Au nom de mon fils - Mission : garde rapprochée

Chapitre 11

11

 

L’après-midi était bien avancée lorsque Luke arriva avec Carol à l’hôtel particulier des Ashton. Il se gara à une centaine de mètres, en surveillant la foule des voitures de presse, massées autour de la propriété.

— Mon Dieu, murmura Carol, nous n’avons jamais eu autant de journalistes autour de la maison.

— Les meurtres font toujours vendre, rappela Luke en jetant un coup d’œil à sa montre. Nous avons cinq bonnes minutes d’avance. Vous êtes sûre que c’est bien ce que vous voulez ? Nous pourrions aller nous cacher dans n’importe quel hôtel discret.

— Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. C’est le premier endroit où les paparazzi s’attendent à me trouver, ils doivent déjà avoir quadrillé toute la ville.

— Vous pourriez vous déguiser…

— Mmm… C’est une idée. Mais ce n’est pas le moment, de toute façon. Car la priorité, c’est de trouver le testament.

— Vous ne croyez pas, justement, qu’il serait temps de m’expliquer pourquoi vous paraissez si sûre qu’il existe bien un deuxième testament ?

— Parce que c’est logique. Plus j’y réfléchis et plus je suis certaine que Richard ne m’aurait pas laissé toute sa fortune. Je n’étais pas… Je ne comptais pas pour lui. J’étais un objet, sa chose, sa propriété, sous son contrôle. On ne lègue rien à une chose. Jamais il ne m’aurait estimée suffisamment intelligente pour m’occuper de ses affaires, il aurait mille fois préféré coucher ses frères sur son testament. Donc, il doit y avoir un autre document notarié, caché quelque part dans la maison, dans ses papiers peut-être.

— C’est possible, mais Leslie était son avocate et son exécutrice testamentaire. Ne serait-il pas plus logique encore qu’il le lui ait adressé ?

— Peut-être, en effet.

— Je ne suis pas bien sûr de comprendre pour quelles raisons vous voulez retrouver ce testament, à supposer qu’il existe…

— Que voulez-vous dire ?

— Vous avez hérité. Si vous dénichez un autre testament, vous perdrez peut-être tout. Pourquoi risquer cela ?

— Parce que ce n’est pas juste. Si cet argent appartient à quelqu’un d’autre, il faut qu’il puisse en disposer.

— Ce « quelqu’un d’autre », c’est Grant ou Daniel. Et Grant a essayé de vous tuer.

— Peut-être essayé. C’est loin d’être prouvé.

— Il a tout de même posé une lame sur votre cou. Deux fois. Et il vous a balancée du premier étage.

— Vous marquez un point, soupira-t-elle.

— Quant à Daniel, il ne s’est pas présenté pour vous soutenir, alors même que la presse avait révélé que Richard vous battait… Aucun des deux, à mon avis, ne mérite vraiment un tel cadeau. Vous, par contre, vous avez traversé l’enfer, il n’y aurait rien d’injuste à ce que vous soyez définitivement à l’abri du besoin.

— Je comprends ce que vous voulez dire, répondit Carol, le regard perdu très loin, à travers le pare-brise. Mais je ne pourrais pas en profiter dans ces conditions. Et puis, vous ne comprenez pas ? Tout cela, tout cet argent me rappelle Richard et ses exigences.

Elle leva une main aux ongles manucurés.

— Il m’imposait la longueur de mes ongles et la couleur de leur vernis.

Elle attrapa une mèche de ses cheveux.

— Je suis naturellement brune, mais cela ne plaisait pas à Richard qui voulait que je sois blonde. Les vêtements que je porte…

Elle les désigna d’un geste fatigué.

— … sont ceux qu’il a choisis. Tout ce que je veux, c’est résoudre cette affaire afin d’être une fois pour toutes libre. Alors, je partirai, n’importe où, dans un endroit où rien ne me rappellera le passé. Mais si je dois m’acheter une nouvelle maison, de nouveaux vêtements, comment pourrais-je le faire si c’est avec son argent ? Comment pourrais-je alors lui échapper un jour ?

Avec douceur, Luke repoussa une mèche de cheveux du front de Carol.

— Je crois que je ferai ou dirai toujours quelque chose de travers, avec vous. Cela ne me regarde pas, vous savez, ce que vous ferez de votre argent ou de votre vie. Vous ne me devez aucune explication.

Elle prit sa main dans la sienne.

— Vous avez vraiment été très gentil avec moi, Luke. Vous ne méritez pas de vous faire rabrouer pour une simple question, d’autant qu’elle était tout à fait pertinente. Je veux seulement que celui à qui est destiné cet argent l’obtienne. Je veux en avoir fini de tout ce qui vient de mon mari, pour ne pas le laisser me hanter plus tard. Je veux être libre.

— Vous le serez bientôt.

— Je l’espère. Tout cela est arrivé bien trop vite. Pour le moment, je veux juste fouiller quelques recoins de la maison pour savoir si le vrai testament pourrait y être. Puis, nous partirons d’ici très vite. Nous irons là où vous pensez que je serai en sécurité et que la presse ne m’embêtera pas.

— D’accord, je m’en charge. Ce ne sera pas la première fois que je devrai escamoter une cliente au nez et à la barbe des journalistes et la mettre en sécurité.

Il jeta un coup d’œil dans son rétroviseur.

— Les voilà. Préparez-vous. Dès qu’ils vous reconnaîtront, ils vont se précipiter.

Carol crispa les doigts sur son sac à main et appuya sur le montant de la portière.

— Je suis prête.

La voiture de la Stellar-Security qui les suivait s’immobilisa à leur hauteur et une autre vint se garer derrière eux. Simultanément, leurs portières s’ouvrirent et une douzaine d’agents vinrent se placer en protection autour d’eux.

Aussitôt, les journalistes remarquèrent leur présence et se mirent à courir, appareils photo et caméras braqués vers eux.

Carol bondit dans le véhicule de la Stellar, qui démarra immédiatement en direction du portail. Luke jura sourdement entre ses dents et jeta leurs bagages dans la deuxième voiture, puis y sauta à son tour.

— Dépêchons, grogna-t-il au chauffeur alors que s’éloignait la femme qu’il était supposé protéger.

Carol sortit le dernier tiroir du bureau de Richard et en vida le contenu sur son fauteuil. Elle avait fouillé à peu près tous les endroits susceptibles d’abriter le vrai testament, en vain. Luke devait avoir raison. Dans son besoin désespéré de trouver de l’argent, Grant avait pris ses désirs pour la réalité.

Luke entra et s’assit sur le rebord du bureau.

— J’ai fouillé toute la chambre des maîtres, comme vous me l’avez demandé, mais je n’ai rien trouvé. Même le coffre encastré dans le mur est vide.

— Vide ? répéta Carol. Il n’était pas fermé ?

— Non, il m’a suffi de tourner la poignée et il s’est ouvert. J’ai supposé que vous aviez donné la combinaison aux policiers lors de la perquisition, l’autre jour, et qu’ils ne l’avaient pas refermé. Ce n’est pas le cas ?

Elle secoua la tête.

— Non. Je ne connais même pas la combinaison, mais Richard y rangeait tout le temps des papiers. J’ai du mal à croire qu’il ne l’ait pas refermé et plus encore, que ce coffre puisse être vide.

Luke tira son téléphone de sa poche.

— Je vais prévenir Cornell, voir s’il y a pris des empreintes. Si ce n’est pas le cas, je lui dirai d’envoyer une équipe et d’en rechercher plus précisément. Pour le moment, je pense que nous n’avons plus rien à faire ici. Y a-t-il quelque chose d’autre qu’il vous faudrait avant de partir ?

— Non, le sac que j’ai emporté avec moi contient tout ce qu’il me faut.

— Très bien. Je reviens dans quelques minutes alors.

Dès qu’il fut sorti du bureau, Luke fit signe à l’une des femmes de chambre et quelques minutes plus tard, elle revint avec l’enveloppe et la feuille de papier qu’il lui avait demandées. Il la remercia, lui expliquant comment elle devait l’aider à faire sortir discrètement Carol de la maison et elle partit immédiatement, pour faire ce qu’il attendait d’elle.

Il allait bel et bien appeler Cornell, mais d’abord, il avait deux autres communications à passer. Comme il ne souhaitait pas qu’on l’entende, il se dirigea rapidement vers le jardin d’hiver, à l’arrière de la maison. Il y avait là une petite fontaine qui faisait suffisamment de bruit pour qu’aucun micro ne puisse facilement capter sa conversation.

D’abord, il appela Trudy au bureau. Tout de suite, elle lui parla avec émotion de la mort de Mitch, ce qui le fit culpabiliser de n’avoir pu penser à son ami au milieu de tout ce qui venait de se dérouler. Il se força à refouler ses émotions et à ramener gentiment Trudy à ce qu’il lui demandait. Il le lui expliqua, lui fit répéter ses instructions. Satisfait, il raccrocha et appela son deuxième numéro.

Celui d’Alex.

La culpabilité le rongeait encore, tandis qu’il attendait que son ami décroche. Ce qu’il s’apprêtait à faire horrifierait Carol si jamais elle l’apprenait. Il lui avait fait une promesse et avait même spécifié qu’il les tenait toujours. Jusque-là, cela avait été vrai. Mais les choses avaient changé…

L’assassin de Richard avait visiblement vidé le coffre-fort de sa victime en toute discrétion. C’était donc un habitué de la maison, quelqu’un que Carol connaissait et en qui, peut-être, elle avait toute confiance. Dans le but même d’assurer sa sécurité, ce qui était son premier devoir, il allait devoir trahir sa promesse et du même coup, probablement, découvrir l’identité de l’assassin.

— Alex Buchanan.

— C’est Luke. Je dois faire vite. D’abord, il faut que tu demandes à ton enquêteur privé de s’intéresser à la Stellar-Security.

— D’accord, qu’est-ce qu’il est supposé y trouver ?

— Je ne sais pas encore mais il doit rechercher tout ce qui peut être suspect et en relation avec les Ashton. J’ai de grands doutes sur la Stellar. Il y a un peu trop de brèches dans leur travail de sécurité.

— D’accord. Tu disais premièrement. Que te faut-il ensuite ?

— Une grande faveur. Tout à l’heure, je te laisserai quelque chose dans une camionnette. Tu trouveras la clé cachée dans une boîte, juste sous le pare-chocs avant gauche. Il y aura une enveloppe sous le siège du chauffeur…

Il donna à Alex l’adresse de l’endroit où la camionnette était garée.

— Bon. Et qu’est-ce que je suis supposé faire avec cette enveloppe ?

— J’ai dans l’espoir que tu pourras examiner son contenu et en déduire qui a pu forcer le coffre-fort de la chambre des Ashton. Car il a été forcé, j’en ai la conviction.

— Et c’est quoi, ce contenu, que tu veux me montrer, plutôt qu’à la police ?

Luke se retourna pour s’assurer que personne n’était en train de l’observer puis il mit la main à sa poche et en tira la carte vidéo que lui avait confiée Carol.

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