Commandant en chef - Tome 2

Tom Clancy · Chapitre 9 sur 41

Pages du PDF

Commandant en chef - Tome 2

Chapitre 50

50

 

PETE BRANYON savait qu’il avait plusieurs côtes brisées, toutes du côté droit. Il sentait un drôle d’élancement douloureux chaque fois qu’il respirait, même avec précaution. Il avait également au moins une dent cassée, ce qui n’était déjà pas agréable en soi, mais devenait encore pire avec un bâillon : il s’était échiné cinq bonnes minutes à essayer de l’expulser à travers le tissu pour ne pas risquer de l’avaler. Tout cela, plus un coup sur le nez, devenu tout gonflé et ensanglanté, l’avait conduit ces dernières minutes à ne pas se concentrer sur grand-chose sinon tâcher de respirer.

Il réussit finalement, à l’aide de sa langue, à chasser de sa bouche le fragment de dent cassée qui, contournant le bâillon, échoua sur sa lèvre inférieure où il resta collé par le sang qui avait pissé de son nez.

Dix minutes plus tôt, il s’était pris un coup de crosse sur la tempe pour avoir tenté de s’échapper par l’arrière du camion pendant qu’il roulait. Les côtes cassées provenaient de l’assaut initial, quand on l’avait extrait, estourbi, du Mercedes et que son flanc avait heurté le marchepied du 4 × 4.

Il ne se souvenait plus comment il s’était esquinté le nez, ce qui devait vouloir dire que c’était survenu avant que la grenade assourdissante le laisse complètement hébété une bonne dizaine de secondes. Merde, pour autant qu’il sache, il s’était peut-être bien pris un coup de poing ou de crosse dans le blair au moment même où les types se précipitaient pour s’emparer de lui.

Et à présent, malgré la douleur et la désorientation complète, il commençait à saisir le plan de ses ravisseurs. Ils allaient abaisser la nacelle après qu’elle eut enjambé le grillage séparant les deux pays, le fourrer dans le godet et le ramener de l’autre côté.

Putain de merde ! s’exclama mentalement le chef d’antenne. Son sort personnel passait au second plan ; en fait, il n’y songeait même pas en cet instant. Non, ce qui lui traversait l’esprit, c’était la liste de tous les agents de son réseau, des clandestins de la CIA sous ses ordres, des officiers du SSD, le renseignement lituanien avec qui il avait collaboré dans le pays, sans compter les dizaines d’autres espions, ressources, indics et bien sûr les codes, les planques et autres informations sensibles.

Il savait qu’il ne pouvait pas se laisser emmener de l’autre côté de la frontière. Du moins, tant qu’il était encore vivant.

Alors qu’ils le poussaient vers la nacelle, les épaules à moitié déboîtées tant ses liens dans le dos étaient serrés, il décida de tenter une nouvelle fois de s’échapper, prendre la fuite, cette fois dans l’obscurité de ces bois. Il savait qu’il ne ferait pas quinze mètres, mais il se dit qu’avec un peu de chance, il amènerait un de ces types armé aux nerfs à vif à lever par réflexe son arme et à l’abattre.

Les morts ne racontent pas d’histoires, et Branyon savait qu’il en avait la tête farcie.

À cinq ou six mètres du grillage, l’un des deux hommes qui le maîtrisaient, une main sur son épaule, relâcha un instant sa prise. Branyon s’était montré docile depuis qu’ils l’avaient tabassé après sa tentative d’évasion avortée depuis le camion, ce qui avait conduit le bonhomme à baisser quelque peu sa garde, maintenant que l’entourait au moins une demi-douzaine de ses camarades.

Branyon fit encore deux pas dans la gadoue, puis il baissa la tête et donna un violent coup d’épaule gauche contre le type, se libérant du coup de l’autre ravisseur. Sous le choc, le type de gauche s’effondra dans la boue, ce qui lui permit de tourner les talons, pour s’éloigner de la clôture et des hommes armés postés là ; il se mit à dévaler le chemin d’accès à la cabane, en sens inverse de celui emprunté par les camions.

Ding avait sorti de sa poche la télécommande du Land Cruiser. De l’autre main, il avait braqué son arme sur le groupe de quatre hommes postés près du grillage, à sept ou huit mètres de la nacelle élévatrice, puis pressé le bouton de démarrage à distance du moteur.

Une seconde plus tard, les phares du 4 × 4 resté garé deux cents mètres en retrait derrière les arbres illuminèrent la scène, projetant des ombres fantomatiques à travers la végétation. Instantanément, plusieurs des hommes postés près de la clôture se retournèrent pour regarder en direction de la lumière.

Les autres s’étaient lancés à la poursuite d’un homme en train de courir sur le chemin en direction de Chavez.

Ding comprit qu’il s’agissait de Branyon et que ses poursuivants seraient sur lui d’ici quelques secondes.

Les phares éclairaient moyennement mais c’était suffisant pour permettre à Chavez de voir le guidon et le cran de mire de l’AK-47 et de viser le groupe d’hommes. Il abaissa le sélecteur de tir sur semi-automatique et ouvrit le feu.

Dom Caruso savait que les phares du Land Cruiser étaient le signal de Chavez pour passer à l’action. Dom s’était pour sa part écarté beaucoup plus à l’ouest qu’il n’en avait eu l’intention, mais le bruit de l’averse et le sol de la forêt relativement dégagé en cet endroit lui avaient permis d’évoluer bien plus aisément que prévu.

Tandis que la fusillade avait commencé du côté de Chavez, Caruso s’apprêtait à engager l’homme le plus proche de lui. Mais c’est à cet instant que les deux camions s’ébranlèrent. Ils se dirigeaient en cahotant vers le groupe d’hommes réunis autour de la nacelle élévatrice, soit pour leur permettre de grimper dessus ou alors pour leur servir de protection.

Très vite, Caruso eut une idée. Il centra son canon sur le chauffeur du premier véhicule et tira un seul coup. À cinquante-cinq mètres, il atteignit le chauffeur à la tempe droite et celui-ci s’effondra contre la vitre de son côté, avant de glisser vers le plancher de la cabine.

Son engin continua de rouler vers le groupe. Caruso savait que ça constituerait une distraction supplémentaire pour ces neuf tireurs, distraction dont Chavez, Branyon et lui pouvaient aussitôt tirer parti.

Il glissa le pouce droit sur le sélecteur de tir et le bascula vers le haut, sur la position tir en rafale. Alors que des tirs de riposte se dirigeaient vers Ding Chavez, Dom Caruso aligna un groupe d’hommes accroupis devant la clôture et appuya sur la détente.

Chavez se retrouva derrière un arbre, face contre terre. Il était bougrement impressionné par la qualité de tir de ces types, à soixante-dix mètres de distance. Ils avaient repéré à travers les arbres les éclairs à la bouche de son canon et l’avaient parfaitement épinglé en l’affaire de quelques secondes.

Conscient de n’avoir plus d’autre choix que le repli, il se releva précipitamment pour se mettre à courir en zigzag à travers bois, battant en retraite. Il entendait le crépitement des rafales derrière lui, les balles siffler à ses oreilles, mais il continua de courir quelques mètres encore avant de plonger et glisser au sol entre deux arbres. Là, il s’aplatit, se retourna, et cette fois se servit du viseur infrarouge scotché contre le flanc de son arme.

Il distingua aussitôt des hommes tapis au loin, en vit d’autres à genoux, la plupart en train de tirer vers l’ouest, en direction de Dom Caruso. Les lueurs de départ des armes étaient éblouissantes sur l’écran de son viseur électronique.

Il distingua également une autre forme qui gisait du côté est du chemin forestier, tapie dans un étroit fossé. L’homme avait les deux mains ligotées dans le dos. Peter Branyon, sans aucun doute.

Ayant embrassé toute la scène, Chavez roula de l’autre côté du pin derrière lequel il s’était caché et vida son chargeur en tir automatique, arrosant tout le secteur proche de la clôture où se trouvaient les autres tireurs. Quand son chargeur fut vide, il se blottit contre le tronc pour en introduire un autre. Son dernier.

Lorsqu’il ne lui resta plus que quelques cartouches dans le second chargeur, Caruso jeta un bref coup d’œil à l’écran de son monoculaire et vit un homme sortir de la cabine de la plate-forme élévatrice pour passer la tête par-dessus la clôture. Il pointa un pistolet dans la direction empruntée par Branyon pour s’enfuir, vers le chemin gravillonné. Caruso regarda dans son viseur électronique pour l’aligner sur l’éclair de l’arme de poing du type, puis il décala le canon de quelques millimètres vers la droite. Il pressa trois fois la détente, aussi vite que le lui permettait le recul de l’AK, tout en continuant de maîtriser la direction de son tir.

Nouveau coup d’œil au viseur électronique ; il ne vit plus personne lorgner par-dessus la barrière. Il ne pouvait être certain d’avoir touché l’opérateur de la plate-forme élévatrice ou si quelqu’un d’autre savait se servir de la machine, mais il avait bien l’impression d’avoir offert à Branyon un répit.

Dom enclencha l’ultime chargeur tout en filant à travers bois pour rejoindre Chavez, Branyon et le Land Cruiser.

Pete Branyon gisait face contre terre dans la boue du fossé tandis que les rafales crépitaient tout autour de lui. Juste devant lui, un de ses ravisseurs gisait sur le flanc, plaquant désespérément la main contre son cou tandis que le sang jaillissait par saccades entre ses doigts.

Branyon ne s’était jamais retrouvé en plein combat ; il n’avait jamais vu mourir quelqu’un. Il ne pouvait pas se faire aux bruits immondes qu’il entendait tout autour de lui et il ne voyait absolument pas comment s’en sortir. Il ne savait pas au juste qui ripostait contre ses agresseurs mais il songea un bref instant à se relever au milieu de la fusillade, avec l’espoir de recevoir, qui sait, une balle dans la tête pour ne pas être traîné de l’autre côté de la frontière.

Mais il chassa cette idée. Quelqu’un derrière les arbres se battait comme un beau diable pour le défendre ; il comprit alors que le moins qu’il pût faire en retour était à coup sûr de ne pas commettre un putain de suicide, là, en pleine bataille.

Chavez avait joué à saute-mouton d’un arbre à l’autre, toujours vers sa droite, pour s’éloigner de Branyon et ainsi détourner les tirs de l’homme ligoté étendu dans le fossé. Ding ne pouvait progresser que de trois ou quatre pas à chaque fois, puis se jeter à terre, faire un roulé-boulé jusqu’à une nouvelle planque improvisée et aussitôt relever la tête, juste le temps de viser. La forêt était en effet si épaisse qu’il ne pouvait pas simplement attraper l’arme calée dans son dos pour la braquer vers la cabane et les camions afin de les arroser : ses balles n’auraient touché que d’autres troncs d’arbres. Non, il devait sélectionner ses cibles, se guidant à l’éclair des coups de feu, avant de tirer trois ou quatre cartouches dans leur direction. Il savait qu’il épuisait ses munitions trop vite par rapport au nombre d’adversaires, mais en créant lui-même toute une série de coups de feu depuis quantité de positions différentes dans les fourrés, il espérait leur donner l’impression d’être confrontés à une opposition plus nombreuse, ce qui pourrait les encourager à garder la tête baissée et ainsi ralentir leurs tirs de riposte.

Il fit un nouveau bond sur la droite, glissa au sol, visa les éclairs au loin. Il pressa la détente de l’AK-47… et l’arme resta muette.

Il était à court de munitions.

C’est à cet instant qu’il entendit un bruit dans les arbres à sa droite. Il saisit le Glock passé à sa ceinture et le sortit, mais avant qu’il ait pu le braquer dans la direction des pas qui approchaient, une voix lui lança : « Tire pas, frangin ! C’est moi. »

Caruso vint se couler à ses côtés sur le tapis de feuilles humides et boueuses. Il avait lui aussi son flingue à la main.

« T’es touché ?

– Non, ça va, mais ces salauds savent tirer, c’est sûr ! »

Juste à cet instant, un gros morceau d’écorce de pin se détacha, un mètre au-dessus de Caruso. Les deux hommes rentrèrent encore un peu plus la tête dans les épaules.

« Sans blague, reprit ce dernier, on a sacrément réduit le cheptel. Je crois bien qu’il n’en reste plus que quatre ou cinq. As-tu vu le chef d’antenne ?

– Ouais. Il est dans un fossé, le long de la route. Vivant, enfin, la dernière fois que je l’ai aperçu.

– Que veux-tu faire ? »

Chavez n’hésita pas. Il sortit de sa poche la télécommande et la posa dans la main de Caruso. « Tu cours plus vite, je tire mieux.

– Et donc ?

– Je récupère Branyon. Tu récupères le 4 × 4. Éteins les phares et avance jusqu’à cinquante mètres de la cabane. Je serai là avec lui. Ou bien tu ne verras personne. Si c’est le cas, tu files sans te retourner.

– Entendu », répondit simplement Dom, et il se releva pour courir rejoindre le Land Cruiser garé derrière les arbres.

Chavez ne croyait absolument pas que Caruso les abandonnerait, Branyon et lui, si jamais ils ne se pointaient pas à l’endroit prévu. Non, Caruso se battrait jusqu’à son dernier souffle pour sauver son compagnon et le chef d’antenne.

Chavez rechargea le Glock, se releva d’un bond et se remit à sauter d’un arbre à l’autre pour revenir vers Peter Branyon.

Profitant d’une pause dans les tirs, Branyon réussit à s’extraire du fossé, les bras toujours ligotés dans le dos, puis il roula vers les arbres sur sa droite. Il se trouvait désormais à une quinzaine de mètres de l’endroit d’où il avait entendu provenir les derniers tirs derrière lui, près de la clôture ; pas bien loin, certes, mais en tout cas, c’était vers l’avant que la voie était libre.

Alors qu’il s’apprêtait à se relever pour détaler, il entendit de nouvelles rafales, provenant de plusieurs armes, mais toutes situées derrière lui.

Il décida d’interrompre sa fuite et de se tapir au sol, mais il devait agir avec précaution, entravé qu’il était. Alors qu’il commençait à se baisser, les détonations des balles et le crissement des fragments d’écorce arrachés aux arbres redoublèrent autour de lui.

Il tomba à genoux, se laissa basculer vers l’avant. C’est à ce moment qu’il ressentit un coup incroyable à hauteur de l’épaule droite – si violent qu’il le fit pivoter et qu’il atterrit sur le dos sur le sol mouillé.

Il lui fallut un instant pour comprendre qu’il avait reçu une balle mais quand il s’en fut rendu compte, son calme le surprit. Il resta étendu sans bouger, contemplant les ténèbres au-dessus de lui, sentant la pluie frapper son visage, attendant que la douleur s’éveille là où il n’avait jusqu’ici ressenti qu’un choc sourd.

Mais il n’y eut pas de douleur.

Il entendait à présent une nouvelle fusillade, plus près cette fois, et de l’autre côté. Quelques secondes plus tard, il vit des éclairs lumineux alors que quelqu’un se tenait juste au-dessus de lui pour tirer. Il n’en voyait guère plus, la lueur l’avait aveuglé mais il sentait les douilles rebondir sur son torse et il se demanda encore une fois pourquoi il ne réagissait pas aux balles criblant son corps.

Ce qu’il sentait à présent, en revanche, c’était une main, qui l’empoignait par son épaule blessée. Aussitôt, une décharge électrique jaillit de nulle part et l’aveugla, tandis qu’on le soulevait en l’agrippant par l’épaule.

Il se retrouva debout. On le tirait de force vers l’arrière, et les tirs continuaient, venus cette fois du pistolet de l’homme qui l’emmenait.

Branyon courait du mieux qu’il pouvait, chancelant, se servant de l’inconnu pour garder son équilibre.

Tous deux avaient dû courir trente secondes quand l’homme le fit brutalement s’arrêter au bord du chemin.

Des tirs sporadiques venaient à présent de la cabane dans leur dos, mais le chef d’antenne prit conscience que l’homme à côté de lui avait cessé de riposter.

« Tirez, enfin ! s’écria Branyon.

– Je suis à court de munitions. Notre chauffeur devrait arriver dans une seconde. Eh, vous êtes touché ? J’ai la main couverte de sang. »

Branyon reconnut alors la voix de Domingo Chavez.

Dans l’obscurité, un véhicule noir s’immobilisa en dérapant légèrement juste à leur hauteur. Aussitôt, Branyon entendit s’ouvrir une portière, puis le bruit d’une balle pulvérisant le pare-brise.

Chavez le jeta sur la banquette arrière, puis il l’enjamba précipitamment pour s’installer de l’autre côté, percutant au passage son épaule blessée.

Le chef d’antenne de la CIA poussa un hurlement de douleur.

Chavez lança : « Démarre ! »

Le moteur s’emballa, le véhicule noir fit une embardée, projetant des gerbes d’eau et de boue, puis se mit à reculer en vrombissant en direction du nord.

Branyon essaya de se redresser pour s’asseoir mais Chavez le couvrit aussitôt de son corps pour le maintenir couché. « Arrêtez de gigoter, Branyon ! On n’est pas encore sortis de ce merdier ! »

Le Land Cruiser avait pris cinq balles dans la calandre, le moteur et le pare-brise, avant que Caruso ait pu, toujours en marche arrière, ressortir de la forêt et opérer enfin un demi-tour, rallumer les phares et écraser l’accélérateur. Ils filèrent sur le macadam pour rejoindre Tabariškės ; de là, ils retrouveraient la route à deux voies goudronnée qui les ramènerait droit à Vilnius.

Chavez s’occupa de l’épaule de Branyon avec sa trousse médicale. Un pan entier de peau ensanglantée, de la taille d’une peau de pêche épluchée, pendouillait du deltoïde arrière droit.

« Putain ! Ça fait mal ! hurla Branyon.

– Je veux bien le croire, répondit Chavez. Mais ça ira. Vous avez peut-être une fracture de la clavicule, mais vous n’en mourrez pas.

– Putain ! » répéta Branyon, la douleur occasionnée par les trifouillages de Chavez dans sa blessure ouverte était presque insupportable. Puis il annonça : « Donlin est mort.

– Ouais, confirma Chavez. On l’a tous vu s’effondrer. J’ai essayé de vous prévenir mais ils brouillaient toutes les communications, mobiles comme satellites. »

Branyon regarda Chavez, étonné. « Vous plaisantez !

– Non. Pourquoi ? Ils ont essayé de vous enlever, vous, un responsable de la CIA, et vous faire passer de l’autre côté de la frontière. Pourquoi cela vous surprend-il que les Russes brouillent également les communications dans le secteur ? »

De nouveau, Branyon grimaça de douleur quand Chavez enfouit une compresse coagulante dans la plaie ouverte. Quand il eut retrouvé ses esprits, il expliqua : « Parce que ce n’étaient pas des Russes. »

Ding, assis à ses côtés, tout comme Dom, au volant, s’exclamèrent en chœur : « Qu’est-ce que vous racontez ? »

Branyon hocha la tête. « Ce n’étaient pas des Russes. Pas non plus des Biélorusses.

– Vous avez perdu pas mal de sang, vieux. Vous n’avez plus les idées claires. »

Branyon esquissa un haussement d’épaules, mais la douleur le fit presque vomir. Après quelques secondes, il répondit :

« J’ignore quelle langue ils parlaient mais ce n’était pas du russe. Ça aurait pu être du tchèque, du bulgare, du serbo-croate, enfin une autre langue slave. Mais sûrement pas du russe.

– Vous ont-ils adressé la parole ?

– Pas un mot. Avec moi, c’était coups de crosse et compagnie. »

Le 4 × 4 continuait de foncer sous la pluie, s’éloignant à présent de la frontière. À la lumière des infos données par Branyon, Dom et Ding se rendirent compte qu’ils n’avaient pas la moindre idée de ce qui venait de se passer.

OceanofPDF.com