Au nom de mon fils - Mission : garde rapprochée

Chapitre 14

14

 

Cally, horrifiée, fixait le rivage tandis que le bruit des explosions s’évanouissait peu à peu. La tête appuyée contre l’un des sacs comme sur un oreiller, elle n’arrivait pas à respirer. Un poids lui écrasait la poitrine.

Marcus s’était jeté sur elle au moment où les débris enflammés s’étaient mis à pleuvoir. Il lui couvrait en partie le visage de ses bras.

— Vous vous sentez bien ?

Il s’agenouilla et lui prit la main, qu’il serra entre ses doigts. Le ciel était lumineux, comme si l’aube allait se lever à 3 heures du matin.

— Non. Je devrais ?

Il secoua la tête et se pencha pour lui parler. Ses paroles déplaçaient de l’air près de son visage. Il chuchotait malgré les rugissements du moteur.

— Vous ne devriez même pas être là.

— Je n’ai pas eu le choix.

— Je sais.

— Avez-vous une idée de l’endroit où se trouve Harris ?

— Je n’ai rien pu découvrir. C’est pour cela que je ne vous ai pas contactée.

— Et c’est pour cela que vous avez dû accomplir le braquage jusqu’au bout ?

Il ne répondit pas mais garda sa main dans la sienne en l’effleurant si doucement que sa caresse était presque érotique. Il éveillait en elle des sentiments totalement déplacés.

Les lueurs de l’incendie s’estompaient tandis que le bateau filait le long de la rivière.

— Pourquoi faites-vous cela ?

Il mit longtemps à répondre et prit une profonde inspiration avant de se lancer.

— Je vous l’ai dit hier soir : pendant les moments que j’ai passés avec Harris, avec vous, je ne faisais pas semblant.

Cally tenta de l’observer malgré l’obscurité, regrettant soudain les flammes disparues, qui lui auraient permis de lire dans les yeux de Marcus.

Quelque chose se détendit en elle. Un morceau du rempart qu’elle avait érigé autour de son cœur à la mort de Jamie se défaisait. Ce rempart qu’elle avait maintenu intact depuis la naissance de son fils.

Ce n’était vraiment pas le moment de craquer, mais elle avait envie de pleurer, sur son sort, sur celui de Marcus, mais surtout pour Harris. Plus rien n’aurait d’importance si elle ne retrouvait pas son fils.

Toute cette histoire était surréaliste et ressemblait à un film d’action. A cette différence qu’elle lui arrivait à elle.

Elle n’avait plus vraiment la notion du temps. Néanmoins, l’air sembla fraîchir quand Gregor conduisit le bateau vers le milieu de la rivière.

Les feux de navigation baissés éclairaient faiblement l’eau devant le bateau. De temps à autre, une branche ou quelque autre débris flottant heurtaient le flanc du bateau. Au printemps, le Mississippi charriait toute sorte d’objets inattendus.

A bord, Sams gémissait de temps en temps. La tête posée sur l’un des sacs, il semblait perdre conscience par moments, nota Cally.

Marcus lui tenait toujours les mains. La chaleur des siennes était plus que réconfortante.

D’un côté, elle lui était reconnaissante de la distraire de cette horrible situation. D’un autre, elle avait honte. Elle n’aurait pas dû être attirée par lui. Pas dans de telles circonstances.

Fermant les yeux, elle essaya de s’imaginer ailleurs.

Harris.

Je suis dans sa chambre, je le berce pour qu’il s’endorme.

Le parfum de son bébé l’envahissait, la rassurait.

Un choc violent lui fit rouvrir les yeux.

— Rattrapez ces sacs ! cria Gregor à Boggs et Johnson.

Un énorme tronc d’arbre, muni de ses branches et de ses racines, percutait le bateau. Le choc à bâbord éjecta Marcus de son siège.

Un grincement métallique semblable au bruit d’une tronçonneuse résonna tandis que le bateau se soulevait. Sacs et blocs de billets glissèrent dans l’eau tandis que le bateau continuait de chavirer dangereusement.

— Attrapez l’argent ! hurla Gregor.

Boggs et Johnson plongèrent dans la direction de Cally pour saisir les sacs. Elle se leva, essayant à la fois de s’accrocher au rebord du bateau et de s’éloigner d’eux.

— Cally, asseyez-vous ! s’écria Marcus.

Le bateau bascula à bâbord et retomba dans un grand bruit.

— Marcus !

Cally fut projetée en l’air, retombant sur le dos, raccrochée à rien.

Une fraction de seconde plus tard, l’eau glacée la recouvrit, emplissant sa bouche et son nez. Paralysée par la peur, elle ne fit aucun mouvement quand le courant l’attira vers le fond.

Elle se noyait.

A la seconde secousse, Marcus tomba sur son épaule convalescente. Il avait toujours plus ou moins mal au bras mais cette douleur-là fut horrible. Et il crut défaillir quand Cally passa par-dessus bord.

Gregor fit un écart à tribord pour éviter une nouvelle collision, mais la manœuvre eut pour effet d’attirer les racines entre les deux moteurs.

La poupe se retrouva coincée sur l’arbre et le bateau se mit à osciller alternativement à tribord et à bâbord. Il tournait simultanément en rond, comme dans un carrousel effréné. Johnson et Boggs se démenaient pour empêcher l’argent de passer par-dessus bord.

— Retiens ces sacs, bordel ! fit Johnson.

— C’est ce que j’essaie de faire, imbécile.

Sams se retourna sur le ventre avec des cris qu’étouffèrent les planches du pont.

— Un de vous trois pour m’aider à barrer ! cria Gregor.

Marcus scrutait l’eau.

— Cally ! Cally ! Où êtes-vous ?

Elle était introuvable et le bateau se balançait toujours d’un côté à l’autre. Ce balancement ample et violent menaçait de les faire chavirer d’une seconde à l’autre.

Sams était baladé à chaque mouvement. Lors d’un balancement particulièrement brutal, il fut projeté dans l’eau.

— A l’aide !

Johnson se précipita pour le rattraper mais Sams, incapable de remuer les jambes, coulait inexorablement.

— Je suis coincé dans les branches. Je ne peux pas bouger ! Je vais me noyer ! A l’aide !

Boggs se tourna vers Marcus.

— Il faut que tu l’aides. Moi, je ne peux pas laisser les sacs.

L’arbre s’encastra plus étroitement entre les moteurs, se glissant davantage sous la coque. Les branches entraînaient Sams vers le fond. Il ne pouvait nager à cause de ses jambes paralysées. Johnson le tirait, mais le combat était perdu d’avance.

Et où donc était passé Gregor ? se demanda Marcus.

De son bras indemne, il saisit un gilet de sauvetage sous le siège et le lança à Johnson.

Puis, muni de deux autres gilets, il grimpa sur la poupe.

— Cally ? Cally, répondez !

A quelle distance était-elle derrière eux ?

Il n’en avait pas la moindre idée et n’avait d’autre choix que d’aller à sa recherche. Restait à espérer qu’elle ne soit pas prise dans les branches comme Sams.

Méprisant la douleur qui torturait son épaule, il s’adossa à la paroi et enfila le gilet. Il devait plonger au bon moment pour éviter les hélices et l’arbre. Il attendit que le bateau bascule à tribord, inspira profondément et sauta.

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