Correspondance - Tome I
À Ernest Chevalier ......................................................... 63
T[out] à t[oi] mon vieux.
Pardonne-moi l’ennui que ma lettre t’a procuré, la maladie est contagieuse.
À ERNEST CHEVALIER
[Rouen,] samedi [10 août 1839].
Mon cher Ernest,
Le moment des vacances approche. Il doit t’être maintenant moins sensible qu’à nous pauvres bougres d’écoliers collés toute l’année à des bancs de bois. – Nous allons donc nous revoir, mais pourtant pas de suite, car je ne puis t’inviter maintenant à venir chez nous, et en voici sacré nom de Dieu les motifs, ce sera pour dans quelque temps : la cousine de ma mère, Adèle, arrive demain matin et s’empare
– 63 – de ta chambre, et puis j’aime mieux t’avoir tout seul, que d’être embêté d’un tiers qu’on a toujours sur les épaules. Je ne puis te préciser l’époque, mais dans une quinzaine de jours, il faudra bien que nous fumions quelques vieilles bouffardes en blaguant dans cette bonne chambre, où nous avons tant pantagruélisé et dont les murs savent tant de choses comme dit M. Michelet. Ainsi donc je compte bien te voir les premiers jours de septembre.
Nion est reçu bachelier d’hier. Il ne se tient pas d’aise. Dans un an à mon tour, et il faudra bien que ce tour arrive. Tu as été malade en débarquant aux Andelys […]. Je te conseille de te rafraîchir chez tes parents, de prendre du bouillon de veau et de la soupe aux herbes, de porter des gilets de flanelle, du coton dans les oreilles et de suer, tâche de suer pour chasser l’humeur, car tu m’as l’air gros d’humeur.
J’ai vu le jeune Paul Malleux, il est un peu trop Paul Malleux. Le genre dessous de pied lui va à merveille. Il devrait en mettre à sa boutonnière.
J’ai fait une pitoyable composition de discours français qui n’a son pendant que dans ma composition d’histoire. Au surplus, bran.
Adieu.
Écris-moi la longue lettre que tu m’avais promise. Pour moi je suis pressé par mes deux derniers devoirs de Magnier que je veux faire.
Embrasse pour moi toute ta famille.
– 64 –