Correspondance - Tome I
À Ernest Chevalier ......................................................... 10
Votre très obéissant neveu
G. FLAUBERT.
Rouen le 30 décembre 1832.
À ERNEST CHEVALIER
Nogent, le 23 août 1833.
Mon cher Ernest,
À peine ai-je ouvert ta lettre que je prends la plume et t’écris. Nous allons partir tout à l’heure pour l’antique Normandie, mais tu dois te douter que nous resterons quelque temps à Paris pour nous divertir. Nous irons au spectacle et j’espère à la Porte-Saint-Martin. Je ne puis te dire quel jour nous irons aux Andelys. Nous avons été l’autre jour à Courtavant où il y a une ferme de papa. Nous avons pêché et comme tu sais qu’on ne peut pas pêcher (du poisson) sans eau, donc il y avait de l’eau et une petite barque. Je me suis bien amusé et si tu y avais été tu aurais éprouvé la même joie que moi. Un apprenti orfèvre de mon oncle m’a fait mon cachet et un autre sur lequel il y a :
GUSTAVE FLAUBERT
ERNEST CHEVALIER
individus qui jamais ne se sépareront. J’ai été l’autre jour au spectacle de Nogent. Les deux premières pièces
– 10 – quoiqu’assez bonnes ont été très mal jouées, mais la troisième qui était Simple Histoire a été bien jouée. C’est une pièce assez bonne. Mon père, ma mère et moi présentons nos respects à tes bons parents. Je ne puis te dire le jour où j’aurai le bonheur de te voir parce que papa (comme tu le sais) ne sait jamais ce qu’il fera le lendemain.