Comme un coup de poignard
Luka
Jeanne me regarde. Je glisse mes doigts dans ses cheveux. Il n’y a rien comme d’embrasser la fille qu’on aime au sommet du monde.
Je ne sais pas ce que je serais devenu si on ne s’était plus jamais revus. Parfois, j’ai encore du mal à croire qu’elle m’aime réellement.
On a fait l’amour à l’hôtel, ce matin, juste avant de monter dans le taxi qui nous a amenés ici. Il faut encore y aller tout doucement, en s’arrêtant de temps en temps, mais ça ne me dérange pas ; j’ai toujours préféré la lenteur.
Ce que ça fait de pouvoir coucher avec sa blonde ?
Il n’y a pas de mots pour le décrire. La première fois, c’était tellement bon que j’ai presque eu peur. Je me suis senti coupable d’avoir autant aimé ça. Je ne voulais pas que Jeanne s’imagine que j’allais tout le temps m’y attendre ou que je serais déçu si ça n’arrivait plus.
Je vois ça comme un bonus. Chaque fois est spéciale, vu qu’on ne sait jamais quand sera la suivante.
Ça fait maintenant trois mois qu’on voyage, qu’on se promène de ville en village, sans avoir d’itinéraire fixe. En raison de notre budget restreint et de notre envie de dépaysement, on a opté pour le Mexique et l’Amérique centrale. Aujourd’hui, le voyage tire à sa fin. Même si nous avons hâte de nous retrouver chez nous, je crois que nous ressentons déjà une certaine nostalgie en pensant à ces trois mois de liberté totale.
Nous sommes dans l’ancienne cité maya de Calakmul, au sud du Mexique. Par endroits, la jungle a complètement englouti les structures de pierre. Le site n’est pas très touristique, alors on pourrait croire qu’il n’existe que pour nous. Ça fait drôle de penser que des milliers de pieds inconnus ont marché ici il y a plusieurs centaines d’années, quand les pyramides étaient neuves, pas encore usées par le temps et l’abandon.
Jeanne met sa tête sur mon épaule et on contemple la mer de feuilles vertes qui nous entoure. Des oiseaux survolent les arbres et des singes crient au loin.
Je suis au sommet, peut-être pas du monde, mais au moins de cette petite partie de la planète, et j’ai la main de la fille que j’aime dans la mienne.
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