Charlotte Delbo
Chapitre 43
Le 27 janvier 2005, le nouveau pavillon français du musée mémorial d’Auschwitz, inauguré par Jacques Chirac à l’occasion du soixantième anniversaire de la libération du camp, s’ouvre sur cinq grandes photos, cinq visages emblématiques de la déportation française. Dont celui de
Charlotte Delbo . 1
Le 8 mars 2008, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la mairie de Paris et les Monuments nationaux ornent le Panthéon de neuf visages de femmes. À l’exception de Marie Curie, aucune d’entre elles ne repose dans ce temple de la patrie reconnaissante. Sur la façade s’alignent George Sand, Colette, Simone de Beauvoir, Louise Michel… et Charlotte Delbo. Non, la mémoire de cette femme ne s’est pas perdue. Elle s’est seulement estompée. Ici ou là, sous l’influence de gens qui l’admirent et la lisent encore, elle réapparaît, sans avoir jamais perdu de son rayonnement.
Le 3 février 1995, à 19 h 30, France Culture reçoit Marie-Claude Vaillant-Couturier et Geneviève de Gaulle dans l’émission Agora. La voix de la présentatrice lance : « Et maintenant, à vous les comédiennes ! » Ce jour-là, dans cent cinquante-quatre communes de France, dans des salles de mairie, sur des places, sous des préaux d’école, la voix de Charlotte s’élève. Dix ans presque jour pour jour après sa mort, un vaste et inouï projet littéraire, poétique et théâtral de lectures publiques lui rend hommage. À la démesure de son talent, à la démesure de son œuvre. Le projet a été conçu et réalisé par la compagnie Bagages de sable, codirigée par Claude-Alice Peyrottes et Patrick Michaëlis, qui ont rencontré l’œuvre de Delbo grâce au comédien Yves Thouvenel. Leur envie : faire lire, le même jour, à la même heure, dans toutes les communes d’où sont originaires les déportées du convoi du 24 janvier 1943, la biographie de chacune d’elles et la trilogie Auschwitz et après. Cent cinquante-quatre lieux, trois cent vingt comédiennes qui se relaient
la nuit durant … Trois cents voix qui s’élèvent dans les ténèbres et 2
égrènent ces histoires passées jusqu’au lever du jour. Tant que leur souvenir perdurera à travers nos mémoires, Charlotte Delbo aura réussi la mission que ces mortes lui avaient assignée : dire, raconter. Tant que leurs amours, leurs engagements, leur solidarité resteront gravés dans nos souvenirs, Charlotte Delbo sera toujours vivante.
1- À ses côtés, le sénateur Pierre Masse, Juif français de longue date ; un adolescent de la
famille de Sarah et Hersch Beznos, immigrés en 1903 pour fuir les pogroms de la Russie tsariste ; Grégory Halphern, neuf ans, enfant caché à Izieu ; Jean Lemberger, résistant juif de la FTP-MOI (Main-d’œuvre immigrée).
2- Sur cet exploit théâtral, lire l’ouvrage coordonné par Claude-Alice Peyrottes à l’initiative de
la compagnie Bagages de sable : Sylviane Gresh, Les Veilleuses, suivies de Dominique Paquet, Un événement sans réponse, et des carnets de la compagnie Bagages de sable rédigés par Patrick Michaëlis, avec la participation de Nicole Cantagrel, Brigitte Corre et Jean-Claude Mathon, Éditions Le Bruit des autres, 1997.
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