Correspondance - Tome I

Gustave Flaubert · Chapitre 50 sur 50 · partie 1/31

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Correspondance - Tome I

À Ernest Chevalier ......................................................... 79

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 31 parties.

J’ai revu il y a quelques jours le fameux endroit où nous avons, je veux dire où tu as si bien engueueueueulé Duguernay. J’ai repensé à nos bonnes promenades, à tant de pipes fumées amicalement, à tant de douces causeries, de blagues, de folies, de vérités, d’interminables fusées de gaieté rabelaisienne, – à tout notre passé. Cela vous fait sourire comme si l’on revoyait ses habits de petit enfant.

Adieu, il est midi, il faut que je

DÉJEUNE

et après que j’aille à la physique.

Réponds-moi de suite.

Tout à toi de cœur.

 

À ERNEST CHEVALIER

8 avril 1840.

Tu m’appelles ton Vieux Gustave…

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen, 15 avril 1840.]

Je vais de ce pas porter cestte-cy à la poste, et retenir ma place à ta diligence. Je pars donc demain jeudi à 4 h[eures] et j’arriverai le soir chez toi, si je ne verse pas en route.

 

– 79 –

Je vais t’aller acheter un paquet de cigares et des boîtes de papier phosphorique. Je te bourre mon sac de nuit de tabac et de pipes, ce que je dis est sans blague.

À demain soir, mon cher Ernest, je vole dans tes bras et j’arriverai dans la cité des Andelys avec ou sur le serein comme tu voudras.

Adieu, je me débarbouille le museau, tire mes bottes et sors.

À demain, c’est-à-dire pour toi à ce soir.

Mercredi, 1 h[eure] d’après-midi.

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen,] mardi. [21 avril 1840.]

Ah mon cher Ernest je t’ai quitté avec le rire à la bouche, la folie dans le cœur et je suis maintenant triste à faire peur. Me voilà retombé dans ma vie de chaque jour, dans ma vie stérile, banale et laborieuse. Quel ennui ! – Il me semble qu’il y a trois ans que je t’ai quitté. Quelles belles journées tu m’as fait passer là ! Quelle différence entre la vie d’il y a trois jours et celle d’aujourd’hui. Quand j’y pense j’en suis accablé et j’ai l’âme toute navrée d’une mélancolie confuse et infinie. Comme la journée d’hier m’a paru longue, quelle passion ne vais-je pas encore subir pendant trois mois ! Si Alfred n’arrivait pas d’ici à quelque temps, j’en mourrais d’ennui. C’est ainsi que je suis fait, les journées heureuses m’en font mille mauvaises, la joie m’attriste quand elle est passée, les jours de fêtes ont toujours pour moi de tristes lendemains.

– 80 –

Je sentais bien que quelque chose de mon bonheur s’en allait en retournant vers Rouen ; la somme de félicité départie à chacun de nous est mince et quand nous en avons dépensé quelque peu, nous sommes tout moroses ; j’étais assis sur l’impériale, et silencieux, la tête dans le vent, bercé par le tangage du galop je sentais la route fuir sous moi, et avec elle toutes mes jeunes années ; j’ai pensé à tous mes autres voyages aux Andelys, je me suis plongé jusqu’au cou dans tous ces souvenirs, je les ai comparés vaguement à la fumée de ma pipe qui s’envolait laissant après elle l’air tout embaumé. À mesure que j’approchais de Rouen je sentais la vie positive et le présent qui me saisissaient, et avec eux le travail de chaque jour, la vie minutieuse, la table d’étude, les heures maudites, l’antre où ma pensée se débat et agonise. Oh ! il y a des jours, comme hier par exemple, où l’on est triste, où l’on a le cœur tout gros de larmes, où l’on se hait, où l’on se mangerait de colère. Ce qu’il faut faire c’est de ne pas penser au passé, de ne pas se dire : il doit encore faire là-bas un beau soleil, il y a 72 heures j’étais à tel endroit, je vois encore sur la grande route l’ombre de ma tête qui court après celle du cheval, et mille autres niaiseries semblables, c’est de regarder l’avenir, de s’allonger le cou pour voir l’horizon, de s’élancer en avant, de baisser la tête et d’avancer vite, sans écouter la voix plaintive des tendres souvenirs qui veulent vous rappeler à eux dans la vallée de l’éternelle angoisse. Il ne faut pas regarder le gouffre car il y a au fond un charme inexprimable qui nous attire.

Tu dois me trouver bête à faire pitié et, si tu ne me comprends pas, je me comprends hélas fort bien pour mon malheur ! Je me rappellerai toute ma vie le délicieux voyage que je viens de faire, et notre promenade à la Roche-à-l’Hermite, celle à Port-Mort, celle au Château-Gaillard, celle d’Écouis ! – Je te remercie de m’avoir fait deux bonnes

– 81 – journées toutes pleines de gaieté, elles me sont plus rares qu’on ne pense. J’en payerais bien de semblables mon pesant d’or. Remercie pour moi tes excellents parents. Aux vacances nous nous reverrons sans doute à Rouen ou aux Andelys n’importe je voudrais y être. Adieu, réponds-moi et pardonne-moi, tu t’attendais sans doute à une bonne lettre, à un écho de mon rire [d’]il y a 2 jours. Excuse-moi d’avoir trompé ton attente, je suis trop triste pour rire, trop ennuyé pour bien écrire. Ma douleur est bête, incolore, c’est un orage sans éclair et avec une pluie sale. Adieu, tout à toi, tu sais comme je t’aime.

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen, 7 juillet 1840.]

Je ne néglige point les devoirs de l’amitié et quoique fatigué de besogne j’ai encore le temps de t’écrire. J’espère au moins, et j’y compte, que revenu le 20 chez toi, tu pourras me régaler alors au moins de deux bonnes lettres pleines de blagues et plaisanteries. Cela me divertira agréablement. Et jettera des fleurs sur la voie épineuse, où je me déchire les pieds. (Je deviens élégiaque, c’est mon genre ; j’ai toujours aimé à chier sur l’herbe et à boire du cidre sous la tonnelle.) Tu ne te figures pas une vie comme la mienne. Je me lève tous les jours à 3 h[eures] juste et je me couche à 8 h[eures] 1/2, je travaille toute la journée. Encore un mois comme ça c’est gentil, d’autant plus qu’il faut rerepiocher de plus belle. Je passerai le plus tôt possible, vers le 5 août à peu près. Il m’a fallu apprendre à lire le grec, apprendre par cœur Démosthène et deux chants de L’Iliade, la philosophie où je reluirai, la physique,

 

– 82 – l’arithmétique et quantité assez anodine de géométrie, tout cela est rude pour un homme comme moi qui suis plutôt fait pour lire le marquis de Sade que des imbécillités pareilles ! – Je compte être reçu et puis après…

Et toi ? écris-moi aussitôt que la fortune se sera déclarée pour toi. – Vas-tu revenir aux Andelys avec quelques bardaches et es-tu dans l’intention d’y faire des étourderies ? Tu te feras expliquer par le sieur Le Poittevin toute la portée de ce mot-là. Comment va Nion ? (?) Comment va, ou plutôt comme ne va pas, pour ton bonheur, le beau Malleuleuleuleu toujours dans le genre Mallleuxxxx ? Le triste Fouleau ex-aspirant à l’École des Chartes, a renoncé à l’archéologie et se fortifie dans ses études pour être pion, il veut se faire recevoir agrégé de grammaire et il apprend les verbes composés et la syntaxe. J’aimerais mieux un lavement ! même quand on y aurait mis de la graine de lin ; j’aimerais mieux faire une omelette d’œufs de serin clairs […]. Je ne sais encore ce que je ferai, ni où j’irai ces vacances, je suis dans le plus grand embarras, si je dois faire mon voyage des Pyrénées. La raison et mon intérêt m’y engagent, mais mon instinct à qui j’ai coutume d’obéir, à l’instar des brutes, quoique j’aie une âme immortelle, une liberté morale et présentement un pal[e]tot et un bonnet de coton, l’instinct donc me dit [que] le voyage sans doute me plaît, mais le compagnon guère, après tout j’ai peut-être tort, grand tort. Pour ce qui est de son caractère et de son humeur il est excellent, mais le reste ?

Adieu, tout à toi, écris-moi entre la poire et le fromage.

À la 2e h[eure] du jour,

le 9e jour des calendes de juillet,

mardi jour de Mars (bière de).

 

– 83 –

MADAME FLAUBERT ET CAROLINE À GUSTAVE

[Nogent-sur-Seine, 24 août 1840.]

Je voudrais bien, mon bon Gustave, savoir que tu es arrivé à Bordeaux en bonne santé. Je crains qu’une aussi longue route ne t’ait fatigué jusqu’à en être malade et je ne serai un peu tranquillisée que lorsque j’aurai reçu ta lettre. Dieu veuille que tu n’aies pas eu d’autre accident que celui dont j’ai été témoin ! Ton Rat a très bien supporté le voyage, quoique nous l’ayons fait dans la voiture la plus dure possible et sur une route pavée ; aussi ma pauvre tête en a-t-elle beaucoup souffert. Je m’ennuie déjà de ne point voir mon bon Gustave. À Nogent, on a été désolé de ce que tu n’étais point avec nous ; les petites filles, et Bichon surtout regrettent le gros diseur de bêtises, pas autant que moi cependant. Ce qui me fera prendre patience, ce sera de savoir bien souvent que tu te portes bien, que tu es content de ton voyage et que tu penses quelquefois à nous. Ainsi donc, mon cher enfant, des lettres ! des lettres ! Je les attends avec la plus grande impatience, et elles seront bien certainement mon plus grand bonheur pendant ton absence. Adieu ! mon enfant. Caroline veut te dire un mot et je sens qu’il faut terminer ma lettre ; à mesure que je t’écris je perds mon courage ; je t’embrasse mille fois, mon bon Gustave.

Ta mère

CAROLINE FLAUBERT.

Mon cher Gustave, nous sommes arrivées à Nogent en assez bonne santé, excepté notre mère qui avait un mal de tête occasionné par le mouvement désagréable de la mauvaise calèche. Mais toi, mon pauvre garçon, tu es encore entassé dans la voiture sans pouvoir remuer. Tu as il

 

– 84 – est vrai un grand dédommagement ; tu me comprends. Tu ne saurais jamais croire comme les Nogentais ont été fâchés de ne pas te voir. Ils en sont encore aux regrets et à tes louanges. Là-dessus ils ne tarissent pas. Ils espèrent que tu viendras en revenant. Adieu, mon pauvre boun ! Que je voudrais être avec toi ! Que je serais heureuse ! J’ai lu l’autre jour en voiture tout le premier chapitre de M. Michelet pour connaître un peu les Pyrénées. Écris-moi et tu rendras ta pauvre Caroline bien heureuse.

 

À SA SŒUR CAROLINE

[Bayonne,] 29 [août],

samedi soir, 8 heures [1840].

Mon bon rat,

Je viens d’arriver à Bayonne, et j’ai déjà vu toute la chaîne des Pyrénées, en perspective il est vrai et à moitié couverte par le brouillard, tu ne peux néanmoins te figurer rien d’aussi beau que l’arrivée de Bayonne. C’est là du neuf au moins tandis que Bordeaux ressemble à Rouen par ses côtés bêtes et bourgeois et qu’elle n’a ni ses églises ni ses côtes ni son beau fleuve, car j’ai essayé de me baigner dans la Gironde, c’est-à-dire que j’ai pris un bain de vase. Je viens de souper vigoureusement et seul, ce qui est le fait du Garçon, tandis que mes compagnons sont restés dans leur chambre. Ceci est authentique et bien fait pour rassurer la maman sur l’état de la petite santé de son poulot chéri. Ton bout de lettre m’a fait bien plaisir mon bon rat ainsi que celui de la mère, vous ne m’y avez dit que des choses déjà sues, qu’il est fâcheux d’être si aimable ! et comme votre absence

 

– 85 – cause de vifs regrets !!! Ah ! quel plaisir pour un homme comme moi !!

Vous avez dû recevoir une lettre timbrée de Tours et écrite le lendemain de mon départ, dans la diligence puis une seconde lors de mon arrivée à Bordeaux, et enfin une troisième datée de jeudi matin, celle-ci doit être la quatrième. Quant à moi, je n’en ai reçu qu’une. C’est une de Nogent du 24 et parvenue à Bordeaux le 27. – Nous partirons de Bayonne, où nous sommes arrivés il y a quelques heures, mardi ou mercredi, de là nous irons à Pau où je compte trouver de vos lettres. En tout cas écrivez-nous à Bagnères-de-Luchon. Le voyage promet d’être charmant, nous avons été parfaitement reçus à Bordeaux grâce aux connaissances de M. Cloquet. Hier, avant de nous embarquer, nous avons dîné chez le général de division M. Carbonel et la veille nous avions fait une excursion sur les rives de la Garonne, à Blaye, Pauillac, etc. et dans tout le Médoc où nous avons bu d’excellent vin chez les propriétaires mêmes de Pomys, Léoville, etc. – Demain nous irons à Biarritz dont tout le monde fait un intarissable éloge ici et que ce bon Achille aime tant. Adieu, ma bonne Caroline ; si mes lettres ne sont ni longues ni bien écrites elles sont fréquentes, et pour avoir les deux premières qualités le temps me manque. Adieu, embrasse bien la mère pour moi, le père et toute la famille. Dis à papa qu’il m’écrive aussi quelques lignes dans vos lettres. Cela me fera plaisir.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

 

– 86 –

LE DOCTEUR, MADAME FLAUBERT ET CAROLINE À

GUSTAVE

[Nogent-sur-Seine, 29 août 1840.]

Mon cher ami, nous t’avons tous regretté dans le plaisir d’une pêche miraculeuse, et d’une longue promenade dans un pays agreste situé au-delà de Villeneuve où nous avons trouvé les Pyrénées de la Champagne. Nous pensons beaucoup à toi et en parlons souvent. Je vois avec plaisir que la diligence ne t’a pas fatigué et que tu es vif de corps ; fais en sorte que cela continue et que ton esprit se conserve toujours gai et ton cœur bon comme nous le connaissons. Profite de ton voyage et souviens-toi de ton ami Montaigne qui veut que l’on voyage pour rapporter principalement les humeurs des nations et leurs façons, et pour « frotter et limer notre cervelle contre celle d’aultruy ». Vois, observe et prends des notes ; ne voyage pas en épicier ni en commis-voyageur. Souviens-toi toujours que tu es le plus jeune de la bande et que tu dois être le plus léger et le plus tôt prêt. Adieu, mon cher Gustave. Écris-moi souvent et fais en sorte de nous dire le jour où tu dois être dans tel ou tel pays.

Ton père et ami

FLAUBERT.

Présente mes amitiés à M. Cloquet et mes civilités à Mlle Lise et à l’abbé Stéphani.

 

Nous quittons demain dimanche Nogent, mon bon Gustave, et allons retrouver la famille de Rouen ; tu nous manques à Nogent, mais ce sera encore pire lorsque nous serons rentrés chez nous ; je te remercie de ton exactitude à

 

– 87 – nous écrire ; continue à te bien porter, et reçois de loin les embrassements de ta mère,

CAROLINE FLAUBERT.

 

Mon cher ami, nous avons été hier faire une promenade à Nesle, à 4 lieues de Nogent ; j’ai fait une grande partie de la route en âne, et je suis assez fatiguée aujourd’hui. Cependant, en somme ton Rat est un peu plus solide. Je souhaite, mon bonhomme, que la bonne constitution du Garçon ne t’abandonne pas en route. Adieu, je t’embrasse de tout cœur et suis pour toujours ton Rat qui t’aime.

Bien des choses à tes compagnons de voyage.

CAROLINE.

 

MADAME FLAUBERT ET CAROLINE À GUSTAVE

[Rouen, 7 septembre 1840.]

Jamais, mon bon Gustave, je ne me plaindrai d’avoir trop de lettres de toi ; tu peux en écrire tant que tu voudras, elles seront toujours reçues avec bien du plaisir. Dis-nous si tu as reçu les nôtres ; dis-moi aussi si M. Cloquet est toujours bien décidé à être de retour à Paris les premiers jours de novembre. C’est un point fort essentiel. J’ai aujourd’hui mal à la tête, or tu sais combien cela me rend bête. Je n’ai même plus le courage de continuer à t’écrire, mon bon Gustave, à toi avec lequel j’aime tant à causer, je cède la place à Caroline qui a beaucoup de choses à te dire. Adieu, mon cher enfant, je t’embrasse et t’aime de tout mon cœur.

– 88 –

C[AROLI]NE FLAUBERT.

 

Mon cher Gustave, j’ai commencé le premier volume de M. Thiers. J’ai voulu prendre des notes, mais j’ai pensé que dix volumes seraient fort longs et je me contente de lire. Je crois que tu ne me gronderas pas de ce manque de courage. Si tu es inflexible, je m’attendrirai et tu seras encore obligé de me consoler. Hamard a été reçu bachelier. Rien de nouveau à t’apprendre si ce n’est que notre nièce a deux dents et est de plus en plus gentille ; je suis sûre que si tu étais ici tu oublierais un peu ton extrême tendresse pour les ânes et tu t’amuserais beaucoup avec elle.

Calme-toi, cher ami, ne sois pas si « berserker » et pense que tu as un rat qui t’attend tout en mangeant des morceaux de gigot. Donne-moi des nouvelles de tes guêtres, de ta barbe et de tes cheveux. Adieu, écris-moi souvent car j’ai bien plus de plaisir à recevoir de tes nouvelles quand tes lettres me sont adressées. Je suis obligée de terminer ici car maman m’attend avec impatience pour aller se coucher à Déville. Je t’embrasse de tout cœur et suis ton rat dévoué.

C[AROLI]NE FLAUBERT.

 

7 septembre. Bien des choses de ma part à M. Cloquet et à Mlle Lise.

 

– 89 –

CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE

[Rouen, 23 septembre 1840.]

Mon cher Gustave, tu es réellement bien excellent, tu nous écris très souvent et tu nous fais le plus grand plaisir. Nous t’en sommes tous on ne peut plus reconnaissants. Il n’y a que moi qui me plains quelquefois de mon Bonhomme parce qu’il ne m’écrit pas assez. Une fois depuis un mois ! C’est bien peu. Aussi cette lettre va-t-elle être si longue qu’il sera bien obligé de me répondre s’il ne veut être ennuyé une autre fois.

Nous sommes revenus de Déville hier. Je me suis surprise en arrivant à tirer la sonnette comme j’en avais l’habitude pour te faire descendre quand il m’ennuyait par trop de mon gros farceur. J’ai été me consoler à mon piano qui avait été bien longtemps abandonné. À propos de piano, tout le mal que je m’étais donné pour faire de l’effet chez M. Bidot a été perdu, car je n’ai pas joué ma pauvre valse de Chopin. N’est-ce pas vraiment bien malheureux ?

Si l’on parle de Mme Lafarge dans le midi, je doute fort que l’on soit plus déchaîné contre elle qu’ici. Bourlet et Grout se distinguent par leur férocité. Ce dernier a dîné dernièrement à la maison et il n’a été question pendant tout le temps que de chimie et de physique, ce qui nous a rappelé tes intarissables bouffonneries à ce sujet. Au reste il n’y a point besoin du Dr Parfait Grout pour cela, car plus de mille fois par jour nous parlons de toi et, tout en faisant tes louanges, nous convenons pourtant que tes facéties sont quelquefois assommantes. Je dis nous, parce que j’avais commencé la phrase à la première personne du pluriel, car pour moi je n’en aurais jamais assez et tu peux être sûr que

 

– 90 – lorsque tu reviendras je rirai de même, comme une bête, à tout ce que tu diras.

Je lis toujours du Thiers ; j’ai pour cela un courage héroïque, car je ne passe ni description de bataille ni opération financière ; tout le reste m’amuse excessivement, surtout les habitants passés au fil de l’épée et les généraux qui escaladent les Alpes. J’en suis au cinquième volume et j’ai bien la résolution d’aller jusqu’à la fin du dixième. Leur propriétaire vient souvent demander de tes nouvelles ; c’est un gentil garçon (dans le sens du Père Guitier) qui t’est fort attaché et qui nous apporte souvent de tes nouvelles lorsqu’il en reçoit et qui quelquefois nous en lit des fragments qui méritent (les fragments) d’être mis dans les morceaux choisis de Noël et Chapsal : ne te fâche pas de ce compliment et pense qu’il y a dans ce recueil des passages de Jean-Jacques Rousseau.

Je pense bien que le mélancolique H. n’aura pas toute ta verve, et que tu penseras à moi quand tu auras le temps.

Je n’ai encore repris aucune de mes leçons et je passe une partie de mon temps à lire, à porter la petite nièce, à jouer du piano, à dessiner, et surtout à m’ennuyer et à te regretter. Adieu, mon ami, ma lettre est assez longue et il ne reste plus qu’à te répéter toujours la même chose : je t’aime et pense à toi continuellement.

Ta sœur affectionnée,

CAROLINE FLAUBERT.

 

– 91 –

Je te demande pardon de mon écriture, mais je pourrais te dire comme M. Lafarge : « Je t’écris comme un chat, et je t’aime comme un chien. »

Maman te remercie beaucoup de l’exactitude que tu mets à lui écrire, Achille te dit je ne sais quoi, Julie et sa fille t’embrassent et Souvit te fait ses compliments et Néo te prie de ne pas l’oublier. Décidément je ne peux me décider à fermer ma lettre, il le faut pourtant car Rose m’attend pour la porter à la poste. Embrasse bien Mlle Lise pour moi, et donne-moi des détails sur sa manière de voyager. Je ne plie point ma lettre, car ce serait trop ennuyeux.

La facétieuse Mme Letellier est toujours de même.

 

À SA SŒUR CAROLINE

Marseille, dimanche soir après la poste.

[28 septembre 1840.]

Joli rat, j’ai reçu votre lettre à Toulouse où vous me mandiez que le chagrin n’empêchait pas vos criques de ronger des gigots. Je suis content qu’une santé si chère soit toujours bonne et ma seule inquiétude était qu’elle ne se dérangeât pendant mon absence. Aujourd’hui j’en ai reçu une autre de maman où elle ne me donne aucune nouvelle spéciale de toi, ce qui me fait penser que tu vas toujours bien.

Nous sommes arrivés ce matin à Marseille après nous être embarqués à Toulouse par le canal du Midi et avoir vu Castelnaudary, les écluses de Saint-Ferréol, Carcassonne, où nous sommes restés un jour, Narbonne, Nîmes, le pont du Gard et Arles. Tu ne peux pas te figurer ce que c’est que les

– 92 – monuments romains, ma chère Caroline, et le plaisir que m’a procuré la vue des Arènes. Je suis réduit ainsi que mes compagnons de voyage au dénuement le plus complet et nous sommes tous panés et râpés. Je n’ai pour tout bien que trois chemises et mon gros pantalon d’hiver, pour me délecter sous un ciel cuisant. Ah mâtin ! Mes malles qui devaient nous retrouver à Bagnères-de-Luchon sont encore à venir. Malédiction sur le roulage et sur la sotte idée qui nous a fait séparer de nos paquets. J’ai appris, à propos d’inconvénients de voyage, que votre retour de Nogent avait été très désagréable et non pas des agréables. Cette nouvelle expérience a dû vous confirmer dans le dessein de ne plus voyager qu’en poste ce que je vous conseille bien pour l’avenir. Croyez-en un voyageur consommé. À part le léger inconvénient signalé plus haut, nous n’avons pas eu à nous plaindre des voitures, et pour ce qui est de la bonne nourriture, nous nous gorgeons de figues et de raisins, surtout l’abbé qui ne fait pas absolument autre chose. M. Cloquet est très bon et je remercie Achille de m’avoir procuré un pareil compagnon de voyage ; il se permet de temps en temps des plaisanteries sur le chapeau de cérémonie et l’autre jour Mlle Lise a été près d’en pleurer. J’ai écrit à Biset qui va se trouver sans ses tendres parents, fais-lui mes compliments ainsi qu’à tous nos amis, à la famille Lormier, etc. Embrasse bien tout le monde pour moi. M. Cloquet écrira dans quelques jours à Papa.

ton frère qui t’aime.

Après-demain nous partons pour Toulon et de là je vous dirai le jour de mon départ pour la Corse. Il est bien décidé que notre retour sera avant le 1er novembre.

 

– 93 –

À SA SŒUR CAROLINE

[Ajaccio, 6 octobre 1840.]

Je t’écris aujourd’hui, ma bonne Caroline, parce que j’en ai le temps, mais je ne sais quand cette lettre te parviendra, ni même quand je la mettrai à la poste. Vous avez dû recevoir une lettre d’Ajaccio où je suis arrivé hier 5. À Toulon j’ai reçu la tienne dans laquelle tu me demandes de longues épîtres. Je suis prêt à satisfaire à ton désir et à te donner tous les détails possibles sur mon voyage.

Ce que j’ai vu de la Corse jusqu’à présent se borne à peu de chose quant à l’étendue. Je connais Ajaccio et aux environs un lieu nommé Caldaniccia. Le pays où je suis ne ressemble pas plus à la Provence qu’à la Normandie, et j’ai été très étonné de trouver des aloès et des bananiers. Ce matin au déjeuner nous avions sur notre table deux grappes de raisin longues de plus d’un pied et pesant chacune quatre livres. Le ciel de Corse est superbe et on ne peut s’imaginer rien de plus beau que la baie d’Ajaccio. À Marseille déjà j’avais été étonné de la limpidité des eaux qui sont toutes bleues, mais ici elles sont bien plus transparentes encore, on voit les poissons remuer et les herbes marines attachées au fond aller et venir sous la vague. Demain matin nous partons à six heures pour Vico et nous reviendrons ici dans deux ou trois jours pour recommencer nos courses. Notre itinéraire dressé par le préfet nous fait arriver à Bastia le 16. Du 7 au 16 nous serons donc en plein maquis. À propos de maquis j’en ai vu hier dans la petite promenade que nous avons faite l’après-dîner. Toutes les montagnes en sont couvertes et à les voir de loin on les prendrait pour de grands champs d’herbes. Ce sont des broussailles hautes tout au plus de trois pieds, quelquefois, mais dans de certaines localités de six ; si tu fais un petit bouquet de chêne, de châtaignier, de

– 94 – genêt et de roseau, tu auras un petit maquis dans ta main. Tout ce qu’on dit sur la Corse est faux et il n’y a pas de pays plus sain et plus fertile. Jusqu’à présent nous en sommes enchantés, et l’hospitalité s’y pratique de la manière la plus cordiale et la plus gracieuse. Nous avons été forcés de quitter notre hôtel et nous sommes logés dans de belles et bonnes chambres, dormant dans de bons lits et nourris à une bonne table, ayant chevaux, voitures et valets à nos ordres.

Quand on voyage dans la Corse, on mange et on couche dans la première maison venue dont on vous ouvre la porte à quelque heure de jour et de nuit. On ne paye jamais, et la coutume est seulement d’embrasser ses hôtes qui vous demandent votre nom en partant. C’est un si drôle de pays que le préfet même ne peut pas s’empêcher d’aimer les bandits quoiqu’il leur fasse donner la chasse. Il m’a promis de m’en faire connaître quelques-uns dans les courses que je [vais] faire avec M. Cloquet dans le pays de la montagne. Nous passerons par un village où nous verrons la véritable Colomba, qui n’est point devenue une grande dame comme dans la nouvelle de Mérimée mais une vieille bonne femme grégie et racornie.

 

9 octobre.

Je reprends ma lettre après trois jours d’interruption. Nous avons vu Vico et G[uagno], après-demain nous repartons d’Ajaccio pour Corte et pour Bastia. Je puis maintenant te parler de la Corse sciemment, puisque j’ai vu une bonne partie du littoral occidental. Tout le pays est couvert de montagnes et les chemins montent et descendent continuellement de sorte que l’on est enfoncé dans des gorges et des maquis et que tout à coup le paysage change

– 95 – comme un tableau à vue, et un autre horizon apparaît. La route que nous parcourions contournait le bord de la mer et nous marchions sur le sable, il y avait un soleil comme tu n’en connais pas, qui illuminait toutes les côtes et leur donnait une teinte blanche et vaporeuse, tous les rochers à fleur d’eau scintillaient comme du diamant et à notre gauche les buissons de myrtes embaumaient. J’ai pensé à toi, ma bonne Carolo, et à la joie que tu aurais à voir tout cela. Espérons qu’à quelque jour le père se déshuîtrera et que nous pourrons voir quelque beau pays qui fasse pâlir Déville, voire le Bois-guillaume. Je sympathise avec tout le mépris que tu as pour le filateur de coton de la place Henri IV, pour lui et pour ses enfants bouchés. Tu as bien raison d’aimer la Corse, gens et sites. Tout est admirable et cet hiver au coin du feu je vous en parlerai longuement, tout en tisonnant et en bêtassant.

Si tu veux que je t’apprenne une bonne fortune, c’est que nous serons guidés par un ancien bandit de mes amis actuellement commandant des voltigeurs corses, et en second lieu c’est que je pourrai te lire la relation exacte et circonstanciée de la mort de Murat. M. Maltedo chez lequel nous avons logé à Vico est un ancien capitaine de vélites du roi de Naples, qui l’a suivi jusqu’à sa mort et qui pour son dévouement a été longtemps détenu dans les prisons d’Italie et de France. Il va venir tantôt nous raconter toutes ses histoires, et tout ce qu’il sera dit sera écrit. Ne cr[ains] p[oin]t qu[’il] nous rapporte des blagues et des amp[lifica]tions. Notre homme est très simple et très grand et n’a nullement l’air d’un craqueur. Adieu ma chère parente, embrasse bien tous les parents grands et petits.

ton frère qui t’aime.

 

– 96 –

Écrivez-moi à Marseille.

Jusqu’ici je n’ai trouvé aux femmes aucun costume original, ce qui me désespère pour toi. Dans l’intérieur de la Corse, c’est différent.

Mon compagnon ne veut jamais que je ferme mes lettres sans que le post-scriptum ne soit rempli par les compliments et les amitiés qu’il vous envoie. Il me charge de vous dire que je me porte bien ce que je crois comme lui. Nous pensons souvent à vous et vous embrassons tous encore une fois.

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen,] 14 novembre 1840.

Ça me semble une bonne chose de t’écrire, mon père Ernest, mais je ne sais pas sacré nom de Dieu ! où tu loges ? est-ce rue des Mathurins-Saint-Jacques 26 ou rue Racine ou dans quelque maison de passe dont j’ignore l’adresse ? Tâche de me le dire positivement. Va-t’en voir un gredin nommé Hamard, qui demeure rue Saint-Hyacinthe-Saint-Michel (25 ?), et dis-lui qu’il m’écrive en me donnant également son adresse avec le plus d’exactitude possible. Je perds un peu la mémoire, ayant l’habitude de m’empiffrer à chaque repas (quel plaisir pour un homme comme moi, euh, euh, bâtin !). J’ai l’esprit sec et fatigué. Je suis emmerdé d’être retourné dans un foutu pays où l’on ne voit pas plus de soleil dans l’air que de diamants au cul des pourceaux. Bran pour la Normandie et pour la belle France. Ah ! que je voudrais vivre en Espagne, en Italie, ou même en Provence ! Il faudra à quelque jour que j’aille acheter quelque esclave à

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Constantinople, une esclave géorgienne encore car je trouve stupide un homme qui n’a pas d’esclaves, y a-t-il rien de bête comme l’égalité, surtout pour les gens qu’elle entrave, et elle m’entrave furieusement. Je hais l’Europe, la France mon pays, ma succulente patrie que j’enverrais volontiers à tous les diables, maintenant que j’ai entrebâillé la porte des champs. Je crois que j’ai été transplanté par les vents dans ce pays de boue, et que je suis né ailleurs, car j’ai toujours eu comme des souvenirs ou des instincts de rivages embaumés, de mers bleues. J’étais né pour être empereur de Cochinchine, pour fumer dans des pipes de 36 toises, pour avoir 6 mille femmes et 1 400 bardaches, des cimeterres pour faire sauter les têtes des gens dont la figure me déplaît, des cavales numides, des bassins de marbre, et je n’ai rien que des désirs immenses et insatiables, un ennui atroce, et des bâillements continus ! De plus, un brûle-gueule écorné et du tabac trop sec.

Adieu, merde, porte-toi bien. Si tu es choqué du cynisme de ma lettre tant pis, ça prouverait ta bêtise et j’aime à croire que non. Dis-moi ton adresse au plus vite et ordonne au citoyen Hamard de m’écrire la sienne.

A[d]dio caro.

 

À ERNEST CHEVALIER

[1840-1841.]

Il faut que tu sois…

 

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À ERNEST CHEVALIER

Rouen, 10 j[anvier 1841].

Mon maître Ernest,

Je te remercie de la sollicitude que vous avez prise touchant la santé de mon père. Il est vrai qu’il a été atteint d’un rhumatisme très violent. Mais il va beaucoup mieux, maintenant il peut marcher, et dans quelques jours il recommencera à voir ses malades, et il courra comme un lapin. Ma famille me charge d’embrasser la tienne.

Je suis fort satisfait que ma lettre, mon poème devrais-je dire, car cette œuvre a des proportions épiques tout à fait grandioses, t’ait fait plaisir et que tu te sois gaudyssé avec ycelui. C’était bien le moins qu’à un homme comme toi je servisse un mets de haut goût. Tu peux te vanter d’avoir eu la dédicace de mon année 1841.

Tu me dis de te dire quels sont mes rêves ? – Aucuns ! – Mes projets d’avenir ? – Point. Ce que je veux être ? Rien, suivant en cela la maxime du philosophe qui disait : « Cache ta vie et meurs. » Je suis fatigué de rêves, embêté de projets, saturé de penser à l’avenir. Et quant à être quelque chose je serai le moins possible. Mais comme l’âne le plus pelé le plus écorché a encore quelque poil sur le cuir, comme la barrique la plus vide a encore deux ou trois gouttes de vin au fond, je te dirai donc mon bel ami que l’année prochaine j’étudierai le noble métier que tu vas bientôt professer. – Je ferai mon droit, en y ajoutant une quatrième année pour reluire du titre de docteur, ut gradu doctoris illuminatus sim. Après quoi, il se pourra bien faire que je m’en aille me faire Turc en Turquie, ou muletier en Espagne, ou conducteur de chameaux en Égypte. Je me suis toujours senti de la

 

– 99 – propension pour ce genre d’être. Voilà tous les voiles levés, si je ne t’en ai pas dit plus, c’est que je n’en avais pas plus à te dire, mon gros. Il faut donc te contenter de ce que je t’envoie, de mes épîtres, romans, etc. ; je n’ai rien de plus beau à te donner si ce n’est ma bénédiction.

Adieu, porte-toi bien, tâche de te rétablir. Bonsoir et bonne nuit.

 

À ERNEST CHEVALIER

24 janvier 1841.

Tu es malade, mon pauvre père Ernest…

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen, 28 mars 1841.]

Mon bonhomme de père Ernest,

D’ici à 15 jours, trois semaines, tu auras le plaisir de voir ma balle […]. Tu devais bien t’attendre à ce que je ne demanderais pas mieux que d’aller passer quelque temps avec toi, l’amitié n’est que l’égoïsme des gens de cœur ; aller aux Andelys à Pâques, c’est me renouer à tout mon passé : marcher dans ces mêmes sentiers où nous avons ri ensemble, embaumer les mêmes lieux du même tabac apporté dans la même boîte de cuivre (tu connais ma blague de maître maçon). D’ici quelque temps j’ascendrai la voiture du sieur Jean ou d’Hilaire à laquelle j’allais te conduire en faisant tant de bouffonneries sur le port. Où est le temps où

 

– 100 – arrivés là ensemble quelque peu échauffés de punch, je fumais une trentième pipe ! ce qui scandalisait M. Sognel fils qui en restait ébahi […]. Aussi il en est mort, les Dieux, les justes Dieux l’ont puni. Tu me retrouveras toujours le même, m’inquiétant peu de l’avenir de l’humanité, transcendant dans le culottage des pipes.

Quant à toi, il me semble que tu changes, ce dont je ne te félicite pas, je crois que tu as besoin de te retremper dans la blague que tu me parais négliger. Tu me dis que tu n’as pas de femme. C’est ma foi fort sage, vu que je regarde cette espèce comme assez stupide, la femme est un animal vulgaire dont l’homme s’est fait un trop bel idéal, le goût de la statuaire rend masturbateur, la réalité nous semble ignoble. De plus, tu travailles, tu as raison car la science est encore la moins ennuyeuse des bêtises, j’aime mieux un livre que le billard, mieux une bibliothèque qu’un café ; c’est une gourmandise qui si elle rend puant ne fait jamais vomir. Mais tu assaisonnes ensuite ta lettre d’une série de doléances que tu voudrais te persuader, ce qui me fait craindre que dans peu de temps tu ne deviennes un homme sensé, admiré des pères de famille, raisonnable, moral, huître, très bien, fort sot. Nous ne pourrions plus sympathiser, et tu me regarderais comme un gamin trop décolleté, comme un pot à moutarde trop baveux. – Quand tu me parles de la vie comme d’un temps d’épreuves, qu’il est doux de rêver un but, etc., j’aime à croire que tu as dit tout ça pour te foutre de moi, et tu as bien fait. Allons je t’aime toujours, je t’embrasserai avec plaisir, et nous nous gaudysserons ensemble.

Alfred, qui depuis cinq semaines a un épanchement dans la poitrine, va mieux. Je vais tous les jours le voir, pour

 

– 101 – tâcher de distraire un peu ce brave homme. Dis-moi jusqu’à quelle époque tu comptes rester chez toi ?

Je fais du grec et du latin comme tu sais, rien de plus, rien de moins, je suis un assez triste homme.

Je suis délivré de Malleux que j’ai presque l’autre jour foutu à la porte. Je te remercie beaucoup encore une fois de ta lettre où tu me racontais ses aventures. Si me suys-je gaudy un petit à ouyr raconter par votre épistre comment ce jeune fol faquin et bravache s’amouracha d’une dame, laquelle estoit une éhontée putain et garce qui, cuyde bien, le trompait au déduict et appétoit seulement sa bourse (voyre d’argent, mais vuyde), comme soulent ces ordes bestes.

Adieu, écris-moi, réponds-moi le plus tôt que tu pourras, tes lettres sont toujours reçues avec des mains crispées qui déchirent l’adresse.

le vostre.

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen, 6 avril 1841.]

Tu n’as qu’à me dire l’heure [et] le jour que tu désires ma présence, et aussitôt tu me verras. Ainsi monseigneur je n’attends que vos ordres pour me rendre à votre castel, et j’y arriverai chez un bon et loyal chevalier (chev-à-lier) avec beaucoup de pointes, de cigares, d’allumettes phosphoriques allemandes à usage de fumeur (style Coquatrix). J’apporterai des blagues et des pipes de diverses grandeurs, pour te piper. Je composerai d’ici là quelques vers à ta louange que

– 102 – je te réciterai de loin, comme dans les tragédies ; ça pourra bien être des vers/eaux, avec bien du mal des vers mi-sots ; heureux si malgré toute ma peine et le sel que j’y mettrai j’arrive à faire des vers mi-sel. Tu trouves que c’est déjà assez de vert-dure comme ça, je m’arrête car à force de répéter la même chose je n’ai l’air que d’un vert-vert, c’est un air de père hoquet et avec tous ces verres-là, j’ai l’air lune-attique, tu vois que je m’occupe d’histoire grecque.

Voilà déjà que tu es ébahi, il faut t’attendre à bien d’autres, tu vas en avoir : un hôte. Nous nous gaudysserons, pantagruéliserons à mort, buvant d’autant, tambourinant et remuerons nos ventres à beaux vis démesurés.

Je m’ennuyais de ne pas avoir de tes nouvelles et j’ai résolu de t’écrire pour me convier chez toi. Tu vois que je ne suis pas bégueule et que je ne demande pas mieux que d’aller t’embrasser, causer et blaguer, ayant une foule de sujets, de quoi épuiser l’éternité.

Adieu, je t’embrasse et je te serre la main.

Tu peux déjà commander un feu d’artifice et 800 000 000 000 kil[ogs] de pain pour les inondés du Midi, distribution qui sera faite par moi en signe de réjouissance.

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen,] jeudi [8 avril 1841].

Mon vieux Culottier,

 

– 103 –

Je te tombe sur le casaquin samedi matin pendant que tu dormiras encore. Le soleil commencera à briller en même temps que j’arriverai.

Je t’apporterai peut-être une cigarette de dame, pour moi je ne fume plus ayant quitté toutes mes mauvaises habitudes. Peut-être une ou – deux – pipes de temps en temps mais encore……(ruse de style).

Si je te (réticence) serait-il possible que…… (suspension).

J’occupe ma journée de vendredi à quelques courses de commerce ; je me mets en route à 6 heures pour jusqu’à minuit, ayant besoin d’aller acheter quelques denrées.

Adieu, mon sire. Dans 48 heures c’est-à-dire pour toi dans moins de 24 nous nous embrasserons.

Je te serre le bout du nez à la manière hottentote.

DESCAMBEAUX.

 

Alfred va bien.

Un grand malheur public : le sieur Braquehais s’est tué, canaillerie insigne envers le public qui comptait le voir, envers les gens vertueux indignés qui se promettaient de l’insulter, envers Me Mesnard qui préparait un beau discours, envers 3 journaux, quantité de dames de bonne société et Duboc louageur qui l’aurait voituré de Rouen à Yvetot !!!

Le procureur se reposera et deux rosses resteront à l’écurie.

 

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CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE

[Rouen, 11 avril 1841.]

J’ai vu, mon cher ami, que toutes les précautions du Garçon pour voyager t’ont parfaitement réussi puisque tu es arrivé aux Andelys en bonne santé. J’en suis charmée et je te conseille à l’avenir de suivre en tous points ce que prescrit ce bon vieux Descambeaux. Je suis seule, absolument seule à Rouen. Toute la famille et même Mimiss qui ordinairement est attachée à moi comme le gratin du macaroni au plat d’argent, est au bienheureux Déville. Le mauvais temps et le mal de reins ont servi de prétexte à mon envie de bavarder avec toi ; tu sais d’abord que je suis très peu folle de Déville. Eh bien ! aujourd’hui on ne m’y aurait pas fait aller pour tous les diables. Je crois qu’Alfred y est allé se promener, tant mieux pour lui si ça lui plaît.

Nous n’avons pas encore reçu de lettre de Nogent. De sorte que je me vois encore rester à Rouen pour quelque temps. C’est moi qui ai l’air du cloporte, aujourd’hui ; je suis seule dans ma loge, enfoncée dans mon fauteuil et une tasse de tisane sur ma table. Voilà mes agréables vacances de Pâques. Que tu es heureux, mon pauvre garçon ! Je suis sûre qu’à cette heure tu es ou au Château-Gaillard ou à la Roche-à-l’Hermite, est-ce que je sais moi ! Mais enfin tu n’es pas à Rouen, c’est tout ce qui suffit pour être heureux.

Imagine-toi qu’hier à 9 heures du matin je m’ennuyais déjà de toi ; ainsi juge ce que c’est aujourd’hui et ne t’étonne point si je me lamente.

La seule chose qui me console c’est l’espérance de voir avant toi… Qui ?… Je suis sûre que tu devines… L’ILLUSTRE PIED GELÉ…

 

– 105 –

Il est vrai qu’à la même heure tu seras à La Neuville, mais qui pourrait disputer mon cœur au Père Dumée !!

J’aurais bien des commissions à te donner pour Louise, mais tu ne pourrais les faire, ainsi c’est inutile. Dis seulement à Maria que le « Roquet Savant » se porte toujours bien et qu’il ne l’oublie pas. Demande aussi à Mme de Maupassant si on lui a remis son col et si elle en est contente. Adieu, cher Gustave. Voilà assez de bêtises ensemble ; il vaut mieux que je m’arrête. Je t’embrasse de tout cœur et suis pour la vie ton Rat dévoué.

CAROLINE FLAUBERT.

 

Embrasse bien de ma part toute la bonne famille des Andelys et dis-leur que je voudrais bien être avec eux, car je me rappellerai toujours avec plaisir une certaine bonne vacance de Pâques.

N’oublie pas que tu nous as promis de revenir mardi prochain ; ne te laisse pas aller aux prières, sois inflexible. Je te recommande de ne point les trop ennuyer de « pointes ». Réserve-les pour moi qui me flatte de les comprendre si bien.

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen, 7 juillet 1841.]

Tu commençais en effet à me sembler un crétin assez exotique mais tu m’as fait des excuses et je suis satisfait. –

 

– 106 –

Narcisse sort de ma chambre, il vient à Rouen pour des affaires d’intérêt, il va hériter de 10 000 francs. –

Voici quels sont les contingents futurs. Nous irons certainement, autant qu’on peut être certain de ce qui [est] à faire, passer 15 jours à Trouville vers le milieu du mois prochain. C’est dans le but de distraire ma pauvre sœur dont le caractère finit par s’assombrir, résultat d’une maladie longue et irritante qui la reprend à intervalles et dont elle est loin d’être quitte. Mme Bonenfant et ses enfants viendront probablement à la même époque pour aller avec nous au bord de la mer. Peut-être irai-je la chercher à Nogent, ce serait dans environ un mois. Je passerai par Paris si tu y es encore à cette époque et je suis dans l’intention de m’y donner une cuillerée avec toi. Du reste ceci est très éventuel. Il n’y a que si elle hésite à venir seule.

Dis-moi à quelle époque tu seras reçu avocat. Si tu as diplôme en poche vers le 1er viens à cette époque. Sinon je t’attends dans le mois de septembre, au quantième que tu voudras. Il y aura encore du soleil, nous pourrons aller en barque, et fumer quelques pipes. J’oubliais de te dire que j’irai avec ma mère et Caroline voir les joutes au Havre avant d’aller à Trouville. Achille a été blessé d’un coup de pied de cheval, pour ne pas dire de plusieurs. Il y a aujourd’hui 5 semaines qu’il est couché. La membrane qui enveloppe l’articulation du genou avait été déchirée, un rhumatisme qu’il a de temps en temps à l’épaule s’était jeté là-dessus. Mon père a été pendant 3 jours dans de fort graves inquiétudes ; heureusement c’est fini : il n’éprouve plus qu’un peu de raideur, mais il ne se lèvera pas avant 8 ou 10 jours, peut-être avant 15 et avant qu’il ait sa jambe droite vigoureuse et ferme. Quant à moi je deviens colossal, monumental, je suis bœuf, sphinx, butor, éléphant, baleine,

– 107 – tout ce qu’il y a de plus énorme, de plus empâté et de plus lourd au moral comme au physique. Si j’avais des cordons avec des souliers je serais incapable de les nouer. Je ne fais que souffler, hanner, suer et baver, je suis une machine à chyle, un appareil qui fait du sang qui bat et me fouette le visage, de la merde qui pue et me barbouille le cul.

Questions sociales

Quel est le Saint que tu préfères ? – c’est le Saint-Peray ?

Pourquoi les séraphins baisent-ils salement ? – c’est qu’ils se servent de leurs vis d’ange.

Question d’Alger

Quand le bey de Constantine fut expulsé de cette ville on le réduisit à l’état de rafraîchissement. On lui dit Sors-bey (sorbet).

Quand le dey d’Alger fut expulsé d’Alger et qu’on lui ordonna de s’embarquer on lui dit : en mer dey !

Les Français sont très élevés en Afrique, ils y tiennent O-rang.

Merde.

T[out] à t[oi].

 

À ERNEST CHEVALIER

Trouville, 22 août 1841.

Je suis maintenant à Trouville…

 

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À ERNEST CHEVALIER

[Trouville,

mardi 21 septembre 1841.]

Mon cher Ernest,

Tu dois maudire ma crasse paresse et mon entier oubli. C’est que je m’ennuie, m’ennuie, m’ennuie, c’est que je suis bête, sot, inerte. C’est que je n’ai pas la vigueur nécessaire pour remplir trois feuilles de papier. Depuis un mois que je suis à Trouville je ne fais absolument rien que manger, boire et dormir et fumer.

Il est maintenant marée pleine, la mer est à quinze pas de moi au bas de l’escalier de Notre-Dame. Je suis assis sur une chaise à t’écrire sur mes genoux. Il est midi ; le soleil brille en plein, je sors de table et je me suis considérablement bourré, les yeux me piquent, je rote et je digère en contemplant le bel océan vert et la grandeur des œuvres de Dieu qui a tout fait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible, ayant créé […] la nuit pour les amants, les hommes pour le malheur et la vue de l’Océan pour réjouir les gens à moitié ivres. La brise fait bien après déjeuner, peu importe qu’elle casse le mât des navires et engloutisse des gens, elle souffle dans les cheveux d’un homme qui fume et cela le divertit.

Pourtant la terre était belle, elle le serait encore, les jours sont beaux quand le soleil couchant les dore, la femme est toujours belle quand un frisson d’amour la fait vibrer et trembler sous les baisers ; mais pour qui ? Qui est-ce qui est heureux maintenant ? les gens du bagne peut-être qui ont de l’orgueil.

 

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Le temps n’est plus où les cieux et la terre se mariaient dans un immense hymen, le soleil pâlit et la lune devient blême à côté des becs de gaz, – chaque jour quelque astre s’en va, hier c’était Dieu, aujourd’hui l’amour, demain l’art. Dans cent ans, dans un an peut-être il faudra que tout ce qui est grand, que tout ce qui est beau, que tout ce qui est poète enfin, se coupe le cou de désœuvrement ou aille se faire renégat en Turquie. – Je suis légèrement empiffré, pardonne-moi tout ceci. Tu es venu à Rouen, je n’y étais pas, sort heureux ! Dans 10 jours environ je serai de retour, tu reviendras, j’y compte.

Adieu, merde pour moi.

Je t’embrasse, mon vieil ami.

t[out] à t[oi].

 

Trouville, mardi 21 septembre 1841.

Réponds-moi, le plus tôt sera le mieux.

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen, 23 octobre 1841.]

Qu’as-tu donc, mon vieil Ernest ? Es-tu malade, mort, enterré, pourri ? Attends-tu pour venir que ton brûle-gueule soit fini, que ton petit verre soit pris ? finis-les et arrive nom de Dieu ou je te !…

sed placuit…

 

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Quel sacré nom de Dieu de bougre de mâtin de mille foutre couillon de nom d’un pet tu fais ! Comment, sacré mâtin, je t’attends depuis une semaine et tu n’arrives pas, tu ne réponds même pas. Ah ah ah c’est plus fort que moi, je ne me tiens pas, qu’on m’attache, qu’on m’enchaîne, qu’on me passe le caleçon de force, le gilet de force, la culotte de force, les bottes de force, le collier de force. Oh je m’attendais à te voir arriver, je te voyais déjà à côté de Jean vous langottant tous deux. J’apercevais ta balle, nous prenions de l’absinthe au café Rouennais et personne, personne. Je suis un lion, un tigre – tigre d’Inde, boa constrictor !

 

Il faut que tu sois ici lundi et bien vite, à la place où j’écris maintenant, à fumer, à te rôtir les jambes, et à causer avec ton serviteur et ami.

Mme Mignot revenue de Forges est tout étonnée que tu n’arrives pas.

Néo s’en mord la queue d’impatience. Mes pipes se dessèchent d’ennui.

Les latrines elles-mêmes trouvent qu’il y a longtemps que tu ne leur as donné de ta merde.

Ton feu se tord de ne plus être ensalivé par toi.

Et mes pincettes sentent le besoin d’être maniées par tes mains pour que tu m’ennuies avec à tripoter mes tisons.

Et l’auteur grille d’envie de te donner une poignée de main.

 

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CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE

[Rouen, jeudi 11 novembre 1841.]

Nous attendions ta lettre hier, mon cher Gustave, et tu ne saurais t’imaginer quelle triste journée nous avons passée. Le dîner a été pour moi d’une longueur et d’une tristesse indéfinissables. J’espère que je flatte assez la vanité du Garçon et que tu seras content de moi.

Tu me parles de l’abbé, de Florimont, c’est très bien, mais tu ne me dis pas un seul mot de mon délicat ami Hamard. J’aime à croire cependant que vous avez déjà été aux Italiens ensemble. Podesta doit bientôt aller à Paris, j’ai une grande envie de vous l’envoyer pour qu’il vous explique l’italien. Qu’en dis-tu ?

Mlle Saint-Laurent demeure rue de la Paix n° 10. Julie vient encore de me le dire. Au reste, si tu ne peux la trouver, rapporte ma robe plutôt que de la donner à toute autre. Maman a la migraine et est encore au lit.

Père Dumée est venu mardi et la forêt va jusqu’ici parfaitement.

Adieu, bonhomme, voilà à peu près toutes les nouvelles intéressantes ; je finis donc en t’embrassant de toute ma force.

Ton vieux Rat

CAROLINE.

 

On a parlé hier, rarissima cosa, des chemins de fer et du mariage de Jules Janin.

 

– 112 –

Oh ! Eh ! Monsieur et Ami, nous venons de faire une perte irréparable. Nous ne verrons plus jamais le bonnet pyramidal d’Estelle ; elle est morte la povera vecchia !

 

À ERNEST CHEVALIER

[Rouen, 30 novembre 1841.]

Il me semble que tu deviens bien élégiaque. Est-ce que tu te livrerais à la lecture de M. de Bouilly ou à celle du vénérable Tissot ? Tu parles des ennuis de la Capitale, comme un sage, et les plaisirs de famille te semblent préférables aux plaisirs du monde. S’ils sont plus vertueux ils sont un peu moins vifs, conviens-en, et tu as assez goûté de la cochonnerie pour pouvoir dire que la chasteté est une belle chose (pour les gens impuissants). J’ai été fâché de ne pas trinquer ensemble avant mon départ, d’autant plus que je t’avais donné la veille une assez pitoyable idée de moi, en ne buvant pas et en ne mangeant pas. J’étais horriblement fatigué aux mollets et ma verve se ressentait de la pression de mes cors. J’espère réparer ma réputation dans les premiers jours de janvier en nous foutant une culotte dans les règles, culotte qui sera sans revers, pour fêter la nouvelle année et la session qui s’ouvrira et qui doit renverser le ministère de l’étranger, on y votera la réforme électorale et un bœuf truffé au beurre d’anchois pour chaque citoyen. Dans six semaines environ nous nous reverrons, et enfin l’année prochaine tant que nous voudrons. Dis-moi ce que tu comptes faire, si tu penses rester à Paris, ou aller aux Andelys.

Continuer : partie 2 sur 31