Comme un coup de poignard

Ariane Charland · Chapitre 25 sur 32

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Comme un coup de poignard

Luka

 

 

– Tu veux que je te viole ?

Jeanne ne répond pas. Elle me dévisage, presque menaçante. Je suis abasourdi. Comment peut-elle croire que j’accepterais de lui faire mal ?

– Quel genre de gars est-ce que tu penses que je suis ?

– Le genre qui a baisé la moitié des filles de la ville, rétorque-t-elle du tac au tac.

Sa voix est acide. Je ne la reconnais pas. Croit-elle vraiment que, sous prétexte que j’ai couché avec plusieurs filles, je ne me suis jamais soucié de leurs sentiments ? C’est comme ça qu’elle me voit ? Comme une brute insensible qui baise à gauche et à droite dans le seul but de satisfaire son ego et ses besoins ? C’est vrai que je passe mes jours et mes nuits à rêver qu’on fait l’amour, mais, dans mes rêves, elle participe, elle a du plaisir, elle ne fait pas qu’écarter les cuisses pendant que je « force le passage ». J’enlève la main que je gardais sur sa hanche.

– OK, c’est ça. Tu m’en veux parce que j’ai eu une vie sexuelle. Je ne peux pas m’excuser de ça.

– Ce n’est pas ce que je te demande, souligne-t-elle.

– Non, tu me demandes de te violer. Comment peux-tu exiger ça du gars que tu es censée aimer ?

– Tu as juste à faire semblant que je suis Maya-Anne. Ou Juliette, que tu as baisée dans son auto, juste au bout de ma rue, après m’avoir embrassée.

Je suis sans voix. Je serais tenté de lui faire remarquer que, lorsque j’ai couché avec Juliette, elle venait elle-même de me rejeter en me faisant croire qu’elle avait un chum, mais je me retiens. Je sais pourquoi elle m’a repoussé, ce soir-là, et je le comprends. Je suppose que c’est trop lui demander de me comprendre en retour. J’ai couché avec Juliette parce que j’étais désemparé et que le sexe, depuis que j’ai quinze ans, m’a toujours servi d’échappatoire. Je devrais le lui expliquer, mais je ne sais pas comment. J’ai peur qu’elle l’interprète comme une accusation.

– Je vais aller prendre ma douche, conclus-je en me levant pour sortir de la chambre.

Quand je reviens, Jeanne n’est plus là.

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