Au nom de mon fils - Mission : garde rapprochée
Chapitre 2
2
Une nouvelle vague de nausée envahit Caroline. Elle s’agrippa désespérément au comptoir de la réceptionniste et s’efforça de respirer profondément. Le malaise ne la quittait pas depuis qu’elle s’était traînée hors du lit quelques heures plus tôt. La « leçon » que lui avait infligée Richard avait retardé son plan d’une bonne journée. Mais rien ne l’arrêterait plus désormais. Elle devait tenir.
— Ça va, madame Ashton ? s’enquit la jeune réceptionniste.
Manifestement inquiète, elle fit le tour du comptoir.
— Elle va bien, intervint d’un ton sans réplique sa patronne, Leslie Harrison, associée pour moitié dans le cabinet d’avocats Wiley et Harrison. Je vais ramener Mme Ashton à sa voiture.
— Bien, maître…
La réceptionniste retourna docilement s’asseoir derrière son comptoir, non sans lancer un regard peu amène à l’avocate, dans le dos de celle-ci.
— Leslie, soupira Caroline. Je ne me sens pas bien du tout, en fait. Je crois que j’aimerais m’asseoir un moment…
— Allons viens, répliqua son amie. Tu te sentiras mieux quand tu seras dehors. On respire mal, ici…
Elle se pencha à son oreille, tout en l’entraînant à l’extérieur.
— Caroline, tu as fait un grand pas aujourd’hui, mais tu n’as pas une minute à perdre si tu veux te réfugier dans la nouvelle maison avant que ton mari ne découvre que tu es partie…
Caroline lui dédia un sourire timide et hésitant.
— Je suis désolée, Leslie, tu risques beaucoup d’ennuis, à cause de moi. Je ne voudrais pas paraître ingrate.
Elle pressa sa carte et déverrouilla les portières de sa Mercedes 600 S Sedan noire, que Richard avait choisie pour elle. Elle aurait préféré quelque chose de plus simple, de moins prétentieux.
Leslie lui tint sa portière.
— Ne t’inquiète pas, ma chérie, je suis ravie de t’aider. Mais souviens-toi, va tout droit à la nouvelle maison. Pas d’arrêt en route, c’est promis ?
— Promis !
Leslie sourit, referma la portière et Caroline démarra.
Mais quelques kilomètres plus loin, une nouvelle vague de malaise l’assaillit. Des crampes tordaient son estomac. Elle braqua son volant et se rangea en catastrophe sur le bas-côté, tandis que les autres conducteurs, surpris de sa manœuvre impromptue, la klaxonnaient bruyamment.
Malgré la fraîcheur de l’air conditionné, la sueur lui perlait au front. Immobile dans son siège, elle s’efforça de laisser passer la nausée et la douleur. Etre en miettes après l’une des « leçons » de Richard n’avait rien de nouveau, mais là, étonnamment, c’était plus intense que d’habitude. Leslie avait sans doute raison, se rassura Caroline, ce devait être ses nerfs. Elle préparait sa fuite depuis des mois et alors qu’elle allait pouvoir exécuter son plan, le stress la rendait certainement malade.
Elle se mordit la lèvre et pressa son ventre douloureux dans ses mains. La très brutale « leçon » de Richard l’avait cette fois mise sur le flanc pour quarante-huit heures, mais c’était lui qui l’avait poussée hors du lit : il était hors de question qu’elle y « traîne plus longtemps sa paresse », avait-il tempêté. La façon dont elle s’était rapidement exécutée lui avait plu. Ce qu’il ne savait pas, c’était qu’elle avait considéré son injonction comme le signal du départ.
Après le petit déjeuner, sur le seuil de la maison, elle lui avait fait des gestes d’adieu tandis que Charles conduisait la Rolls-Royce vers le portail. Bien sûr, Richard l’observait derrière les rideaux tirés de la vitre arrière, elle le savait. Allait-il soudain se douter de quelque chose, ordonner au chauffeur de faire demi-tour et empêcher son évasion ?
Mais l’imposante limousine ne s’était pas arrêtée et était rapidement sortie de la propriété. Richard partait sans méfiance à son bureau, c’était bien un adieu.
Caroline avait pris soin de ne pas alerter le personnel en se préparant à une sortie tout à fait usuelle dans son emploi du temps : une visite à la blanchisserie, puis à son avocate. La différence était que, cette fois, elle n’allait pas y laisser en dépôt quelques vêtements, mais sa vie conjugale. En outre, se rendre à la blanchisserie permettait de camoufler aisément son sac de voyage en sac de linge sale, sans alerter les vigiles du domaine. Après la blanchisserie, elle devait se rendre au cabinet d’avocats pour donner à Leslie son enveloppe habituelle de reçus et de documents comptables. Normalement, elle aurait dû recevoir en retour un certain nombre de papiers à faire signer à Richard. Mais elle ne lui rapporterait rien, cette fois. Elle ne reviendrait jamais.
Anxieuse, elle consulta l’horloge de son tableau de bord. Leslie lui avait bien recommandé de ne faire aucun arrêt. Il n’était pas question de s’attarder au bord de la route, même pour quelques instants de récupération, et tant pis si elle se sentait mal. Dans exactement douze minutes, la sécurité préviendrait Richard qu’elle n’était pas rentrée. Alors, celui-ci appellerait directement Leslie pour savoir à quelle heure Caroline était passée, puis, comprenant qu’elle n’était pas rentrée directement à la maison, il se mettrait à sa recherche.
Caroline se passa une main tremblante sur le front. Bon sang, que faisait-elle ? Comment pouvait-elle croire qu’elle allait lui échapper ? Elle faillit faire demi-tour et rentrer à la maison, qui n’était plus la sienne. Mais même en roulant à tombeau ouvert, elle ne pourrait être rentrée assez tôt. Dès lors, comment expliquer ce retard ? Si elle lui disait simplement qu’elle s’était sentie mal et avait été obligée de s’arrêter, il ne la croirait tout simplement pas. Il l’accuserait de nouveau de se plaindre de son sort, ce qui lui offrirait une bonne raison de lui donner une nouvelle « leçon ».
Caroline serra les dents. Son corps entier lui faisait encore mal. Une autre leçon ? Jamais. Elle ne pourrait le supporter.
Une protection.
C’était cela, elle avait besoin d’une protection. Mais qui pourrait bien la protéger ? Elle n’avait ni amis ni famille, à Savannah du moins, et ses parents ne la verraient pas d’un bon œil quitter son riche mari. Ils auraient bien trop peur que cesse le versement de la pension que Richard leur octroyait.
Qui d’autre, alors ? Leslie était la seule personne à qui elle ait osé parler. Si jamais elle sortait de la maison, à part pour quelques courses, c’était au bras de Richard, en représentation silencieuse, comme décoration. Comment aurait-elle pu se faire des amis ?
Elle n’avait pas pu demander à Leslie d’aller jusqu’à défier Richard en l’hébergeant. Il était le client le plus lucratif du cabinet d’avocats. Mettre les revenus de son amie en péril n’aurait pas été correct, surtout après ce qu’elle avait déjà fait pour l’aider. Non, il fallait décidément trouver autre chose, mais quoi ?
S’adresser à la police ? Elle avait déjà vu cela dans des feuilletons à la télévision, et la conclusion était sans appel. Les policiers ne pourraient pas grand-chose pour elle tant qu’un crime n’avait pas été commis. Tout au plus prendraient-ils sa déposition, mais que vaudrait un bout de papier contre le riche et puissant Richard Ashton ?
Aucun juge ne voudrait la croire et ne suivrait sa plainte. La société tout entière admirait et respectait Richard, ce milliardaire philanthrope qui donnait chaque année des millions à des associations caritatives et soutenait activement la campagne des politiciens locaux, dont le shérif du comté de Chatham.
Non, décidément, aller voir la police n’était pas une bonne idée…
Mais comment se protéger, alors ?
Une idée surgit dans son esprit. Richard faisait garder la maison vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C’était précisément cela dont elle avait besoin : un garde du corps, loyal envers elle et seulement envers elle.
Elle épongea son front dégoulinant de sueur et se pencha vers le micro de son téléphone mains libres. Activant la fonction recherche, elle prononça les mots : « gardes du corps, Savannah, Géorgie ». Plusieurs noms de sociétés apparurent. Elle sélectionna la première et déclencha son GPS.
* * *
Si la reine d’Angleterre en personne était apparue dans les locaux de sa société, Luke n’aurait pas été plus surpris : Caroline Ashton, la belle et blonde épouse du célèbre homme d’affaires Richard Ashton, venait de franchir son seuil. Elle portait un tailleur beige, d’un goût exquis et d’une ligne parfaite. Un ravissant petit sac pendait à son épaule. Le tout devait coûter une fortune, songea Luke, et Caroline Ashton dépareillait fortement dans ce bureau poussiéreux. En général, il y recevait des prostituées venues demander protection contre leur souteneur ou des commerçants menacés par les caïds du quartier.
Apparemment, la splendide Caroline Ashton s’était perdue…
Luke lança un coup d’œil vers la seule autre personne présente dans la pièce, celui qu’il appelait un peu ironiquement son « directeur administratif », Mitch Brody, assis à quelques mètres. Celui-ci haussa brièvement les épaules. Manifestement, lui non plus ne savait pas ce que la radieuse apparition faisait là.
Luke attendit donc poliment que leur visiteuse prenne la parole, mais elle resta muette devant son bureau, comme si elle attendait qu’on l’autorise à parler. Il se leva précipitamment et lui indiqua un fauteuil.
— Je suis Luke Dawson et voici Mitch Brody. Qu’est-ce que Dawson Security Service peut faire pour vous, madame Ashton ?
Elle ouvrit de grands yeux étonnés, ils étaient très bleus et offraient un saisissant contraste avec son teint si pâle. Etait-elle surprise qu’il connaisse son nom ? Ignorait-elle que tout le monde, à Savannah, savait qui étaient les Ashton ? Leur couple modèle faisait la couverture des magazines régionaux au moins une fois par semaine et leur grande réception de Noël était l’événement social de l’année. Bien entendu, Luke n’y avait jamais été invité.
Caroline Ashton eut un petit sursaut, comme si elle s’éveillait d’un cauchemar et alors, passa dans ses yeux une lueur qu’il reconnaissait sans peine.
C’était la peur.
Etait-il possible qu’elle soit venue le voir parce qu’elle avait besoin d’aide ? Cela paraissait tout à fait invraisemblable, mais Luke faisait plutôt confiance à son radar interne.
Caroline Ashton ne s’était pas encore assise. Aussi, il baissa les yeux vers le fauteuil qu’il venait de lui indiquer : une tache douteuse maculait la moleskine verte. D’ordinaire, il n’y aurait pas prêté attention, mais Caroline Ashton était une visiteuse bien trop sophistiquée pour s’asseoir dans un fauteuil sale.
— Hum, bredouilla-t-il. Donnez-moi une minute, je vais trouver quelque chose pour couvrir ça.
— Ne vous donnez pas cette peine, répondit-elle, ça va très bien…
Et avant qu’il ait pu réagir, elle s’assit.
Surpris, il s’adossa à son fauteuil et étendit ses jambes devant lui dans une position d’écoute et d’attente. Mais de nouveau, sa visiteuse garda le silence. Longtemps. Les riches avaient décidément de drôles de manières…
— Que puis-je pour vous, madame Ashton ? demanda-t-il pour faire avancer les choses.
— Je… j’ai besoin…
Elle ferma, puis rouvrit rapidement les paupières, comme si elle souffrait.
— Je voudrais engager un garde du corps.
Elle paraissait très nerveuse, il l’étudia avec attention.
— Je pensais, confia-t-il un peu absurdement, que vous vous étiez peut-être perdue et que vous étiez entrée par hasard…
— Pas du tout. J’ai besoin de protection.
Ces mots et les accents désespérés de sa voix retentissaient comme autant de sonnettes d’alarme, nota Luke. Pourtant, il redoutait encore d’avoir mal compris. L’épouse d’un milliardaire ne pouvait certainement pas demander la protection de Dawson Security Service.
— Madame Ashton, ce n’est un secret pour personne dans notre métier que votre mari a un contrat exclusif avec Stellar-Security, l’une des plus importantes sociétés spécialisées de la ville et mon principal concurrent.
Il eut un rapide regard vers Mitch, dont le visage s’était figé au nom de son ancien employeur. Mitch haïssait la Stellar, mais ne lui avait jamais vraiment expliqué pourquoi. Aussi Luke en était-il réduit à des suppositions.
— J’aimerais pouvoir vous dire que nous ferons mieux qu’eux, continua-t-il, mais en toute honnêteté, nous ne jouons pas dans la même cour, faute d’avoir les mêmes moyens. J’emploie cinq agents habilités à la fonction de garde du corps, en dehors de moi-même. Stellar en a des dizaines. Naturellement, si cela peut vous aider, je peux les appeler de votre part et leur expliquer que vous vous sentez menacée.
Caroline secoua vigoureusement la tête, les yeux comme agrandis de frayeur.
— Non, ne les appelez pas, dit-elle d’une voix pressante. Ils sont les derniers au monde en qui je peux avoir confiance.
Luke fronça le sourcil.
— Pourquoi donc ? Ils travaillent pour vous.
Pour la première fois depuis qu’elle était entrée dans son bureau, elle le fixa avec attention. Son air égaré s’était évaporé pour faire place à un regard clair et intelligent, comme si, un instant auparavant, elle jouait un rôle qu’elle avait décidé d’abandonner.
— Non, monsieur Dawson, dit-elle nettement, ils ne travaillent pas pour moi. Ils travaillent pour mon mari.
Cela lui arrivait rarement, mais là, Luke était surpris. Cette femme avait-elle précisément peur de son mari ? Il n’était pas un grand lecteur de magazines à scandale mais de par son métier, il était bien obligé de toujours laisser traîner une oreille dans les endroits où il pouvait recueillir des informations sur des clients potentiels. Or, jamais une indiscrétion sur une mésentente entre les Ashton n’était parvenue jusqu’à lui.
Au contraire, même. On disait partout que Richard Ashton était pratiquement un saint et que son épouse, en revanche, était une personnalité moins… exemplaire que lui à beaucoup de points de vue. Il se murmurait qu’elle était nerveuse, d’humeur changeante, imprévisible et que lorsqu’ils paraissaient ensemble quelque part, c’était toujours lui qui lui manifestait de la tendresse d’une façon très touchante.
Luke étudia avec attention le visage de sa visiteuse. Son teint était frais, à peine relevé par un maquillage discret, sans les couches épaisses qui trahissent toujours une tentative de masquer des bleus. Elle portait des manches longues, mais en dessous de sa jupe très sage, il n’y avait pas trace de coups ou de cicatrices. Rien, dans son apparence, ne pouvait laisser soupçonner qu’elle ait des raisons de redouter son mari.
Alors Caroline Ashton venait-elle le voir avant de divorcer, afin de rassembler des renseignements qui lui permettraient d’accuser son mari ? Oui, peut-être… Sauf qu’il y avait une peur bien réelle dans ses yeux. Réelle et fondée, certainement. Il aurait risqué sa licence professionnelle, là-dessus.
Toutefois, il procéda comme il l’aurait fait avec n’importe quel autre client, recherchant des faits, quitte pour cela à user d’un peu de provocation.
— Laissez-moi deviner. Vous comptez entamer une procédure de divorce et vous désirez la protection d’un garde du corps jusqu’à ce que le jugement soit rendu.
De nouveau, elle ouvrit de grands yeux.
— Je n’ai encore rien décidé, mais c’est mon intention finale, oui. J’ai loué une maison en dehors de la ville, je m’y rendais, justement. J’ai besoin que quelqu’un reste avec moi pour me protéger jusqu’à ce que les choses… soient fixées.
Luke fut un peu déçu de cette réponse. Peut-être s’était-il trompé sur cette terreur, dans ses yeux. Peut-être Caroline Ashton était-elle simplement comme toutes les femmes qui désiraient ternir la réputation de leur époux afin d’obtenir un jugement du tribunal financièrement favorable.
— Il vous faut un garde du corps tout de suite ?
— Oui.
Il se redressa sur son siège. Malgré ses réticences, il pouvait difficilement refuser une cliente qui le paierait certainement rubis sur l’ongle. Il avait trop de factures impayées pour sélectionner ses contrats. En outre, partir en mission sur-le-champ n’était pas un problème : il gardait toujours au bureau un sac avec quelques affaires ainsi que des munitions supplémentaires. Dans ce cas, Mitch savait parfaitement ce qu’il avait à faire : le travail de protection commençant à l’instant même, Luke devait garder les mains libres pour réagir à toute attaque, aussi était-ce son ami et collègue qui se chargerait de porter le sac dans la voiture. C’était tellement habituel et routinier que Mitch avait déjà la sangle dudit sac à l’épaule.
— Nous pouvons partir dès que vous aurez signé le contrat, madame Ashton. Voulez-vous que nous prenions votre voiture ou la mienne ?
Caroline Ashton se mit à rougir légèrement.
— Monsieur Dawson… N’y voyez aucun jugement de ma part, mais… est-ce que vous n’êtes pas… un peu petit ? Est-ce que vous ne pourriez pas désigner quelqu’un d’autre pour assurer ma protection ?
Luke la fixa, hébété. Il échangea le même regard avec Mitch, qui n’en revenait pas, lui non plus.
Finalement, il croisa les bras sur sa poitrine et répondit :
— Franchement, madame Ashton, du haut de mes trente ans, c’est bien la première fois que quelqu’un me trouve petit… Je mesure un mètre quatre-vingt-neuf pour un peu plus de cent kilos. De muscles, principalement, si vous me permettez de le préciser. Je n’en tire aucune gloire particulière, c’est simplement une nécessité dans ma profession. J’ai été champion de boxe au lycée et à l’université. J’ai suivi de nombreux entraînements au combat rapproché, à mains nues ou avec une arme. Armes, dont par ailleurs je possède un permis de port légal. Je suis d’un excellent niveau au tir, je m’entraîne très régulièrement et je vous assure que je sais tout de la protection rapprochée des biens ou des personnes. C’est pourquoi, lorsque j’affirme que je peux assurer la vôtre, je pense que vous pouvez me croire.
Caroline Ashton s’éclaircit poliment la gorge, sans paraître vraiment impressionnée par ces explications.
— Avez-vous jamais rencontré mon mari ?
— Pas en personne. J’ai vu des photos de lui et des vidéos, naturellement.
— Richard est très… très grand, très large d’épaules, très fort, très déterminé aussi. Il peut se montrer très dangereux. Il est extrêmement… Enfin… S’il devait… Si jamais…
Elle eut un douloureux soupir.
— J’ai besoin de savoir si vous vous jugez capable de réellement vous opposer à lui, si… s’il venait me chercher.
Cette fois, la peur ne faisait plus aucun doute, dans ses yeux, comme dans sa voix. Elle était palpable, évidente. Caroline Ashton semblait déjà résignée à la soumission.
Elle tordait nerveusement ses doigts et la bague en diamants qu’elle portait à l’annulaire étincela brièvement dans la lumière. Luke y jeta un coup d’œil. La pierre aurait vraisemblablement payé le loyer de son bureau et celui de sa maison pour toute une année, au moins.
Mais ce n’était pas pour cette raison qu’il devait convaincre sa propriétaire de l’engager, lui.
Il le devait, car de toute évidence, les craintes de cette femme étaient fondées. Elle semblait même avoir peur pour lui, ce qui était particulièrement touchant. En général, les clients ne se sentaient guère concernés que par leur propre sécurité et non par celle de leurs gardes du corps. Caroline Ashton méritait sa protection car il était l’un des meilleurs dans sa profession, il en était persuadé. Elle méritait ce qu’elle n’avait pas dû connaître depuis bien longtemps : quelqu’un qui la protège et l’écoute, en qui elle puisse avoir toute confiance et qui soit son allié.
Il attendit qu’elle relève les yeux vers lui pour parler.
— Madame Ashton, il est possible que votre mari soit plus grand que moi et même plus large, mais le combat rapproché n’est pas qu’une affaire de taille, ni même de force. C’est une question d’entraînement, d’expérience et de stratégie. Je n’ai pas le moindre doute de pouvoir lui résister et même de le neutraliser… si nous devions en arriver là. Car la meilleure stratégie est encore d’éviter le combat, tant que cela est possible. Si vous m’engagez comme garde du corps, je vous protégerai au péril de ma vie. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir et au-delà pour que vous soyez toujours en sécurité et je ferai en sorte que votre mari ne s’approche plus jamais de vous. Vous avez ma parole, et je la tiens toujours.
Des larmes se mirent à briller dans les yeux de Caroline Ashton. Il faillit l’attirer contre lui et la serrer dans ses bras.
— Merci, murmura-t-elle, la voix toute tremblante d’émotion et d’un évident soulagement. Oh ! Merci !
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