoir une écoute

continue de votre marché. Le marché comprend les clients, les influenceurs,

les concurrents directs et indirects et même les nouvelles startups qui

peuvent proposer des produits de substitution.

 

Dans un second temps, mettez en place l’open innovation : invitez les

consommateurs les plus engagés à devenir vos partenaires de cocréation au

cœur de votre processus d’innovation. Ils deviendront vos conseillers

précieux en matière d’usages. En quête d’une expérience unique et inédite,

ils sont capables mieux que quiconque de détecter les sources de progrès et

d’innovation. Partie prenante, ils deviendront source de création de valeurs

et d’avantages compétitifs. Traitez cette contribution et cet échange avec

respect, dans la durée : sachez remercier chaque contributeur, souvent plus

sensible à la reconnaissance qu’à la rémunération. N’oubliez pas d’associer

à vos remerciements tous les contributeurs, même ceux qui n’ont pas

abouti.

 

Explorez enfin la collaboration ouverte recherche-entreprise, par exemple

au travers de partenariats publics-privés. Les laboratoires de recherche

peuvent apporter des compétences complémentaires aux industriels sous

forme de prestations de services, de missions de conseil ou de

collaborations sur la recherche. Intéressez-vous pour finir aux événements

orientés vers l’innovation ouverte, comme les hackathons (cf. #hackathon).

 

L’une des pistes de croissance prometteuses pour l’entreprise consiste à

ajouter des options et des services additionnels à son produit de base. Pour

augmenter la valeur d’usage ou d’expérience du produit. C’est ce qu’on appelle l’économie des bouquets ; cette vision ouvre la voie vers des

innovations incrémentales infinies (on utilise aussi le néologisme

« servicisation »). Imaginez un bouquet d’options et de services incorporés

nativement dans votre produit : par exemple une carte SIM, un

accéléromètre et un GPS reliés au déclenchement de votre airbag, qui

permet au SAMU de déceler à distance un accident et d’intervenir

immédiatement (awaken.fr). Vous augmentez considérablement la valeur de

service de votre produit, et donc la valeur de votre marque. C’est en mettant

à contribution des utilisateurs, avec l’innovation ouverte, que vous allez

découvrir ces besoins et être le plus pertinent dans votre réponse à ceux-ci.

La démarche « bottom-up » consiste précisément à partir des usages et des

expériences et à remonter vers l’outil de production, pour innover.

 

Réflexion personnelle

 

Dans l’économie matérielle (fondée sur une logique de reproduction, et dont les

actifs stratégiques sont les machines et les usines), le produit était la résultante

d’un procédé associant matières premières et savoir-faire : le marketing et la

communication ajoutaient sur le produit fini leur couche de vernis final en y

incorporant design, sensorialité, image – pour valoriser et vendre le produit en le

rendant distinctif et attractif. Le modèle économique qui succède progressivement

à cette économie est l’« économie de l’immatériel » (fondée sur une logique

d’innovation, et dont les actifs stratégiques sont les brevets, les marques, les

systèmes d’information, les hommes…). Ici, le marketing s’attache à servir et à

magnifier l’expérience client, en augmentant la valeur d’usage et de partage.

Nous dépassons le cadre de l’utilisation du produit (output) pour aller vers la

valeur globale perçue (outcome) : le bien commun, un progrès pour l’humanité…

Certains acteurs prennent en compte son impact écologique sur le monde, en

rajoutant aux 4P du marketing-mix, un 5 e P : « people et planète ». Et, plus

récemment, le marketing a intégré « le projet de la marque pour le monde » :

« purpose » – le fameux 6 e P.

En effet en définissant une finalité qui a un impact positif sur le monde, l’entreprise

peut s’ouvrir et s’enrichir par les contributions de particuliers ou d’entreprises qui

partagent cette même vision ou préoccupation. On parle aujourd’hui de « purpose

management » quand l’entreprise, la marque et la marque employeur sont

centrées sur cette vision.

 

Aller plus loin

Avec Philippe Moati, vous entrerez de plain-pied dans L’Économie des bouquets : les

marchés de solutions dans le nouveau capitalisme, Éditions de l’Aube, 2008. Vous

comprendrez mieux comment utiliser l’innovation pour augmenter la valeur de

services et d’usages de vos produits.

 

Liste des sources et des liens actualisée :

21cles.fr/open-innovation

 

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