Commandant en chef - Tome 2
Chapitre 77
77
TERRY WALKER n’avait pas été informé de l’évasion de sa famille mais il vit la panique sur les traits de Limonov et Kozlov, et il comprit qu’il était arrivé quelque chose. Assis devant son ordinateur, il effectuait ses transactions, expédiant des milliards de dollars sur des comptes invisibles, fort probablement pour le président russe. Mais dans le même temps, il gardait un œil sur ses ravisseurs, cherchant à deviner ce qui se passait.
Bientôt Kozlov prit à part les quatre agents de sécurité, puis ces derniers sortirent dans le couloir. Au début, Walker ignora ce qu’ils mijotaient, mais quand il demanda à se rendre aux toilettes, Kozlov dégaina son pistolet et le conduisit lui-même au bout du couloir, en passant devant les quatre hommes ; tous avaient dégainé et braquaient leurs armes sur l’ascenseur et la cage d’escalier.
Il avait demandé à Limonov ce qui se passait mais le comptable russe refusait de lui adresser la parole. Il se contentait d’effectuer ses calculs tout en se rongeant les ongles, de discuter en russe avec Kozlov, avec l’air d’être au bord de l’apoplexie.
Quand vint le moment de vider les lieux, la journée achevée, les sept hommes descendirent pour regagner leurs véhicules. Walker marchait au milieu de la file ; il était le seul à ne pas être armé.
Dès que l’un des vigiles eut introduit sa clé dans la serrure de portière d’un des Land Rover, les faisceaux rouges de lasers de visée surgirent de plusieurs directions ; les vigiles brandirent aussitôt leurs pistolets ; puis les hommes se mirent à tournoyer et à s’effondrer, l’un après l’autre.
Les quatre agents étaient morts en moins de deux secondes ; les éclairs venus de l’autre bout du parking étaient le seul indicateur de l’origine des tirs mais Walker n’avait pas entendu la moindre détonation. Il se jeta au sol. Au-dessus de lui, Kozlov n’eut le temps de tirer qu’une fois avant de s’effondrer, tête la première, sur le sol du parking.
Walker resta allongé près de lui, les yeux hermétiquement fermés ; ceux de Kozlov étaient restés ouverts, vacants dans la mort.
Limonov voulut fuir mais des éclats de bitume jaillirent du sol devant lui et il s’immobilisa, leva les mains en l’air. Son torse était constellé de points rouges de lasers.
Walker referma les yeux en priant pour que ce soit la fin de l’horreur.
Peu après les avoir rouverts, il se retrouva assis avec sa femme et son fils dans un canapé à bord d’un luxueux avion d’affaires Gulfstream. Ils n’auraient pas pu se tenir plus serrés les uns contre les autres et Walker promit à ses accompagnateurs fort intimidants qu’il répondrait à toutes leurs questions, procurerait toute l’aide voulue, révélerait tous les détails possibles qu’ils pourraient lui réclamer. Il quitterait les îles Vierges britanniques et n’y reviendrait plus jamais ; il ne voulait surtout plus avoir affaire au type ligoté à son siège, à l’avant de la cabine.
Jack Ryan Junior était assis en face d’Andreï Limonov. Ce dernier aurait pu reconnaître le fils du président, après tout, ça arrivait de temps à autre, si ce n’était qu’il avait les yeux bandés.
Comme il était pâle de terreur, Jack avait décidé de jouer là-dessus.
« Limonov, vous n’avez pas le choix, commença Jack. Vous êtes fichu. »
Le Russe humecta ses lèvres desséchées.
« En fait, j’ai bel et bien un choix. Pour moi, c’est assez simple. Je redoute infiniment plus Valeri Volodine que Jack Ryan. »
Jack fut un instant désarçonné. Puis il comprit que l’homme parlait de son père.
S’étant ressaisi, il reprit : « Tu te méprends sur la situation, mon gars. On ne te conduit pas aux États-Unis. Tu ne vas pas à Guantánamo. Tu retournes chez toi. À Moscou. »
Limonov releva légèrement le menton et Jack crut déceler que sa lèvre tremblait. « Je ne comprends pas.
– Non ? Je parie que tu vas finir par trouver. Nous allons déposer ton gros cul au beau milieu de la place Rouge, le jour même où l’on apprendra aux nouvelles qu’un important financier russe en liens étroits avec le Kremlin est allé aux îles Vierges britanniques transférer huit milliards et qu’il a refilé les numéros de compte au FBI.
– Quoi ? Attendez, ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. Je n’ai rien donné du tout ! »
Jack se pencha vers lui. « Ton patron possède peut-être les médias en Russie, mais il ne possède pas ceux du reste du monde. Il ne faudra pas longtemps à Volodine pour apprendre ce qui s’est passé, ou peut-être devrais-je préciser, selon notre version des faits. Mais peu importent les détails… À ton avis, que va-t-il faire de toi ? »
Clark les avait écoutés depuis l’autre bout de la cabine mais il les rejoignit pour quelques instants et, se penchant derrière l’oreille gauche du Russe, il lui susurra : « Non, Limonov, on n’a même pas besoin de ton avis, parce que tu es encore loin du compte. Volodine a passé des décennies à apprendre les meilleures méthodes pour exercer sa vengeance sur qui le laisse tomber et je suis à peu près certain que lorsqu’il découvrira que les États-Unis ont accès à son fric, il sera bien plus en rogne qu’il ne l’a jamais été.
« Ta fin ressemblera à un putain de film d’horreur, mec, enchaîna Clark. Et ta mort sera ce qui te sera arrivé de mieux de toute ta vie.
– Non !
– Si tu collabores avec nous, si tu nous donnes les comptes et les détails de ton réseau, tu seras protégé. Sinon… ma foi, comme j’ai dit, pour toi, c’est retour à Moscou. À cette heure-ci, la semaine prochaine, quelqu’un sera en train de t’arracher un œil avec une paire de pinces. »
Limonov hocha lentement la tête. « Emmenez-moi en Amérique. Je vous dirai tout sur l’argent de Volodine. »
Ryan regarda vers le fond de la cabine et leva le pouce à l’adresse des autres. Personne ne comptait se rendre à Moscou mais la menace avait atteint son but.
L’USS James Greer faisait route au sud à vingt-deux nœuds. Il était en mode navigation silencieuse mais son allure relativement élevée annulait pour partie les efforts des ingénieurs mécaniciens pour rendre le bâtiment furtif. Les deux hélices du destroyer de la classe Arleigh-Burke étaient dessinées pour réduire le bruit, même à bonne allure, mais à une telle vitesse, les oreilles opérant sous les eaux de la Baltique au-devant d’eux pourraient détecter sa venue.
Le commandant Scott Hagen était conscient de prendre avec cette tactique un risque calculé mais il estimait que ça valait le coup. Après avoir patrouillé des jours durant dans les eaux lituaniennes, à essayer plus ou moins de se substituer aux bâtiments de la marine de ce pays, coulés dans la première moitié de la semaine, il avait finalement reçu l’autorisation d’aller patrouiller en haute mer. Sitôt l’ordre venu du commandant de la sixième flotte, il envoya ses hélicos Sea-Hawk devant lui dégager la route et il ordonna aux machines de lui fournir la vitesse maximale sans rendre parfaitement inutiles leurs mesures anti-sonar. La doctrine aurait voulu qu’il progresse plus lentement et redouble de précautions – de fait, la portée effective du sonar SQS-53 fixé sur la coque était réduite des deux tiers –, mais Hagen estimait que l’objectif de ce soir était moins une traque au sous-marin qu’une course contre la montre, d’où son insistance.
En outre, il avait la nette intuition de savoir où rôdait le danger dans la Baltique, et c’était droit devant, encore hors de portée de son navire, du moins pour quelques minutes encore.
Trente milles nautiques au sud du James Greer, la marine polonaise était en pleine bataille navale, et même si les Polonais pensaient avoir l’avantage, si l’on avait demandé à Hagen son opinion, il aurait répondu qu’ils venaient juste de prendre un tigre par la queue.
Les premiers jours du conflit, les Polonais étaient restés dans leurs eaux mais la côte nord-est de leur pays ne vivait et ne respirait que grâce à ses ports de la Baltique, et depuis que la guerre sous-marine avait débuté par le naufrage du cargo maltais Granite, bien peu d’autres bâtiments de commerce avaient osé s’aventurer dans les parages sud-est de la mer Baltique. Constatant qu’il était impératif pour leur économie de réouvrir les côtes de la Pologne au commerce, le gouvernement avait donné l’ordre à sa marine de sortir assurer la sécurité du trafic maritime.
On envoya donc un groupe de recherche et d’attaque – la réunion de bâtiments de surface et d’aéronefs aux capacités de lutte anti-sous-marine – balayer les eaux à l’ouest de Kaliningrad à la recherche de sous-marins russes. Un navire d’attaque rapide de la classe Orkan avait été positionné à l’est du reste du groupe. Dans les airs au-dessus de lui, l’un de leurs Mi-14
aux capacités de sonar « trempé 1 » avait détecté un contact sous-marin mais n’avait pas été en mesure de le désigner comme menace avec un degré suffisant de fiabilité, aussi l’Orkan décida-t-il de se rapprocher pour se joindre à l’hélico dans sa traque.
Sans avertissement, deux torpilles furent lancées depuis l’emplacement du contact possible, et même si le capitaine de l’Orkan réussit à en éviter une grâce à des manœuvres d’évasion, la seconde Type 53-65 propulsa hors de l’eau le petit bâtiment, tuant jusqu’au dernier ses trente-deux membres d’équipage.
Les Polonais avaient un autre hélico sur zone, un SH-2G Super Seasprite. Il se verrouilla sur le contact sous-marin, le déclara hostile et largua dans les eaux noires deux torpilles Mark 46.
Dans le même temps, une corvette polonaise avait reçu de l’hélico les données extraites de son système de guidage intégré et lancé à son tour une paire de torpilles vers l’objectif. Avec quatre armes convergeant simultanément sur ses coordonnées et provenant de deux directions différentes, le Kilo n’avait guère de chances d’en réchapper.
Les techniciens à bord du James Greer entendirent dans leur casque la fin du submersible russe et même s’ils étaient encore à quelque vingt-six mille nautiques de l’action, ils avaient l’impression de se retrouver dans la coque du sous-marin aux côtés de ses hommes condamnés.
Même s’il était naturel d’éprouver de l’empathie pour les mourants, tous les techniciens sonars à bord du Greer savaient que les sons horribles entendus dans leur casque étaient ceux de la justice. Après tout, c’étaient les Russes qui avaient commencé cette connerie, et ils avaient tué quantité d’innocents.
Le commandant Hagen ne prit aucunement part à ces célébrations. C’est avec flegme qu’au poste de commandement et de renseignement, il écouta les haut-parleurs au plafond et regarda la table traçante numérique disposée devant lui annoncer la fin du sous-marin russe, car il songeait déjà à la seconde menace sous-marine, le second Kilo. Au cours de leurs attaques précédentes, les deux vaisseaux ennemis avaient travaillé en tandem, aussi s’attendait-il à ce qu’à tout moment l’une des deux frégates Oliver Hazard Perry de la marine polonaise ne détecte que l’autre sous-marin russe se trouvait lui aussi en plongée au nord de Gdańsk.
Il savait aussi que la seule raison pour laquelle l’hélico polonais avait détecté le Kilo était qu’il était en train de se mettre en position pour tirer sur l’Orkan, aussi Hagen voulait-il être assez près de l’autre Kilo pour détecter quand il attaquerait à son tour.
Hagen fut ravi de constater que le lieutenant Damon Hart, son officier analyste de guerre sous-marine présentement de quart, n’avait pas non plus pris part à la liesse. À la place, il était resté penché sur la table traçante, scrutant rapidement des yeux les contacts et les trajectoires, assimilant caps, vitesses, directions et jusqu’aux détails des côtes.
Le commandant constata que Weps était tout aussi concentré que lui sur la tâche de trouver, localiser et détruire l’autre submersible russe.
Hagen s’approcha du jeune homme et scruta l’écran à son tour. En tant que membres de l’OTAN et proches alliés des États-Unis, les Polonais étaient sur le même réseau d’échange de données tactiques que la marine américaine, ce qui rendait la coordination entre flottes et aéronavale des deux pays aussi fluide que pouvait le souhaiter Hagen. Le réseau Link-16 de Northrop Grumman permettait aux trajectoires désignées de tous les contacts de surface ou sous-marins – amis, ennemis, civils ou inconnus – d’être immédiatement partagées par tous les systèmes alliés participant à la traque. Les hélicoptères et les bâtiments polonais, les bâtiments et les hélicoptères américains, tous bénéficiaient de la même approche visuelle du théâtre des opérations, rendue en temps quasiment réel sur la carte numérique de la vaste table traçante.
Le lieutenant Hart leva rapidement les yeux vers son supérieur.
« Cet autre Kilo est dans le secteur, capitaine.
– Je le sais, Weps. La question est : va-t-il attaquer toute cette flottille alors qu’il est seul ? »
Le lieutenant lâcha : « À sa place, je ne foutrais rien du tout », suivi d’un : « Capitaine.
– Moi non plus, sauf si j’avais reçu de Naples un petit dossier des transmissions à couverture bleue m’ordonnant de le faire. N’oubliez pas : il ne s’agit pas seulement de la psychologie du capitaine russe ou de la doctrine conventionnelle de guerre sous-marine. Il s’agit de ses ordres. C’est la politique qui mène ce combat. Pas les cerveaux des militaires sous la mer. »
Hart acquiesça.
« La manœuvre correcte, pour lui, s’il était seul à décider, serait de jouer la prudence. S’il attaque effectivement, ça veut dire à coup sûr qu’il y a un autre élément en jeu dans cette bataille que je n’ai pas encore réussi à définir. »
En cet instant précis la voix du contrôleur aérien tactique se fit entendre dans les haut-parleurs. « À toutes les stations, Casino Un-Deux rapporte contact passif large bande, gisement zéro-zéro-huit. Classification initiale du contact : Possibilité Sub, niveau confiance élevé. »
Hart annonça : « Désignation contact sous-marin ennemi Un-Un. » Un pointeur rouge en forme de V apparut quelques secondes plus tard sur la table traçante numérique, à l’est de la flottille russe et à huit degrés tribord de la proue du Greer. Cette mise à jour fut affichée instantanément sur les écrans de toutes les unités connectées au réseau Link-16, ce qui signifiait que tous les bâtiments polonais voyaient à présent le contact identifié par le MH-60 Romeo. Les bâtiments alliés n’avaient toutefois qu’un seul et unique gisement, pas suffisant pour localiser les coordonnées du sous-marin.
Au bout de quelques secondes supplémentaires, Hart entendit une voix
dans son casque. « USWE 2, ici Sonar. Contact polonais identifié. Bâtiment surface amical Zéro-Cinq a déclenché sonar actif.
– USWE, bien reçu. » Hart leva les yeux vers son supérieur. « C’est une des deux frégates polonaises, le General Košciuszko. Il s’expose lui-même à ce Kilo. »
Encore quelques secondes, puis la même voix reprit : « USWE pour Sonar. Bâtiment surface amical Zéro-Cinq a lancé deux torpilles. Cap un-un-huit.
– USWE, bien reçu. Ont-ils une acquisition ?
– Sonar, négatif. Pas encore. »
Hart et Hagen restèrent immobiles, espérant de tout cœur que la frégate polonaise élimine le Kilo avant qu’il ait une chance de riposter. Maintenant que la frégate brassait activement les eaux pour récupérer un écho, le Kilo n’aurait plus aucune difficulté à lancer droit sur elle ses Types 53-65.
« La frégate tire ses poissons pour maintenir le Kilo sur la défensive,
indiqua Hart. Nous serons en mesure de lancer un ASROC 3 sur le même contact d’ici trois minutes, mais nous sommes encore hors de portée de tir. »
Hagen hocha la tête sans rien dire.
Un opérateur radio assis à moins d’un mètre lança dans son micro d’une voix forte : « À toutes les stations, j’ai un… correction, j’ai deux, je dis bien deux lancements de missiles sous-marins. Ils viennent de jaillir à la surface. Je répète : deux Vampires dans les airs ! »
Un silence de deux secondes se fit au centre de commandement, le temps pour chacun de digérer cette information. Les Kilo russes n’étaient pas connus pour avoir des capacités de lancement de missiles en plongée. Ils n’étaient armés que de torpilles et de mines.
Derrière l’épaule de Hart, le commandant lança d’une voix calme : « Quel gisement ? »
Hart répéta la question dans son micro. « Quel est le gisement du lancement ?
– Gisement zéro, trois, un. »
Hagen et Hart baissèrent les yeux vers l’écran. Le lancement de missiles était venu d’un gisement complètement différent de celui du contact identifié.
Cela ne pouvait signifier qu’une chose : c’était un autre sous-marin.
« Nom de Dieu ! s’exclama Hart. Putain, mais qui est là-bas ?
– On se calme, Weps », fit Hagen avant de reprendre le micro pour s’adresser au réseau 1-MC. « À toutes les stations. Quartiers généraux. Condition Zebra. Missiles arrivant par tribord avant. Placez Ægis en paré-automatique. CWIS en auto-engagement. À tout l’équipage, préparez-vous à l’impact. »
La confirmation de l’ordre fut répercutée sur le réseau un instant plus tard.
Hagen regarda l’un des deux grands écrans du système Ægis fixés à la cloison. Deux missiles étaient en vol, à quarante nautiques du James Greer, mais seulement treize de la frégate polonaise qui envoyait à présent les ping
de son sonar actif. Il lança par radio. « EW 4 pour le capitaine. Pouvez-vous identifier ces Vampires ? »
Le technicien de guerre électronique vint en ligne une seconde plus tard. « Capitaine pour EW. Les missiles en vol semblent être des P-800. Ils ne se dirigent pas vers nous, mais plutôt vers Bâtiment surface amical Zéro Cinq. »
Hart et Hagen s’entre-regardèrent. « Il doit y avoir erreur, dit Hart. Le P-800, c’est l’Oniks. Le seul sous-marin qui emporte cet engin est le classe Severodvinsk mais la flotte de la Baltique ne possède pas… »
Hagen l’interrompit :
« Fions-nous aux données à notre disposition maintenant, Weps. Pas aux rapports du renseignement.
– USWE pour Sonar, reprit la radio. Sonar passif d’amical Air Zéro Neuf identifie contact au gisement zéro, trois, un. Classification initiale, Possibilité Sub élevée. Aucune contre-vérification. Évaluations acoustiques en cours.
– USWE, bien reçu, dit Hart, mais la distraction dans sa voix était évidente. Nous devons nous rapprocher suffisamment pour avoir une référence croisée sur cette cible.
– USWE, Sonar. Deux torpilles lancées par Bâtiment surface amical Zéro Cinq, échec acquisition, attendez. Avons pistage ferme sur le Kilo.
– Distance à cible Sub ennemi Zéro Un ?
– Distance vingt-quatre mille mètres. »
Hart s’adressa à voix basse, pas spécialement à son capitaine, pas exactement à lui-même : « C’est à peine la fenêtre de tir. » Il prit deux lentes inspirations pour se calmer et répondit : « Contrôle de tir, USWE. Lancement deux ASRPC sur Contact – Sub ennemi Zéro Un. »
Une voix féminine répondit aussitôt : « USWE, Contrôle de tir. Lancement deux ASROC sur Contact-Sub ennemi Zéro Un, bien reçu ! »
Sur le pont du James Greer, une écoutille s’ouvrit, laissant échapper un nuage de fumée blanche. Traversant la fumée, un missile anti-sous-marin
RUM-139 VL-ASROC 5 long de trois mètres cinquante s’éleva dans l’air froid de la nuit sur une colonne de flammes.
Deux secondes plus tard, une autre cellule lance-missiles sur le pont lança une seconde arme qui alla rejoindre son homologue montant vers les étoiles.
À l’intérieur du logement de chaque missile se trouvait une torpille MK-54, mais elle ne fut pas aussitôt larguée dans l’eau pour commencer sa traque. Au lieu de cela, le missile s’éleva haut dans les airs, passa au-dessus des coordonnées du sous-marin ennemi, directement devant sa proue, et continua de grimper jusqu’à trois mille mètres. Ce n’est qu’à l’apogée de sa trajectoire que le missile s’ouvrit, libérant la Mark-54 qui tomba en chute libre vers les eaux au-dessus du dernier contact avec le submersible. Peu avant que chacune des Mark-54 n’atteigne la surface, des parachutes se déployèrent mais elles touchèrent l’eau avec une énergie suffisante pour plonger nettement sous la surface.
Une fois dans la mer, chaque torpille s’éveilla, démarra, effectua un diagnostic de ses systèmes, se signala au James Greer et se mit à chercher les coordonnées exactes du contact qu’on les avait envoyées traquer dans les profondeurs.
Hart se retrouvait à chasser simultanément deux sous-marins ennemis. Sitôt qu’il vit confirmation du bon démarrage de ses armes ciblant le Kilo, il reporta son attention sur les écrans muraux de l’Ægis, à l’instant même où la frégate polonaise General Košciuszko était touchée de plein fouet par un Onik. La torpille de deux cent vingt kilos explosa dans le flanc du bâtiment de cent trente-cinq mètres, créant une boule de feu qui illumina le ciel, visible jusqu’au James Greer, distant de près de quarante kilomètres.
La caméra située au sommet du mât du Greer transmit la lueur de l’explosion aux hommes et aux femmes installés dans le poste de commandement informatique, les amenant à tous s’interrompre momentanément dans leur tâche.
Mais ça ne dura pas. Juste comme le missile atteignait sa cible, leur opérateur radio se faisait à nouveau entendre sur le réseau. « À toutes les stations, j’ai trois échos de missiles, gisement zéro, quatre, deux ! Nouveaux Vampires dans les airs ! Cette fois, je crois qu’ils sont pour nous.
– Dieu tout-puissant », souffla Hart.
1. Sonars actifs à moyenne fréquence, treuillés et immergés en vol stationnaire par les
hélicoptères de lutte anti-sous-marine.
2. Acronyme de UnderSea Warfare Evaluator : Évaluateur de combat sous-marin.
3. Pour Anti Submarine ROCket, système de missiles de lutte anti-sous-marine américain.
4. Pour Electronic Warfare : guerre électronique.
5. Missile anti-sous-marin à lancement vertical, permettant de s’affranchir d’une rampe de
lancement spécifique.
OceanofPDF.com