La blessure des Pompidou (French Edition)
Alexandre de Marenches est un individu sorti…
Épilogue
Alexandre de Marenches est un individu sorti tout droit des romans du XIXe siècle, fougueux, mais ayant un sens profond de la fidélité. Avec son physique à la Alexandre Dumas père, il en impose. Un homme au passé militaire glorieux, un résistant pur jus et aimant mettre son titre de comte en valeur. Il est assis, dans un élégant costume, la cravate aux couleurs vives, sa moustache finement taillée, il patiente car dans quelques minutes, il doit être reçu par le président de la République Georges Pompidou. Au cœur de l'Élysée, le pouvoir a changé de mains et une nouvelle époque est en train de naître. Se doutant de la raison de sa convocation, l’ancien soldat essaye de prendre la mesure de l’entretien.
Un homme sort du bureau du président, c’est Édouard Balladur qui l'invite à entrer. Le conseiller ne sera pas présent, Georges veut que le rendez-vous se tienne dans le secret le plus absolu. Le gros bonhomme se lève, réajuste son costume, salue Édouard et pénètre dans ce bureau qui fut celui du général de Gaulle quelques mois plus tôt.
Georges est assis, sa mine est sévère mais quand Alexandre entre, il esquisse un sourire qui en dit long sur l’estime qu’il lui porte.- Monsieur le président, dit de Marenches.- Bonjour Alexandre, répond Georges qui se lève pour lui serrer la main. Installez-vous, nous avons à parler.
- Merci, monsieur.
Alexandre connaît peu Georges, il l’a croisé quelques fois quand il était à Matignon. Ceci dit, l’allure, la prestance du nouveau locataire de l'Élysée l’étonnent. Quelque chose à changer en lui, peut-être le poids du pouvoir et celui des responsabilités.
- La seule chose qui a vraiment changé ici, outre le locataire,
commence Georges, c’est mon siège, je ne comprends pas comment le Général a pu trouver le précédent confortable. C’est peut-être pour cela que ses rendez-vous étaient brefs. Le nôtre le sera certainement, mais son importance est capitale. Alexandre, vous êtes un homme intelligent, vous vous doutez de la raison de votre venue.- Oui, monsieur, je m’en doute. L’affaire Markovic.- Je ne sais pas où le parquet en est, mais il va falloir taper
furieusement du poing sur la table. C’est là que vous entrez en jeu.- Moi ?
- Oui, vous.
Georges se lève à nouveau et s’approche d’Alexandre.- Je vous place à la tête du SDECE, dit-il calmement. L’annonce surprend de Marenche, il n’avait jamais envisagé une décision pareille. Mais la confiance que lui porte le nouveau président l’enchante, voire le motive à assumer cette responsabilité.- Prenez votre temps pour me répondre, reprend Georges, je sais ce que c’est que de prendre en main un nouveau poste important. Mesurez les enjeux, mais si vous me dites oui, je vais devoir vous confier une mission très importante pour moi. Il va falloir que vous me fassiez le ménage dans cette maison qui a failli. Je sais que des membres du SDECE ont trempé dans le complot contre moi et surtout contre ma femme. Je vous demande donc de virer toutes les personnes ayant eu un rapport de près ou de loin avec l’affaire Markovic, suis-je clair ?
- Je pense pouvoir y arriver, monsieur, assure Alexandre. C’est un honneur de dire oui à votre proposition.
- C’est très bien, je savais que vous étiez l’homme de la situation. Je ferai part de votre nomination le plus rapidement possible. Vous prendrez en charge votre nouveau poste en bon et due forme. Vous allez avoir un rôle très précieux dans les combats avenirs, encore une fois… mesurez la charge que je vous confie.
- Je la mesure et je l’accepte.- Merci Alexandre, je n’en attendais pas moins de vous. Georges serre la main du nouveau patron des services secrets extérieurs, tout en lui rappelant toute la confiance qui lui porte. Alexandre quitte le bureau, Georges se retrouve seul. Il va à la fenêtre donnant sur le jardin de l'Élysée et sur Paris. Dans un silence complet, le président sort de sa veste le carnet noir comportant les noms des coupables selon lui. Ceux qui ont sali sa femme et son honneur.
Il referme le carnet, le remet dans sa veste et prend son téléphone.- Édouard ? Vous pouvez faire entrer le prochain rendez-vous.
FIN
Paris, le 20 janvier 2022