Au nom de mon fils - Mission : garde rapprochée

Chapitre 18

18

 

 

A l’aérodrome, un hélicoptère s’était posé en bout de piste, sur un terrain stable. Des hommes s’occupaient déjà de Calvin Renfro. Marcus prit la main de Cally quand un officier l’envoya vers l’opérateur radio, qui le mit en communication avec Hodges.

Elle ne pouvait entendre ce que disait Hodges dans le casque et la communication était à peine meilleure que celle qu’ils avaient eue précédemment. Marcus expliqua à son supérieur ce qu’il avait découvert.

La réponse de Hodges lui parvint brouillée par la friture. Il était à bord d’un hélicoptère en route pour Palmers.

— Je pense que vous avez raison. Gregor a dû s’enfuir depuis longtemps mais il va falloir fouiller le camp tout de même. Je vais y envoyer des hommes avec une unité canine. Ils chercheront aussi sur l’autre rive, côté Louisiane. Ça va être un foutoir pas possible avec toutes ces histoires de juridictions. Mais on a besoin d’aide. Ça fait un territoire immense à couvrir.

— Des nouvelles du petit garçon ? s’enquit Marcus.

Cally lui pressa la main et il croisa son regard inquiet.

La regarder nuisait trop à sa concentration. Il préférait se détourner d’elle quitte à serrer sa main plus fort. Il ne pouvait oublier la manière dont elle l’avait observé juste avant de faire l’amour. Comme si elle voyait en lui, jusque dans ses recoins les plus cachés.

— Rien pour l’instant, répondit Hodges. Le FBI doit envoyer une équipe dans la matinée. J’espère toujours qu’Asa pourra nous renseigner quand il reprendra connaissance.

— Comment va-t-il ?

— Pas terrible. On doit le transporter en hélicoptère vers le service des grands brûlés à Jackson dès que son état se sera stabilisé. Il est brûlé à plus de vingt pour cent. Les jambes et les bras, surtout. Les médecins disent qu’il survivra mais qu’il lui faudra d’importantes greffes de peau.

A cette perspective, Marcus fit la grimace.

— Et Kevin Tucker ?

— Il va s’en remettre, sauf complication. Bay Wiggins et vous avez fait du beau travail. Les shérifs adjoints du comté de McCay sont en train de sécuriser la scène de crime à l’auberge.

— Ça ne vous dérange pas ?

— Je n’ai pas vraiment le choix. Qui sait ? Ils trouveront peut-être quelque chose concernant le gosse.

L’exaspération de Hodges était palpable. Les shérifs adjoints découvriraient peut-être un indice concernant Harris, mais les chances étaient minces avec tous ces gens envahissant la maison.

Il était plus probable qu’ils polluent la scène de crime avant que l’unité opérationnelle et les techniciens de scène de crime n’arrivent. Cela se produisait souvent, pesta intérieurement Marcus. Mais Hodges n’avait pas assez d’hommes pour couvrir tous les lieux impliqués dans l’affaire, il était bien obligé de s’en remettre à la police locale.

— Nous devrions arriver sur les lieux d’ici une demi-heure, conclut-il.

Marcus transmis ces nouvelles à Cally.

— Kevin va s’en sortir. Ta maison est pleine de policiers à l’heure qu’il est.

— Et Harris ?

Sa voix était pleine d’espoir, pas son regard.

— Toujours rien.

* * *

Cally poussa un profond soupir quand le lieutenant Hodges atterrit à Palmers vingt-cinq minutes plus tard. Il était suivi d’un groupe en tenue de camouflage muni de gilets pare-balles en Kevlar et de casques radio.

Hodges se présenta à elle.

— Tout sera fait pour retrouver votre fils, assura-t-il.

Il emmena ensuite Marcus à l’écart et elle ne put les entendre. Mais à leurs gestes, Hodges passait un savon à Marcus. Probablement parce que Marcus ne lui avait pas communiqué le plan de Gregor en temps utile.

Le pari de Marcus allait-il payer ? se demanda-t-elle, inquiète.

Après cette conversation animée avec le lieutenant, Marcus la hissa à bord de l’hélicoptère qui emportait aussi Renfro, le pilote accidenté.

— Où allons-nous ? cria-t-elle tandis que l’appareil décollait.

Il lui montra la voiture de patrouille et l’ambulance qui attendaient de l’autre côté de la digue.

— La voiture va te ramener à River Trace. Je prends l’ambulance avec Renfro pour voir si je peux parler à Asa avant son transfert à Jackson dans le service des grands brûlés.

L’hélicoptère atterrit presque aussitôt, dans un vacarme abominable. Le gravier crissait, déchirant leurs oreilles.

Puis Marcus l’accompagna jusqu’à la voiture.

Mais elle ne voulait pas le quitter. Il fallait qu’elle lui dise… tant de choses. Le remercier de l’avoir sauvée. D’avoir risqué sa place, sa vie. Le remercier pour tant de choses. Lui ordonner d’être prudent.

Le personnel médical s’affairait autour de Renfro et le chargea à bord de l’ambulance.

— Fais-moi confiance, Cally.

Elle s’agrippa à sa manche.

— Je…

Tout ce qu’elle voulait lui dire se bousculait dans sa tête.

Je tiens à toi. J’ai peur pour toi. Sois prudent.

Mais d’autres mots sortirent de sa bouche.

— J’essaie de te faire confiance. De croire que tu vas me le ramener. Je déteste me sentir aussi impuissante.

Ce n’était pas du tout ce qu’elle voulait dire !

— Je t’appelle dès que j’aurai vu Asa, répondit Marcus. Il pourra peut-être nous apprendre quelque chose.

Elle hocha la tête d’un mouvement raide. Le désespoir, la lassitude grandissaient en elle.

Marcus lui prit la main et elle se jeta dans ses bras. De surprise, il en recula presque.

Elle était bouleversée et inclina la tête pour l’embrasser, rassemblant toute sa peur et tous ses désirs. Lui faire vraiment confiance, c’était lâcher prise. Cela l’effrayait davantage que tout ce qu’elle avait dû affronter auparavant.

Ce baiser fut tout autre que celui qu’ils avaient échangé dans le chalet de Sydney.

Cally y mit fin la première.

— Retrouve-le, chuchota-t-elle.

Marcus hocha la tête et l’aida à s’asseoir à la place du passager. Il se pencha à sa hauteur, la regarda au fond des yeux une dernière fois et caressa son visage. Tout avait été dit.

Quand la voiture de police la déposa chez elle, un terrible épuisement la gagna. C’était comme si elle avait quitté sa maison depuis des jours, et non des heures.

Elle sonna.

Quelques instants après, Luella apparut et la prit dans ses bras.

— Oh ! Ma chérie. Nous étions tellement inquiets.

Luella lui tapotait le dos, comme pour l’apaiser.

— Tout va s’arranger, ma chérie. Tu es rentrée. Tout va s’arranger.

A condition qu’on retrouve Harris.

L’œil sec, Cally se dégagea doucement des bras de Luella, bien décidée à maîtriser la seule chose qui lui restait : ses émotions. Mais Luella semblait elle aussi chamboulée.

A son tour, Cally tapota le dos de la vieille femme.

— Je sais qu’ils vont le retrouver, Lu. J’en suis certaine.

Sa voix, quoiqu’un peu prise, donnait l’illusion qu’elle était forte. Elle poussa un gros soupir.

Luella se moucha et hocha la tête.

— La police est venue tout à l’heure. Pour inspecter les chambres où ces hommes dormaient. Ils ont mis du ruban sur les portes et nous ne sommes pas censés y entrer. Ils ont dit qu’ils reviendraient plus tard.

— Où est Bay ?

— Dans la cuisine. Nous avons nettoyé après… après ce qui est arrivé à Kevin.

— Ils ont dit à Marcus qu’il allait s’en sortir, la rassura Cally. Il est à l’hôpital de Murphy’s Point. Je vais me changer et j’irai le voir tout à l’heure. Tu crois que le copain de Kevin a été prévenu ? Je devrais peut-être m’en occuper…

Cally s’arrêta net sur sa lancée. Luella ne lui avait posé aucune question sur Marcus, ni sur Harris ni sur rien. La situation devait lui sembler bien désespérée pour qu’elle ne l’accable pas de questions.

— Je crois que je vais prendre une douche. Tu veux bien me monter une tasse de thé ?

— Bien sûr, ma chérie. Tu veux autre chose ? Un en-cas ?

— Non, pas pour l’instant, Luella. Merci. Tout à l’heure peut-être.

Elle traversa la cuisine. Bay y frottait le sol à quatre pattes, avec de l’eau de Javel, pour enlever les traces de sang sur les joints.

Cally en eut la nausée.

Bay s’essuya les mains et se leva à son approche.

— Harris va s’en sortir, Cally. C’est ce que tu dois te dire.

— C’est ce que je fais, Bay. C’est ce que je fais.

Elle se sentait plus forte. Elle allait tenir le coup.

— Tu n’es pas obligé de nettoyer ça, Bay. Je le ferai après ma douche. Tu dois être fatigué.

Elle se dirigea vers la salle de bains.

— Non, madame, je m’en occupe.

Cally s’arrêta net, se rappelant la dernière fois que Bay avait prononcé ces mots.

Cela remontait-il à seulement deux jours ? Quand Harris avait pêché son poisson ?

Elle se retourna vers Bay. A son regard, ces mots avaient eu le même écho en lui.

La nausée la reprit.

Elle ne pouvait pas s’infliger cela à elle-même. Elle devait tenir encore un peu.

Elle déglutit sur un haut-le-cœur.

— Merci… Je te remercie… pour cela et pour tout ce que vous avez fait, Luella et toi. Je vais me laver. Je n’en ai pas pour longtemps.

Elle put atteindre la salle de bains et ouvrir le robinet de la douche avant de vomir, pour masquer les bruits.

Puis elle retira lentement ses vêtements d’emprunt et se glissa sous le jet d’eau, chaud et apaisant. Assise au fond de la douche, adossée au carrelage, elle pleura jusqu’à l’épuisement.

Harris, mon bébé… Tiens bon… Je t’aime…

Marcus va te retrouver…

L’eau était de moins en moins chaude. Elle perdait la notion du temps.

Se levant dans un sursaut d’énergie, elle sortit de la douche juste avant que l’eau ne devienne glacée. Elle se sentait étonnamment mieux. Fatiguée, lessivée, mais mieux.

Elle enfila un peignoir et passa un antiseptique sur les innombrables égratignures qui émaillaient ses bras et ses jambes. Celles-ci venaient probablement des débris que charriait le fleuve.

Elle se démêla les cheveux machinalement tout en luttant pour garder les yeux ouverts.

Sonnée par sa crise sous la douche, elle erra dans sa chambre. Luella et Bay avaient vraiment fait le ménage à fond. Plus rien ne laissait deviner qu’un blessé par balle y avait passé la nuit. Sur la table de nuit, un thé à la menthe parfumait l’atmosphère.

Je vais m’étendre quelques instants. Ensuite j’irai prendre des nouvelles de Kevin… et de Harris.

Elle ouvrit son lit pour s’y glisser. Les draps étaient frais.

Si seulement je pouvais cesser de penser quelques minutes et fermer les yeux un moment…

Elle sombra dans le sommeil.

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