Correspondance - Tome I

Gustave Flaubert · Chapitre 46 sur 50

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Correspondance - Tome I

Au Proviseur du Lycée Corneille ........................... 72

Achille va bien.

Adieu.

19 novembre, l’heure sonne.

 

AU PROVISEUR DU LYCÉE CORNEILLE

[Rouen, entre le 11

et le 14 novembre 1839.]

Monsieur le Proviseur,

On nous a dit que nous étions des enfants, que nous agissions en enfants ; nous allons essayer, par notre modération et notre loyauté, à vous convaincre du contraire.

Nous avons remis à M. le Censeur une lettre de tous les élèves qui ont refusé de faire le pensum. Sans avoir égard à cette liste, M. le Censeur s’est contenté de trois élèves qu’il ne menace de rien moins que d’une exclusion totale du collège, ce qui veut dire de briser leur avenir et de leur interdire à jamais la carrière qu’ils auraient pu embrasser. Il aurait peut-être été bien, avant de prendre une mesure aussi grave, aussi décisive, de peser dans une impartiale balance l’équité ou l’injustice d’un pensum qu’on vient aujourd’hui nous réclamer si impérieusement. Nous ne craignons pas de dire qu’un pareil examen eût incontestablement adouci la rigueur que M. le Censeur manifeste à notre égard. Quoi qu’il en soit, comme le pensum est un pensum général et, à ce titre, doit être supporté par toute la classe, par tous les élèves et non pas plutôt par Mallet, Guyot ou Delahaye, que par nous tous qui avons signé la liste dont M. le Censeur est en possession et que nous ne renions pas, nous signons ici

 

– 72 – de nouveau, en vous déclarant, Monsieur le Proviseur, d’abord, que nous sommes prêts à vous exposer les raisons qui nous font agir aujourd’hui et ensuite, si nonobstant ces raisons, on continue à décimer la classe, que nous réclamons, pour nous tous soussignés, le pensum, s’il y a pensum, l’exclusion, s’il y a exclusion, qu’on infligerait à quelques-uns d’entre nous séparément, ce qui alors ne serait plus un pensum général. Si l’on peut bien donner mille vers à toute la classe de philosophie, on peut bien aussi renvoyer toute la classe de philosophie.

Au reste, nous nous en rapportons en cela, Monsieur le Proviseur, à votre justice et à votre impartialité, qui, nous le savons, aime à s’exercer en faveur d’élèves qui le méritent, d’élèves de Philosophie qui n’agissent pas inconsidérément comme des enfants de sixième, mais qui ont réfléchi, profondément médité, avant de prendre une mesure qui leur paraît juste et qu’ils sont bien résolus à poursuivre jusqu’à la fin.

Voici les noms des élèves qui ont signé la liste que M. le Censeur a dans ses mains et qui vous assurent, Monsieur le Proviseur, de leur respect et de leur parfaite considération.

GUSTAVE FLAUBERT.

Hamard, A. Luce, Delporte, Baudin, Dumont, Bosquet, Boivin,

Guesnier, Le Marié, Louis Bouilhet, Jore, Perré.

 

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