Au nom de mon fils - Mission : garde rapprochée

Chapitre 21

21

 

Marcus se dépêchait sous la pluie battante. La fine bruine qui tombait lorsqu’il avait quitté le parking du motel s’était muée en un violent orage. Les éclairs offraient un spectacle extraordinaire que Harris ratait.

Le pauvre s’était endormi avant la traversée du pont de Natchez.

Marcus avait hâte de le ramener à Cally. Elle devait être folle d’angoisse.

Il avait tenté de la joindre en passant par le standard de la police mais on lui avait répondu que sa ligne était en dérangement. Sans doute à cause des intempéries.

Il était impatient de la voir. Il avait des choses à lui dire, sur lui, sur son travail.

Il s’engagea sur la longue allée gravillonnée de River Trace. Le trajet avait duré près d’une heure. Harris dormait toujours à poings fermés.

Une fois garé, Marcus tourna la tête vers la maison : la porte d’entrée était ouverte et la pluie s’y engouffrait.

Un sombre pressentiment l’envahit.

Il sortit de son holster le .38 emprunté à Sydney en essayant de distinguer quelque chose à travers le pare-brise et saisit le casque radio. Personne ne répondit à sa demande de renfort. Mais il était à bord d’une voiture de patrouille de Natchez et, parmi la confusion de cette opération impliquant plusieurs juridictions, Dieu seul savait comment les appels étaient acheminés, surtout lors d’un tel orage.

Il n’avait pas le temps d’attendre une réponse. Les essuie-glaces livraient en grinçant une vaine bataille à la pluie torrentielle.

A travers les trombes d’eau, Marcus scruta le porche. Il y eut comme un coup de tonnerre dans le lointain.

Son sang se glaça. Ce n’était pas le bruit de l’orage mais un coup de feu.

Il lança un nouveau message dans le micro.

— Coups de feu à River Trace, domicile des Burnett. Officier de police sur place demande renforts.

Pourvu qu’on l’ait entendu !

Dans le rétroviseur, Harris dormait toujours.

Sans attendre la réponse du standard, Marcus lâcha la radio, ouvrit sa portière et s’élança.

* * *

Parmi les débris de la porte massacrée, Gregor inspecta la chambre d’un regard fiévreux. Il scruta, essoufflé, le petit couloir desservant la salle de bains puis la fenêtre ouverte en face de lui. La pluie tombait sur la banquette de fenêtre et trempait les rideaux.

Il gagna la fenêtre en quelques enjambées, s’agenouilla sur la banquette et s’appuya à l’aide de son bras valide sur l’encadrement.

En se penchant à l’extérieur, il fut aussitôt aveuglé par les trombes d’eau et les éclairs. Puis il remarqua l’échelle pendue dans le vide. Une hauteur d’un mètre cinquante séparait le dernier échelon de la verrière située en dessous.

La garce. Elle est passée par cette foutue fenêtre.

Il ne l’aurait pas crue aussi culottée.

Il était tellement en colère contre elle qu’il entreprit de descendre, même avec un seul bras valide. Il devait le faire. C’était à cause d’elle que tout avait mal tourné. Elle allait payer.

A cause d’elle, le braquage n’avait pu se dérouler comme prévu. A cause d’elle et de Marcus North. Ce maudit flic. Si elle n’était pas tombée du bateau, Sams serait peut-être encore en vie. Marcus les aurait aidés à le tirer à bord. Ils n’auraient peut-être même pas perdu l’argent.

Une bourrasque de pluie lui fouetta le visage au moment où il s’apprêtait à sortir. Des sirènes de police retentirent faiblement parmi les hurlements de la tourmente. Gregor s’arrêta un instant et tendit l’oreille. La cacophonie se rapprochait.

Il y avait donc plus d’une voiture. Tout ça à cause de cette fille. Que faire ?

Il jeta un œil par-dessus son épaule. Quelque chose de blanc attira son regard. Un petit bout de tissu-éponge dépassait du couvercle du coffre.

Le peignoir de Cally.

Cette garce a cru qu’elle allait me doubler ?

Sans faire de bruit, il se leva, se tourna face à la banquette et pointa son arme vers le couvercle.

* * *

Dans la banquette-coffre, Cally ne bougeait plus. Elle s’efforçait de penser à autre chose que Gregor, mais la poussière chatouillait ses narines.

Cet endroit n’a pas été aspiré depuis une éternité.

Elle retint son souffle pour ne pas éternuer.

Le bois craqua au-dessus d’elle. Que se passait-il ? Que faisait Gregor ?

Il y eut encore un grincement puis plus rien.

Elle attendit.

Il ne se passait rien.

Dans le vent, plusieurs sirènes de police hurlèrent. Un grand soulagement l’envahit. Gregor était tombé dans son piège et les renforts arrivaient.

Elle ne bougea pas. Combien de temps fallait-il à Gregor pour descendre l’échelle ? Difficile à dire, avec ce bras en écharpe. Elle ne pouvait pas attendre trop longtemps non plus. Gregor n’allait pas tarder à comprendre qu’elle n’était pas sur le toit.

Elle allait soulever le couvercle quand il s’ouvrit brusquement. Gregor se dressait devant elle, pointant un des pistolets de Jamie sur sa tête.

Il appuya sur la détente. Elle n’eut même pas le temps de crier non.

Un coup de feu retentit dans la chambre.

Elle hurla.

Gregor tira un coup dans le sol, près de sa tête. Un bruit assourdissant. Des éclats de bois volèrent, lui piquant le visage.

Gregor la regarda, l’air intrigué, puis avisa un filet de sang qui sortait de sa poitrine. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose. Un flot de sang en sortit. Il s’effondra sur le sol.

Cally était toujours blottie dans le coffre. Un silence de mort régnait. Il n’y avait plus de sirènes. Même la pluie semblait s’être arrêtée.

Soudain, Marcus apparut. Il se pencha au-dessus d’elle et la prit dans ses bras. Il devait lui parler car ses lèvres bougeaient. Mais elle ne comprenait rien, comme si elle était devenue sourde.

Il lui embrassait la bouche, le front.

Elle se laissa faire. Ses oreilles bourdonnaient, du sang coulait sur sa joue à l’endroit où des éclats de bois l’avaient écorchée. Marcus la tenait dans ses bras, épongeant sa joue à l’aide de sa chemise tout en essayant de lui faire comprendre quelque chose. Quelque chose concernant Harris.

Un policier fit irruption dans la pièce. Puis un autre. Marcus parla à l’un d’eux, qui sortit aussitôt, et l’embrassa dans les cheveux.

D’autres policiers surgirent, tous vêtus d’uniformes différents. Tout le monde parlait en même temps.

Cally ne comprenait toujours rien. On aurait dit le bourdonnement étouffé d’un essaim.

Mais elle cessa de s’en soucier quand le policier qu’avait renvoyé Marcus revint : il portait Harris, endormi, enveloppé d’un poncho jaune. Avant même qu’elle ait pu faire un pas, le policier le lui remit.

Le cauchemar était terminé.

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