Correspondance - Tome I

Gustave Flaubert · Chapitre 16 sur 50

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Correspondance - Tome I

À Ernest Chevalier ......................................................... 20

Pour Rouen – Mme Ponchard première chanteuse est engagée ainsi que Tilly pour l’Opéra-Comique.

Oui, j’ai bien regretté ton absence à notre charmant petit voyage de Caudebec. Le père Langlois et le petit Alexandre Bourlet y étaient. Le premier comme à son habitude était facétieux, le second luxurieux (car il regardait même à l’église les filles de campagne), le scélérat !! Je t’ai regretté dans bien des endroits, bien des moments, bien des pensées. Nous avons ri comme… comme… comme des scélérats.

J’ai acheté Antony et les Vieux Péchés et Jeanne de Flandre. Tu m’en diras des nouvelles quand tu les auras lus. Adieu, porte-toi bien. Embrasse père, mère, tante et oncle.

Réponds-moi, je me mets à L’OUVRAGE.

Ton vieux intime.

FLAUBERT.

 

À ERNEST CHEVALIER

Rouen, le Collège Royal,

le 2 juillet 1835, 9 h. 30.

Cher Ernest,

J’ai pensé depuis que tu es parti à une chose, et cette chose c’est un moyen pour obtenir une réponse de notre individu. Je vais lui écrire tantôt à la maison et le prier d’envoyer sa lettre aux Andelys chez toi. Tu la liras et me la renverras dans une de tes lettres.

 

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Non, je remettrai [à] un peu plus tard cette correspondance, de peur que tu n’y trouves quelque obstacle.

Le petit Meulan est entré mardi matin au collège, sa mère est partie cette nuit à 4 heures.

Entre autres agréables nouvelles, je crois que tu apprendras avec plaisir que l’ami Delhomme a l’œil droit poché mais d’une drôle de manière, si drôle et si brutale qu’il en a toute cette partie du visage gonflée. Voici l’histoire : hier à dix h[eures] et demie Fossé arrive dans la 3ième, pour parler à Fessard – Dispute, des deux côtés – Bataille – Retraite de Delhomme qui a été obligé d’aller à l’infirmerie, on lui a posé 10 sangsu[e]s sur le quinquet fracassé. Ah le pauvre Livarot. La bonne sacrée farce. Voilà je crois de quoi rire pendant deux ou trois jours pour le moins.

J’écrirai à l’ami Edmond, et sois tranquille je l’arrangerai de telle sorte qu’il sera bien obligé de me répondre ou de m’en dire le pourquoi. Quant au vieux Registre d’Amand je lui écrirai aussi et je l’appell[er]ai si bien Cosmo-plane, je le haricoterai tellement qu’il sera bien obligé de m’émaner une réponse.

J’oubliai de t’apprendre une nouvelle nouvelle, c’est que mon incognito poétique et productif est Gustave Kocloth. Voilà j’espère de quoi dérouter le plus habile malin de notre bonne ville de Rouen. Je travaille ferme ; je marche au progrès, à nos ancêtres la gloire, à nous l’avenir.

En attendant tout à toi.

GUSTAVE ANTURSÉKOTHI KOCLOTH.

Nota. (Attendons que ma belle signature sèche.)

 

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