Charlotte Delbo

Gelly · Chapitre 35 sur 45

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Charlotte Delbo

Chapitre 34

Nous les victimes d’un fou sanguinaire, nous qui pensions que la fin du fou sanguinaire signifiait la fin du système concentrationnaire, il nous faut maintenant vivre avec cette vérité-là : il y a encore des camps. Vérité insupportable.

Pour abattre nos barbelés, il a fallu la coalition, dans une guerre mondiale, des nations les plus puissantes, de leurs armées, la mobilisation de toutes leurs ressources industrielles, et la résistance des peuples subjugués. Sans la victoire militaire, nous périssions tous. Nous, derrière nos barbelés, nous pouvions compter sur la défaite de Hitler. Pour nous elle était certaine. L’espoir nous donnait la force de tenir. […] Alors comment tiennent-ils ceux qui sont enfermés dans les camps de Sibérie, condamnés pour des années ? Quel espoir leur donne la force de lutter pour survivre jusqu’à une libération dont la date recule tout le temps ? Qui les tirera de là ? Qui fera tomber barbelés et miradors ? Quand, grâce à quelles circonstances, sera aboli le régime concentrationnaire, cette honte qu’on n’associait qu’au seul nazisme ? Personne ne fera une guerre pour eux, on ne voit pas que le système politique s’effondre, nos protestations sont vaines.

Les chants glacés de la Kolyma nous glacent le cœur [LM, 137].

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